Le pari originel de la Révolution bolivarienne
Camarades, lorsque nous parlons du Venezuela aujourd’hui, nous ne parlons pas seulement d’un pays, nous parlons d’un moment historique pour l’Amérique latine.
Car ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela est le résultat de trois processus qui se croisent simultanément : une crise économique profonde, une dispute géopolitique internationale et un débat au sein de la gauche latino‑américaine elle‑même.
C’est pourquoi réduire ce qui se passe à une simple « crise du socialisme » ou à un « problème de gouvernement » est une simplification ; ce que nous voyons est quelque chose de bien plus complexe.
Nous assistons à la crise et à la transformation de l’un des projets politiques les plus importants d’Amérique latine au XXIᵉ siècle. Et la question ouverte aujourd’hui est claire : que se passe‑t‑il réellement avec le processus bolivarien ? Résiste‑t‑il ? Est‑il en train de se transformer ? Ou bien entre‑t‑il dans une phase complètement différente ? Pour y répondre, il faut d’abord regarder d’où vient ce processus.
Lorsque Hugo Chávez arrive au pouvoir en 1999, il propose un projet politique ambitieux. La Révolution bolivarienne ainsi proclamée s’articule autour de trois objectifs centraux :
D’abord : récupérer le contrôle de l’État sur les ressources stratégiques, en particulier le pétrole.
Ensuite : réduire les inégalités sociales à travers de vastes programmes sociaux.
Enfin : construire une intégration latino‑américaine alternative au néolibéralisme.
C’est dans ce contexte que surgissent des initiatives régionales comme l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) ou l’Union des nations sud‑américaines (UNASUR), entre autres mécanismes d’intégration.
Au cours des premières années du XXIᵉ siècle, le Venezuela devient un symbole de ce qu’on a appelé le « tournant à gauche » en Amérique latine. Beaucoup pensaient qu’un nouveau cycle politique s’ouvrait dans la région. Mais ce projet portait en lui une faiblesse structurelle très profonde.
L’économie rentière pétrolière, talon d’Achille vénézuélien
Cette faiblesse venait de loin : l’économie vénézuélienne dépendait presque totalement du pétrole, et cette dépendance allait marquer l’avenir du pays.
Le Venezuela dispose de l’une des plus grandes réserves de pétrole au monde, mais cette richesse a façonné une économie très particulière, une économie dite rentière. Qu’est‑ce que cela signifie ? Que l’État obtient la majeure partie de ses revenus de la vente de pétrole et, avec cet argent, finance la dépense publique. Pendant des années, cela a permis de financer l’éducation, la santé, les subventions, les programmes sociaux, entre beaucoup d’autres politiques.
Mais ce modèle a généré plusieurs problèmes : faible diversification économique, bas niveau de production industrielle et dépendance vis‑à‑vis des prix internationaux du pétrole. Le cœur de ce modèle est l’entreprise publique Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA). Lorsque les prix du pétrole ont baissé et que les sanctions internationales, principalement des États‑Unis, ont commencé, ce modèle est entré en crise.
C’est là qu’apparaît un autre élément clé : la dimension géopolitique.
Sanctions, géopolitique et capture de Maduro
Pendant des années, le Venezuela a fait face à des sanctions économiques impulsées principalement par les États‑Unis. Ces sanctions ont surtout affecté le système financier, le commerce international et l’industrie pétrolière. Même certains analystes critiques du gouvernement reconnaissent un point important : les sanctions ont aggravé la crise économique.
Par ailleurs, le Venezuela est devenu une pièce dans une confrontation internationale plus large, où figurent également des acteurs comme la Chine, la Russie, entre autres. Autrement dit, la crise vénézuélienne n’est pas seulement interne ; elle fait aussi partie d’une compétition globale pour les ressources, l’énergie et l’influence politique.
La situation devient encore plus incertaine après la capture et l’enlèvement du président Nicolás Maduro le 3 janvier 2026. Après cet événement, le pouvoir reste temporairement entre les mains de la vice‑présidente Delcy Rodríguez, ouvrant une phase totalement nouvelle.
