Titre original : Les “experts” de l’ONU formés par l’impérialisme et chargés de justifier l’agression contre le Venezuela
Les “experts” de l’ONU sur le Venezuela ne sont pas impartiaux : ils circulent en vase clos entre ONG financées par l’Occident, institutions liées à la Cour pénale internationale et réseaux de l’OEA.
Dans le cadre de l’offensive massive lancée en 2019 par les États-Unis et leurs partenaires impérialistes contre le Venezuela — offensive menée à travers pressions et manœuvres coercitives au sein des instances de l’ONU — le Conseil des droits de l’homme a créé la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela.
Qui a impulsé cette mission ?
La résolution qui a donné naissance à cette mission a été portée par des États membres du Conseil appartenant également au tristement célèbre Groupe de Lima — une coalition de gouvernements alignés sur Washington, souvent arrivés au pouvoir à la faveur de coups d’État “soft” dans plusieurs pays d’Amérique du Sud. On y retrouvait l’Argentine de Mauricio Macri, le Brésil de Jair Bolsonaro, le Chili de Sebastián Piñera et le Pérou de Martín Vizcarra, ce dernier représentant le groupe au Conseil.
L’Union européenne a officiellement soutenu les initiatives du Groupe de Lima, créé en 2017 avec pour objectif explicite d’intervenir dans les affaires internes du Venezuela et de promouvoir un changement de régime sous couvert de “défense des droits humains et de la démocratie”. À l’époque, des pays comme l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Slovaquie et l’Espagne siégeaient au Conseil des droits de l’homme.
Les pays du Groupe de Lima et leurs alliés européens ont également bénéficié du soutien de partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni, le Japon, l’Australie et l’Ukraine pour faire adopter la résolution. Résultat : 19 voix pour, 7 contre et 21 abstentions. Comme je l’ai déjà souligné ailleurs, le vote était public, permettant aux grandes puissances d’identifier quels pays suivaient leurs directives et lesquels leur résistaient — un mécanisme de pression qui pousse souvent les États les plus faibles à céder par crainte de représailles.
C’est dans ce contexte que la mission a été créée, et que ses “experts” ont été sélectionnés par le président de l’époque du Conseil des droits de l’homme, le diplomate sénégalais Coly Seck. Bien qu’il se soit abstenu lors du vote, Seck a finalement nommé des “experts” parfaitement alignés sur les gouvernements ayant soutenu la résolution. Leur profil correspond d’ailleurs à celui habituellement choisi pour enquêter sur les États jugés problématiques par l’impérialisme : formation dans des institutions occidentales, parcours dans des ONG financées par des gouvernements ou des milieux d’affaires occidentaux, et carrières construites au sein d’organisations internationales dominées par ces mêmes puissances.
Les trois premiers “experts” désignés étaient la Portugaise Marta Valiñas, le Chilien Francisco Cox Vial et le Britannique Paul Seils. La mission a ensuite été renouvelée en 2020, 2022 et 2024, avec très peu de changements. La seule modification notable est intervenue en 2021, lorsque Seils a été remplacé par l’Argentine Patricia Tappatá Valdez. Une telle stabilité est inhabituelle pour une mission de ce type s’étendant sur plusieurs années.
Qui sont ces “experts” ?
Examinons de plus près ces profils choisis par le Conseil des droits de l’homme.
Francisco Cox Vial
Dans les années 1990, il a travaillé pour le service de défense publique à Washington. Il a ensuite obtenu un master à l’Université Columbia, après avoir suivi des programmes à Oxford et à l’Université George Washington. Il a collaboré avec Human Rights Watch et travaillé pour la Commission interaméricaine des droits de l’homme de l’OEA — souvent qualifiée par ses détracteurs de “ministère des colonies” des États-Unis, connue pour son hostilité envers le chavisme. Il a également mené une carrière importante à la Cour pénale internationale, notamment sur des dossiers africains et dans la sélection du procureur.
