L'ancien président hondurien Juan Orlando Hernandez et Benjamin Netanyahu lors d'une rencontre en 2019 - Marc Israel Sellem-Jinipix / Zuma Press / Europa Press
Introduction
Le scandale du « Hondurasgate » ne surgit pas dans le vide. Il s’inscrit dans une histoire longue, marquée par les coups d’État, la corruption structurelle et l’imbrication du pouvoir politique avec des intérêts économiques et criminels. Les enregistrements récemment révélés ne font, en réalité, que donner une voix à une réalité bien connue.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui au Honduras, il faut revenir en arrière.
Un pays façonné par l’instabilité et la capture du pouvoir
Le Honduras traîne depuis des décennies une histoire faite de ruptures politiques, de corruption endémique, de narcotrafic, de pauvreté massive et de luttes féroces pour le contrôle des institutions.
Le point de bascule survient en 2009. Cette année-là, le président Manuel Zelaya est renversé par un coup d’État. Issu du Parti libéral — et non d’une gauche traditionnelle — Zelaya amorce durant son mandat un virage progressiste, se rapprochant des gouvernements latino-américains qui remettaient alors en cause le modèle néolibéral.
Ce tournant devient inacceptable pour les élites honduriennes. Le 28 juin 2009, l’armée le destitue et l’expulse du pays. À partir de ce moment, le Honduras entre dans une phase que de nombreux secteurs qualifient de « narco-dictature ». Un bloc de pouvoir se consolide, réunissant élites économiques, Parti national, appareil judiciaire, forces de sécurité, grands médias — et, comme cela sera démontré par la suite, des réseaux liés au narcotrafic.
Des années de dérive autoritaire et de crise sociale
Les années suivantes voient se succéder les gouvernements de Porfirio Lobo puis de Juan Orlando Hernández (dit JOH). Les élections de 2009, 2013 et surtout 2017 sont fortement contestées. Hernández parvient même à se faire réélire malgré l’interdiction constitutionnelle de la réélection présidentielle.
Parallèlement, la situation sociale se dégrade brutalement. Le Honduras devient l’un des pays les plus violents au monde, avec des taux d’homicides parmi les plus élevés. La pauvreté explose : en 2021, elle touche près des trois quarts de la population.
C’est dans ce contexte qu’émergent les « caravanes migrantes » : des milliers de personnes prennent la route vers les États-Unis, non par choix, mais parce que leur pays ne leur offre plus d’avenir.
Le rôle déterminant des États-Unis
Durant cette période, les États-Unis maintiennent une relation fonctionnelle avec les gouvernements honduriens, considérés comme des alliés stratégiques en Amérique centrale et un rempart contre la gauche régionale.
Mais lorsque les scandales liés au narcotrafic deviennent impossibles à dissimuler, Washington prend ses distances. Tony Hernández, frère du président, est condamné à la prison à perpétuité aux États-Unis pour trafic de drogue. Juan Orlando Hernández lui-même est ensuite extradé et condamné à 45 ans de prison pour trafic de cocaïne.
Autrement dit, un ancien président hondurien est reconnu coupable d’avoir participé à une structure criminelle.
Le tournant inattendu de 2025
Cette histoire connaît pourtant un rebondissement spectaculaire. Après la victoire de Donald Trump en novembre 2025, la situation change radicalement. Quelques semaines après les élections honduriennes, en décembre, Trump accorde une grâce présidentielle à Hernández.
Plus qu’un geste juridique, cette décision est interprétée comme un signal politique clair adressé aux élites honduriennes : certains acteurs restent utiles et peuvent être réactivés. Pour JOH, cela représente concrètement une forme de remise à zéro.
Résistance populaire et espoir de refondation
Face à cette dérive, des mouvements de résistance émergent. Après le coup d’État de 2009 naît le Front national de résistance populaire, dont découle le parti Liberté et Refondation (Libre). Ce dernier devient l’expression politique de l’opposition au coup d’État.
En 2022, un tournant majeur se produit : Xiomara Castro, dirigeante de Libre et épouse de Zelaya, remporte l’élection présidentielle, mettant fin à plus de douze ans de domination du Parti national.
Mais l’héritage est lourd : un appareil d’État profondément marqué, un Congrès fragmenté, un système judiciaire hérité de l’ancien régime, des institutions affaiblies et une opposition disposant d’importants relais économiques et médiatiques. Le pouvoir exécutif change, mais les structures restent largement intactes.
Les limites d’un changement sous contrainte
Le nouveau gouvernement tente néanmoins d’engager une refondation : relance des entreprises publiques, subventions à l’électricité pour les plus vulnérables, gratuité scolaire, programmes alimentaires, bourses, aides sociales, construction d’hôpitaux, investissements routiers et soutien au secteur agricole.
Mais ces efforts se heurtent à des contraintes structurelles. Le gouvernement ne dispose jamais d’une majorité solide au Congrès ni d’un contrôle réel des institutions clés.
À l’approche des élections de novembre 2025, la droite parvient à se recomposer et à imposer son récit. La campagne se structure autour de la peur : celle de voir le Honduras devenir « une autre Venezuela ». Ce discours occulte le débat sur le modèle économique antérieur, pourtant largement responsable de l’asphyxie du pays.
Le laboratoire ultralibéral des ZEDE
Avant ce changement, le Honduras avait été transformé en terrain d’expérimentation pour le capitalisme le plus agressif. Les ZEDE (zones d’emploi et de développement économique) en sont l’exemple emblématique : des enclaves où des investisseurs privés disposent de leurs propres lois, tribunaux et avantages fiscaux.
De véritables États dans l’État.
Soutenues par des secteurs du pouvoir hondurien et des figures comme Peter Thiel, ces zones ont généré d’importants profits pour les investisseurs étrangers, mais très peu de développement réel pour la population.
Le gouvernement Castro tente de démanteler ce modèle, mais se heurte à une forte résistance politique, économique et médiatique — sans parvenir à le faire disparaître complètement.
Le retour du vieux système politique
Dans ce contexte, les élections de novembre 2025 marquent un retour en force du bipartisme traditionnel. Le Parti national et le Parti libéral reprennent le devant de la scène et concentrent l’essentiel des voix.
La candidate de Libre, Rixi Moncada, arrive en troisième position.
Le scrutin est marqué par une participation en nette baisse, des dénonciations d’irrégularités, un dépouillement contesté et l’absence d’une partie significative de l’électorat qui avait soutenu le changement en 2022.
Hondurasgate : bien plus qu’un scandale
Le « Hondurasgate » ne constitue pas seulement un scandale ponctuel. Il confirme une dynamique plus profonde, déjà observée ailleurs : chaque tentative d’ouverture politique se heurte à des mécanismes de pouvoir capables de se recomposer.
Il ne s’agit pas uniquement de corruption, mais d’une conception du pouvoir public comme un espace négociable, susceptible d’être influencé — voire déterminé — par des intérêts extérieurs.
Les enregistrements révélés s’inscrivent dans cette logique : ils suggèrent une opération où Donald Trump et des acteurs liés à l’entourage de Benjamin Netanyahu interviennent à nouveau dans la région pour en orienter les équilibres géopolitiques.
Dans cette configuration, des pays comme le Honduras — et leurs populations — apparaissent comme de simples pièces sur un échiquier bien plus vaste.
Traduction Bernard Tornare
Lucía Casado est une politologue, spécialisée en géopolitique et relations internationales, basée en Espagne. Elle collabore régulièrement avec le média espagnol Diario Red, où elle publie des chroniques sur l’Amérique latine, les conflits géopolitiques et la corruption politique.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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