Nous voyons aujourd’hui, simultanément, des négociations internationales, des changements dans la politique pétrolière, des protestations sociales et des tensions au sein même du chavisme. Le gouvernement tente d’attirer des investissements étrangers pour relancer l’économie, mais cela a déclenché un débat très vif au sein de la gauche, tant nationale qu’internationale.
Le bras de fer énergétique avec les États‑Unis, la Chine et la Russie
Dans la conjoncture actuelle marquée par la Chine et la Russie, la crise vénézuélienne s’inscrit aussi dans une compétition globale pour l’énergie, l’influence politique et les ressources stratégiques. Dans ce cadre, avec un air de vainqueur, Trump avait annoncé que le pétrole vénézuélien sous contrôle étasunien serait vendu à la Russie et à la Chine. Or, il se trouve que la Russie et la Chine refusent de l’acheter ; détail loin d’être secondaire, c’est le cœur même de la manœuvre.
La Chine a donné pour instruction à ses opérateurs de ne pas acquérir de brut vénézuélien sous contrôle des États‑Unis. Les cargaisons qui auparavant servaient à couvrir la dette de 15 milliards de dollars que le Venezuela entretient avec Pékin ont tout simplement été suspendues.
Le plus révélateur est qu’environ 40 millions de barils de brut sanctionné (provenant de Russie, d’Iran et du Venezuela) flottent dans des pétroliers au large des côtes chinoises, en attente ; ce pétrole est là, immobile, comme une armada de navires fantômes que personne ne décharge.
Autrement dit, un élément nouveau est apparu : la Chine et la Russie ont contre‑attaqué par une résistance silencieuse mais efficace. En refusant d’acheter le pétrole vénézuélien sous contrôle étasunien, elles étranglent l’empire avec son propre butin : les navires flottent, le pétrole s’accumule et le temps joue contre Washington.
Trois grandes positions au sein de la gauche latino‑américaine
Aujourd’hui, il n’existe pas une seule lecture du Venezuela. Au sein de la gauche latino‑américaine, on peut distinguer au moins trois grandes positions.
Première position : la gauche chaviste.
Cette tendance défend le processus bolivarien et affirme que la crise s’explique principalement par les sanctions internationales, la pression géopolitique et ce qu’elle appelle une « guerre économique ». Pour elle, le Venezuela demeure un symbole de résistance face à la puissance des États‑Unis.
Deuxième position : la gauche progressiste critique.
Cette gauche reconnaît que le chavisme a obtenu des avancées importantes, comme la réduction de la pauvreté, l’expansion des politiques sociales et l’inclusion politique des secteurs populaires, mais considère qu’avec le temps le système s’est détérioré. Ses critiques principales visent l’affaiblissement des institutions, la polarisation politique et la dépendance au pétrole ; elle propose donc une transition démocratique qui préserve les conquêtes sociales.
Troisième position : la gauche socialiste critique.
On y retrouve des secteurs comme le Parti communiste du Venezuela. Ils estiment que le gouvernement a fini par reproduire des structures capitalistes. Leurs critiques portent sur l’ouverture économique au capital privé, l’affaiblissement des syndicats et la concentration du pouvoir dans l’État ; selon eux, le projet bolivarien s’est éloigné du socialisme originel.
Ce débat se résume aujourd’hui dans une discussion très importante au sein de la gauche : la différence entre anti‑impérialisme idéologique et anti‑impérialisme pragmatique.
L’anti‑impérialisme idéologique affirme : on ne négocie jamais avec l’impérialisme, quelles que soient les circonstances.
L’anti‑impérialisme pragmatique affirme : un pays peut négocier même avec ses adversaires si cela lui permet de survivre économiquement.
De nombreux analystes considèrent que le gouvernement actuel du Venezuela adopte cette seconde stratégie, c’est‑à‑dire négocier pour survivre. Mais cette stratégie génère des tensions au sein même du camp révolutionnaire.
Théories radicales : coup négocié, chantage et « modèle Bukele »
Arrêtons‑nous ici sur certaines des théories les plus radicales.
La théorie du « coup d’État négocié », qui avance que les États‑Unis n’ont pas renversé le chavisme, mais ont aidé à le reconfigurer autour d’une figure plus malléable.
