Le président vénézuélien Hugo Chávez tenant un petit crucifix à la main lors d'une allocution télévisée à la nation quelques minutes après sa réintégration à la présidence à la suite d'un coup d'État manqué contre lui le 11 avril 2002. Photo : Con el Mazo Dando/Photo d'archives.
« La paix sera mon port, ma gloire, ma récompense, mon espérance, mon bonheur, et tout ce qu'il y a de précieux au monde. » — Simón Bolívar, 1820.
Face aux récits calomnieux dirigés contre la Révolution bolivarienne et sa direction, face à ceux qui s'érigent en inquisiteurs et condamnent notre processus au bûcher de leurs frustrations, attisant divisions, incertitudes et haine au sein des forces populaires, il n'y a pas de place pour des réponses hésitantes. Face à ceux qui lancent de graves accusations contre des camarades ayant assumé la responsabilité de diriger notre Patrie en ce moment décisif, une réponse sereine s'impose. Se regarder dans les yeux. Participer au débat avec toute la complexité qu'exige le moment historique. Regarder le chemin parcouru. Réfléchir.
Revenons ici sur quatre moments où Hugo Chávez aurait pu faire autrement. Pourtant, il a choisi la vie. Il a choisi la paix.
1. Le « Pour l'instant » du 4 février 1992
Le 4 février 1992 marque un tournant stratégique, un moment de responsabilité et d'héroïsme. Face à la défaite inévitable de la rébellion militaire, Chávez accomplit l'un de ses premiers gestes de grandeur politique et de lucidité stratégique : il se rend.
Mais il ne se contente pas de déposer les armes. Il assume la responsabilité du mouvement insurrectionnel et appelle ses camarades — qui contrôlaient encore des positions à Valencia, Maracay et Maracaibo — à faire de même. Il invite le pays à réfléchir. Conscient que des hommes étaient déjà tombés des deux côtés des forces armées, Chávez cherche, par sa reddition, à éviter une confrontation plus sanglante, qui aurait rempli les rues et les casernes de nouvelles victimes.
Il ouvre aussi une perspective au mouvement de jeunes qui avaient juré, sous le Samán de Güere, de libérer la patrie du jeu des élites. Ce « pour l'instant » secoue la conscience nationale. Quelqu'un a choisi de changer en quelques secondes. Cet après-midi de douleur et d'échec devient une prophétie.
Non, il n'est pas vrai — contrairement à ce qu'affirme Luis Britto — qu'il vaut toujours mieux mourir que se rendre. En réalité, il vaut presque toujours mieux vivre que mourir. Il ne s'agit pas de mort individuelle, mais du choix entre le sacrifice et la vie d'un peuple. Bolívar lui-même écrivait en 1822 qu'il vaut mieux exister, avec les défauts et les difficultés de la condition humaine. En politique, être vaut toujours mieux que ne pas être.
De l'ombre de la défaite du 4 février 1992 naît une force, une idée, un projet victorieux. Si le jeune lieutenant-colonel n'avait pas négocié ce jour-là, rien de ce qui a suivi n'aurait été possible.
2. 1994 : le choix de la voie démocratique
Libéré de prison en 1994, Chávez annonce immédiatement qu'il ira « au cœur du peuple » pour construire un mouvement politique et accéder au pouvoir par la voie démocratique et électorale.
En prison, il comprend que l'échec du 4 février marque la fin d'un cycle historique et exclut définitivement la lutte armée. Il opère alors un virage stratégique. Il choisit la politique, le débat, l'organisation. Il a choisi de bâtir une force populaire capable de porter un projet bolivarien de transformation du pays — en paix.
Ce jour-là, il est catégorique : la violence ne sera plus jamais le chemin. Aux armes, il substitue les idées, les votes, la stratégie.
3. Avril 2002 : face au coup d'État
Le 11 avril 2002, des milliers d'opposants furieux marchent vers Miraflores, sans savoir pour la plupart qu'ils servent de chair à canon à un plan sinistre. En quelques heures, Chávez comprend que son contrôle sur l'appareil militaire est fissuré.
