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Entre fidélité et lâcheté

par Bernard Tornare 27 Mai 2026, 15:17

Entre fidélité et lâcheté
Par Gustavo Villapol

Ces dernières semaines, le Venezuela a été le théâtre d’événements majeurs. Parmi eux, l’appel lancé par la présidente par intérim Delcy Rodríguez à la « Renaissance du Venezuela », une nouvelle étape censée faire passer le pays de la douleur à la réconciliation, des sanctions à la production, et de la fracture à l’unité nationale.

 

Comme on pouvait s’y attendre, la situation complexe que traverse le pays a déclenché une tempête de critiques — beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Les mêmes voix de toujours, celles qui confondent prudence et capitulation, se sont élevées pour crier à la trahison, à la reddition, à la trahison de l’héritage historique. Un éternel recommencement. Chaque fois que le chavisme se retrouve à la croisée des chemins, resurgissent les réactions viscérales d’une gauche opportuniste, parfois immature, ou de personnes sincères mais piégées par les sophismes de ces opportunistes.

 

1992 : le repli stratégique de Chávez

Revenons sur cette litanie. En 1992, après une rébellion militaire qui échoue à atteindre ses objectifs, le commandant Hugo Chávez se rend. Il assume une défaite tactique pour éviter un bain de sang. Que disent alors les plus radicaux ? Qu’il s’agit d’une trahison. D’une reddition lâche. Qu’il aurait dû continuer le combat coûte que coûte.

 

Ce « jusqu’au bout » aurait signifié un massacre. Mais Chávez, doté d’un sens aigu de l’histoire, choisit de se retirer et d’attendre. Il ne capitule pas : il se replie. Et de ce repli naît le célèbre « por ahora » (pour l’instant), graine de ce qui deviendra l’un des processus révolutionnaires les plus marquants du continent.

 

2002 : refuser le massacre

Puis vient 2002, le coup d’État médiatique — dont les héritiers sont toujours actifs aujourd’hui. Face à la confusion et à l’offensive, Chávez prend une décision que les extrémistes interprètent comme une faiblesse : il refuse de défendre le palais de Miraflores au prix d’un massacre, alors que la menace est claire : se rendre ou être bombardé.

 

Il se rend à nouveau, protégeant ainsi la vie de milliers de personnes présentes ce jour-là à Llaguno et de millions de partisans dans tout le pays. Tandis que les « guerriers de salon » réclament une résistance héroïque jusqu’au suicide, Chávez comprend que la bataille est politique, non militaire.

 

Le retour au pouvoir : grandeur plutôt que vengeance

Lorsque le peuple et l’armée le ramènent au pouvoir, Chávez ne se comporte pas en dictateur avide de revanche. Il descend les marches du palais, portant une croix, et appelle au calme et au pardon. Un moment de catharsis.

 

Au lieu d’encourager une chasse aux sorcières contre les putschistes et les médias complices, il propose un dialogue national. Était-ce de la lâcheté ? Non. C’était de la grandeur. Une démonstration que le pouvoir doit servir à construire, pas à écraser — comme aux échecs, où l’on se replie pour mieux avancer.

 

2004 : le pari démocratique

En 2004, nouveau tournant. Après un sabotage pétrolier et une stratégie de déstabilisation, l’opposition exige un référendum révocatoire. Le gouvernement sait que les signatures sont insuffisantes, preuves techniques à l’appui. Pourtant, Chávez accepte le défi.

 

Pourquoi risquer une défaite possible ? Parce que l’essence du chavisme est de protéger le peuple. Et ce peuple avait besoin de paix et d’une victoire incontestable. Le résultat : une victoire écrasante.

 

2007 : accepter la défaite

En 2007, la réforme constitutionnelle est rejetée d’une courte tête. N’importe quel dirigeant autoritaire aurait crié à la fraude. Chávez, lui, reconnaît sa défaite publiquement et se retire pour réfléchir.

 

Ce n’est pas une faiblesse, mais une leçon de démocratie — rare à cette échelle.

 

2013 : éviter la guerre civile

À la mort de Chávez en 2013, le pays est au bord du gouffre. Tensions, incertitudes, provocations. Nicolás Maduro, dès sa première intervention, appelle au calme, au recueillement, au deuil collectif.

 

Un simple signal aurait suffi pour déclencher des affrontements. Il choisit de protéger la vie.

 

2017 : désamorcer la violence

En 2017, face aux guarimbas et à une violence quasi insurrectionnelle, Maduro refuse l’option militaire pourtant à sa portée. Il opte pour une solution controversée : l’Assemblée nationale constituante.

 

Une manœuvre politique visant à canaliser le conflit sur le terrain institutionnel. Les critiques crient à la dictature. Pourtant, cette décision permet de désamorcer la violence et d’ouvrir une nouvelle phase.

 

2026 : un tournant dramatique

Après des années de crise et de sanctions, l’année 2026 marque un choc sans précédent. Le 3 janvier, une attaque militaire américaine bombarde le territoire vénézuélien, tue des civils vénézuéliens et cubains, et enlève le président Nicolás Maduro ainsi que la députée Cilia Flores.

 

Le pays se retrouve décapité. La situation est la plus grave en près de trente ans de révolution.

 

Delcy Rodríguez face à l’épreuve

Delcy Rodríguez assume alors la présidence par intérim, avec le soutien des institutions et de l’armée. Dès le premier jour, elle lit la situation avec lucidité.

 

Elle refuse l’escalade suicidaire. Elle rejette la rhétorique guerrière qui mènerait à une destruction inévitable. Elle comprend que la véritable lâcheté serait de condamner le peuple à une guerre fratricide au profit des puissances étrangères.

 

Les « guerriers du clavier »

Dans ce contexte, réapparaissent les « héros du clavier », les « guerriers du canapé », et une certaine gauche opportuniste. Les mêmes figures qui, hier déjà, s’opposaient à Chávez ou tentaient d’écarter Maduro.

 

Aujourd’hui, depuis le confort de leurs bureaux, ils appellent à la « guerre totale ». Ils fantasment une annihilation de l’ennemi, quitte à sacrifier des vies innocentes, à détruire le pays.

 

Mais où étaient-ils le 3 janvier, lorsque le peuple, avec courage et maturité, est descendu dans la rue avant de rentrer chez lui pour éviter le chaos ?

 

L’aveuglement d’une certaine gauche intellectuelle

Et où est cette gauche intellectuelle qui prêche l’internationalisme et la solidarité ? Experte en discours et en symboles, mais incapable de vérifier ses sources, prompte à dégainer sur les réseaux sociaux sans comprendre le contexte.

 

N’entendent-ils pas les appels à lever les sanctions ? Car aujourd’hui, la véritable solidarité, pour le peuple vénézuélien, c’est l’accès à la nourriture, aux médicaments, et la réunification des familles.

 

Au lieu de cela, certains préfèrent s’enfermer dans une posture idéologique rigide, condamnant les majorités à souffrir inutilement et mettant en péril la libération du président et de la première dame.

 

Dans l’histoire du chavisme, les moments décisifs n’ont jamais été ceux de la bravade, mais ceux de la lucidité. Confondre stratégie et faiblesse n’a jamais été une preuve de courage — seulement d’aveuglement.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Entre fidélité et lâcheté

Gustavo Villapol est un journaliste et écrivain, Directeur exécutif de Cuatro F, l’hebdomadaire du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Il est également Député à l'Assemblée nationale du Venezuela et viceministre de la Gestion communicationnelle.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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