La théorie du « chantage judiciaire », selon laquelle Washington disposerait de dossiers prêts à l’emploi contre des personnalités du pouvoir afin de peser sur des décisions politiques.
La théorie du « changement contrôlé », qui soutient que, ne pouvant imposer l’opposition, les États‑Unis auraient préféré négocier avec une élite chaviste.
La théorie du « nouveau modèle à la Bukele », avec une autorité forte mais alignée sur des intérêts économiques globaux.
À la date de publication de cet article, d’autres théories radicales ont surgi, frôlant parfois l’hypothèse, la spéculation ou le probable, sans disposer pour beaucoup d’entre elles de preuves tangibles.
La théorie du « pacte avec les États‑Unis » avance que des secteurs du pouvoir auraient négocié la sortie de Nicolás Maduro avec Washington, évoquant des contacts préalables entre acteurs vénézuéliens où les intérêts énergétiques des États‑Unis au Venezuela apparaissent clairement. En revanche, il n’existe pas, à ce jour, de preuve documentée d’un accord direct visant à « livrer » le pouvoir.
Et le peuple dans tout cela ?
Pour certains, le peuple est en pause ; la rue s’est éteinte, il y a moins de mobilisations, moins de discours idéologiques et davantage de survie au quotidien. Des dirigeants comme Diosdado Cabello auraient mis en sourdine, pour l’instant, leur verbe incendiaire anti‑impérialiste, selon ce que l’on croit.
D’autres affirment que le peuple continue de s’organiser en conseils communaux, en communes et dans d’autres formes d’organisation, conformément au mandat du président Hugo Chávez, pour résister et survivre.
D’autres encore soulignent une moindre intensité de la mobilisation politique et une focalisation accrue sur la survie économique. On peut y voir l’effet de la fatigue sociale, d’un contrôle politique plus centralisé et de la perte d’une narration mobilisatrice.
Cuba, miroir et avertissement
Dans ce panorama, un exemple intéressant apparaît dans la région : le cas de Miguel Díaz‑Canel à Cuba. Le gouvernement cubain a confirmé des conversations avec les États‑Unis mais, en même temps, a posé plusieurs conditions claires : respect de la souveraineté, égalité entre États et non‑ingérence dans les affaires internes. La leçon politique est importante.
Négocier ne signifie pas se rendre. La question clé reste toujours : depuis quelle position négocie‑t‑on, et qu’est‑on prêt à céder ?
L’analyste cubain José Carlos Vinasco souligne qu’« au Venezuela, les concessions sont venues d’abord. Le pétrole a coulé, les lois ont changé, des prisonniers ont été libérés. Ce n’est qu’ensuite qu’ont eu lieu les conversations. À Cuba, les conversations viennent en premier. Les concessions, si elles arrivent, viendront après et sous conditions ».
Allons plus loin sur Cuba. Est‑ce un miroir ou un avertissement ? C’est les deux. Cuba est ce miroir que personne ne veut fixer trop longtemps, parce qu’il renvoie une question dérangeante : jusqu’où un projet peut‑il tenir sous une pression permanente ?
Car Cuba n’est pas seulement résistance héroïque ; c’est aussi épuisement accumulé. Des décennies de blocus, de crises internes, d’ajustements économiques et, malgré tout, le système ne s’est pas effondré.
Mais il n’est plus identique à ce qu’il était. Cuba a changé, et il faut le dire sans romantisme. Aujourd’hui, il y a une ouverture économique, un secteur privé en croissance et une inégalité plus visible qu’autrefois, ce qui génère de fortes tensions internes.
Adaptation ou mutation de fond ?
On retrouve alors le même débat qu’au Venezuela : s’agit‑il d’une adaptation ou du début de tout autre chose ? Et quelle est la différence clé entre les deux processus ? Le rythme et le contrôle.
Cuba change lentement, en mesurant chaque pas, en essayant de ne pas lâcher le gouvernail. Le Venezuela, au contraire, évolue dans une dynamique plus brutale, davantage traversée par les crises et la pression externe directe.
Mais attention : tous deux affrontent les mêmes questions de fond. Comment survivre sans cesser d’être ce qu’ils sont ? Et y parviennent‑ils vraiment ?