Les médias, alignés sur les plans des États-Unis, attisent la violence. Le journal El Nacional annonce même « la bataille finale à Miraflores ». Des absences inquiétantes se multiplient dans son entourage. Certains alliés ne répondent plus. D'autres participants déjà au coup d'État.
Des tireurs d'élite encerclent le palais. Police métropolitaine et Garde nationale deviennent les instruments du complot. Le sang coule dans Caracas. Tout annonce un bain de sang.
Chávez sait que le peuple est avec lui — il entend ses slogans depuis le palais — et se prépare à résister, quitte à mourir comme Salvador Allende. C'est alors qu'il reçoit un appel de Fidel Castro : « Chávez, ne te transforme pas en martyr. Le peuple ne t'a pas élu pour mourir, mais pour faire la Révolution. »
Il décide de négocier. Il se rend aux putschistes pour éviter davantage de violence, sans démissionner. Moins de 48 heures plus tard, le peuple et un secteur loyaliste des forces armées le ramènent au pouvoir.
Dans la nuit du 13 avril, de retour à Miraflores, il appelle à la paix et au dialogue. Il sait que le pouvoir reste fragile, que la conspiration continue. Il choisit la paix. Le pays retrouve le calme.
Plus tard, il confiera : « Le 11 avril, ma mort était écrite. Elle était écrite à Washington. »
4. Après le coup d’État : patience stratégique
Après l'échec du coup d'État, Chávez se trouve face à une situation encore plus complexe. Un processus de dialogue est engagé avec l'opposition sous l'égide de l'Organisation des États américains. César Gaviria, figure controversée liée aux intérêts de Washington, s'installe à Caracas pour superviser les négociations.
Chavez n'a pas d'autre choix que d'accepter. Avaler des couleuvres. Maintenir un équilibre fragile pour préserver la paix.
Parallèlement, des militaires putschistes, encouragés par une décision indulgente de la Cour suprême, occupent l'espace public et maintiennent la tension. Chavez comprend qu'il s'agit d'une provocation visant à relancer la violence et à justifier une intervention étrangère.
Une phrase résonne : « Hugo, patience. Laisse-les mijoter dans leur propre jus. »
Dans un contexte de manifestations et de tensions extrêmes, Chávez a choisi de faire baisser la température politique. Il ramène les secteurs extrémistes dans le cadre démocratique. Ce chemin est semé d'embûches, de sabotages — notamment la paralysie de l'industrie pétrolière pendant plus de deux mois.
Chávez s'inspire alors de Bolívar : patience, travail, persévérance.
Le 15 août 2004, le peuple vénézuélien lui rend hommage en le réélisant massivement. Des années plus tard, Nicolás Maduro héritera de cet héritage, dans un contexte d'agressions prolongées.
Épilogue : mémoire et présent
De ces moments décisifs, de cette épopée collective qui trace notre chemin, se construit aussi le présent — malgré ceux qui cherchent à en déformer l'image.
Le présent est fait de lutte, de travail et de paix. Comme le montre l'histoire, l'effort, le courage et le sacrifice pour une cause juste élèvent la dignité des peuples.
Surmonter les épreuves, c'est continuer à lutter, à construire, à avancer. C'est là la grandeur morale du peuple vénézuélien et de sa Révolution.
L'avenir nous appartient.
Traduction Bernard Tornare
William Alfredo Castillo Bollé est un journaliste et dirigeant politique vénézuélien, cadre de la Révolution bolivarienne et membre du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV).
Ancien président de la télévision publique Venezolana de Televisión (VTV), ex‑directeur de l'autorité des télécommunications (CONATEL) et actuel vice‑ministre des Politiques antiblocage, il se consacre à défendre le projet bolivarien et à dénoncer les sanctions imposées contre le Venezuela.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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