Paul Seils
Entre 2004 et 2008, il a occupé un poste clé au bureau du procureur de la CPI, un instrument central utilisé par les puissances impérialistes contre leurs adversaires. Il a aussi dirigé l’unité État de droit et démocratie du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, et a été vice-président du Centre international pour la justice transitionnelle (2011–2017), financé par des gouvernements européens, l’Union européenne, le Canada, l’Australie, ainsi que des fondations comme Open Society, la NED, Rockefeller ou Freedom House. Lorsqu’il a été nommé pour le Venezuela, il dirigeait l’Institut européen de la paix, financé par des millions d’euros de la Commission européenne.
Patricia Tappatá Valdez
Elle a siégé au conseil d’administration de l’Institut pour la démocratie en Afrique du Sud, financé par la fondation Ford. En 2021, elle remplace Seils. Cette nomination a été faite par Nazhat Shameem, alors présidente du Conseil, aujourd’hui procureure adjointe à la CPI et ancienne conseillère d’une organisation de lobbying basée à La Haye, liée à la CPI, dans laquelle Marta Valiñas a également été impliquée.
Marta Valiñas
Cheffe de mission, elle a étudié le droit à Porto et obtenu un master en droits humains et démocratisation dans un programme soutenu par l’Union européenne et développé avec l’ONU et le Conseil de l’Europe. Elle a travaillé pour l’OSCE, puis pour l’ONG REDRESS, financée notamment par la Commission européenne et le gouvernement britannique. Elle a aussi collaboré avec des organisations financées par des États occidentaux et des agences de l’ONU, avant d’intégrer le bureau du procureur de la CPI entre 2014 et 2019.
Ce parcours révèle une évidence : ces “experts” évoluent dans un circuit fermé d’organisations financées ou contrôlées par les puissances occidentales et les grandes fondations internationales. Ces structures partagent une même vision des droits humains et de la démocratie — celle des régimes impérialistes, qui sont loin d’en être les garants.
On retrouve ici un véritable système de “portes tournantes” : les mêmes individus circulent d’une organisation à l’autre, accumulent titres et légitimité, puis accèdent à des positions influentes au sein de l’ONU ou d’institutions capables d’intervenir directement dans la souveraineté des pays du Sud.
Dans ces conditions, il était quasiment impossible que le Venezuela chaviste soit présenté autrement que comme une dictature. D’autant plus dans un contexte de guerre économique, diplomatique et médiatique menée par les États-Unis et leurs alliés, avec l’appui d’ONG finançant et formant des figures de l’opposition putschiste.
Les manifestations violentes encouragées par cette opposition ont laissé derrière elles des morts — y compris des personnes brûlées vives —, des persécutions contre les partisans du gouvernement et des destructions d’infrastructures publiques comme des hôpitaux et des écoles. Les sanctions ont aggravé la faim, provoqué des pannes électriques et contribué à la mort de malades.
Pourtant, ces atteintes aux droits humains et à la souveraineté du peuple vénézuélien ont été largement ignorées dans les rapports des “experts”.
Le gouvernement de Nicolás Maduro a été accusé de “crimes contre l’humanité” — une accusation qu’aucun expert réellement indépendant et rigoureux ne pourrait soutenir. Mais ceux qui cherchaient à renverser Maduro étaient précisément les mêmes acteurs qui ont formé, financé et encadré ces “experts”. Dès le départ, les dés étaient pipés.
Au sein de l’ONU et des institutions internationales, le jeu est biaisé : les gagnants sont toujours les puissances dominantes, et les perdants, les peuples les plus pauvres et les plus vulnérables.
Traduction Bernard Tornare
Eduardo Vasco est un journaliste brésilien spécialisé en politique internationale, auteur et collaborateur régulier de médias progressistes comme Diálogos do Sul Global, Brasil 247 et Pressenza. Ses travaux portent surtout sur l’Amérique latine, la Palestine et les conflits géopolitiques contemporains.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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