Parce que résister ne consiste pas seulement à tenir ; il s’agit aussi de savoir où l’on va. Et c’est là que beaucoup commencent à se demander si la direction reste claire ou si l’on improvise au fil des événements.
Alors, Cuba est‑elle l’avenir ou l’avertissement pour le Venezuela ? On pourrait dire qu’il s’agit d’un avertissement fort d’expérience. Cuba montre qu’on peut résister des décennies, mais aussi que chaque concession laisse une marque et que les changements, même nécessaires, n’arrivent jamais sans coût.
Trois précédents historiques : Lénine, Mao et Fidel
Regardons maintenant d’autres expériences historiques.
L’idée qu’un projet politique puisse se maintenir intact face à des conditions extrêmes est, historiquement, difficile à défendre. En contexte de guerre, d’isolement ou de crise profonde, les directions révolutionnaires ont dû prendre des décisions qui, en d’autres temps, auraient été impensables.
Les cas de Vladimir Lénine, de Mao Tsé‑Toung et de Fidel Castro n’illustrent pas seulement cette réalité, ils permettent de comprendre comment fonctionne la politique sous pression extrême.
Lénine : négocier pour ne pas disparaître (traité de Brest‑Litovsk, 1918)
Après la Révolution d’Octobre 1917, le nouveau gouvernement bolchevique hérite d’un pays dévasté par la guerre, la faim et l’effondrement de l’État tsariste. La Russie est encore engagée dans la Première Guerre mondiale, mais l’armée est en voie de désintégration.
Lénine fait face à une alternative brutale : poursuivre la guerre, au risque de provoquer l’effondrement total du nouveau gouvernement, ou signer la paix avec l’Allemagne, même dans des conditions humiliantes. Il opte pour le traité de Brest‑Litovsk.
Les conditions sont extrêmement dures : la Russie perd de vastes territoires (Ukraine, Pologne, pays baltes), cède des ressources stratégiques et des populations, et beaucoup de révolutionnaires y voient une trahison. Au sein même du parti bolchevique, l’opposition est forte ; certains proposent une « guerre révolutionnaire » plutôt que de négocier.
Mais Lénine insiste sur une idée clé : « sans État, il n’y a pas de révolution à défendre ». Son pari est stratégique : sacrifier du territoire pour gagner du temps, consolider le pouvoir à l’intérieur, réorganiser l’État et l’Armée rouge.
À court terme, la concession est énorme. À moyen terme, elle permet au gouvernement de survivre à la guerre civile. Leçon historique : la négociation n’est pas une renonciation idéologique, mais un choix destiné à éviter la défaite immédiate.
Mao Tsé‑Toung : des alliances avec l’ennemi (Front uni avec le Kuomintang)
La trajectoire de Mao Tsé‑Toung offre un des exemples les plus clairs de flexibilité stratégique. Durant la première moitié du XXᵉ siècle, le Parti communiste chinois (PCC) affronte une double menace : la répression du Kuomintang (nationalistes) et l’invasion japonaise.
Dans ce contexte, Mao pousse une décision hautement controversée : former une alliance avec ce même Kuomintang qui avait persécuté et massacré les communistes. Cet accord donne naissance au Deuxième Front uni (1937–1945) dans le cadre de la guerre contre le Japon.
Pourquoi une décision aussi contradictoire ? Parce qu’elle implique de collaborer avec un ennemi interne, de suspendre partiellement le conflit de classes et de prioriser la lutte nationale sur la révolution immédiate. Beaucoup de militants communistes y voient une déviation.
Mao, lui, lit autrement le rapport de forces : sans la défaite du Japon, il n’y aura pas de conditions pour la révolution. La survie du mouvement suppose un repli, une réorganisation et l’accumulation de légitimité nationale.
Le résultat est décisif : le PCC sort renforcé de la guerre, élargit sa base sociale et aborde en meilleure posture la guerre civile qui suivra, qu’il gagnera en 1949. Autre leçon : l’alliance n’est pas une capitulation, mais une manière de reconfigurer les priorités stratégiques.
Fidel Castro : résister en adaptant le modèle (Période spéciale, années 1990)
Le cas de Fidel Castro est différent, car il ne s’agit pas d’une négociation ponctuelle mais d’une adaptation prolongée. Pendant des décennies, Cuba dépend économiquement de l’Union soviétique. Lorsque celle‑ci s’effondre en 1991, l’île perd son principal partenaire commercial, son approvisionnement en pétrole subventionné et un soutien financier décisif. C’est le début de la « Période spéciale ».
Les conséquences sont dramatiques : chute du PIB, pénuries d’aliments, d’énergie, de transports et détérioration des conditions de vie. Dans ce contexte, le gouvernement cubain adopte des mesures auparavant impensables dans son modèle, telles que :
l’ouverture limitée au tourisme international ;
la légalisation du dollar dans l’économie ;
l’autorisation de petites entreprises privées ;
la recherche d’investissements étrangers.
Ces décisions provoquent de fortes tensions idéologiques : s’agit‑il de concessions au capitalisme ? D’un recul du projet socialiste ? Pourtant, la direction politique défend ces mesures comme nécessaires à la survie du système. La logique est claire : sans ajustements économiques, le risque de collapse est réel ; sans État, aucun projet socialiste n’est possible.
Leçon : s’adapter ne signifie pas se rendre, mais reconfigurer le projet pour éviter sa disparition.
Le prix de la « pureté politique »
Ces trois cas révèlent un schéma commun : aucun de ces dirigeants n’a agi dans des conditions idéales ; tous ont été confrontés à des scénarios où les options étaient limitées. Dans chaque cas, des décisions ont été prises qui mettaient à l’épreuve la cohérence idéologique.
Mais ils montrent aussi quelque chose de plus profond : la « pureté politique » est plus facile à maintenir dans le discours que dans l’histoire réelle. Lorsqu’un projet fait face à des menaces existentielles, les choix cessent d’opposer le « bien » et le « mal » pour se transformer en alternatives entre survivre ou disparaître, avancer ou se replier, résister ou s’effondrer.
Lénine a cédé du territoire pour sauver l’État. Mao a pactisé avec son ennemi pour gagner du temps. Fidel a réformé son modèle pour éviter la débâcle.
Dans les trois cas, l’enjeu n’était pas seulement la cohérence idéologique, mais la continuité même du projet politique. Et c’est peut‑être là l’enseignement le plus dérangeant de l’histoire : dans les moments critiques, la politique ne récompense pas la pureté ; elle récompense la capacité à continuer d’exister.
Venezuela, laboratoire politique à ciel ouvert
Une chose apparaît clairement : le pays reste un laboratoire politique en temps réel, où l’on expérimente – à coût élevé – diverses manières de résister dans un monde en dispute. Tant que cet « essai » se poursuit, l’issue demeurera ouverte. Car en politique, comme dans l’histoire, l’essentiel n’est pas ce qui semble inévitable, mais ce qui peut encore changer.
Aujourd’hui, le Venezuela vit une conjoncture complètement ouverte. Ce que nous observons, c’est une combinaison de crise économique structurelle, de pression géopolitique internationale et de conflits au sein de la gauche elle‑même. C’est pourquoi l’avenir du processus bolivarien n’est pas encore défini : il peut se transformer, s’adapter ou entrer dans une phase totalement différente.
En ce sens, la grande question n’est pas de savoir si le Venezuela va changer, car ce changement est déjà en cours ; la question réelle est de savoir comment il change, qui profite de ce changement et ce qu’il reste du projet originel. Et c’est cette discussion qui divise aujourd’hui l’ensemble de la gauche.
Que nous disent, de plus, les cas évoqués précédemment ? Que la politique réelle ne se déploie pas en noir et blanc.
Une chose est sûre : l’histoire de l’Amérique latine nous enseigne que les processus politiques n’avancent pas en ligne droite ; ils progressent avec des avancées, des reculs et des contradictions. Et, au cœur de ces contradictions, reste ouverte une dispute fondamentale : la lutte pour la souveraineté, pour la justice sociale et pour l’avenir politique de notre région. Et cette discussion, camarades, ne se déroule pas seulement au Venezuela ; elle nous interpelle toutes et tous en Amérique latine.
En définitive, réaffirmons‑le : le Venezuela se trouve à un moment conjoncturel ouvert.
Traduction Bernard Tornare
Mg. José A. Amesty Rivera est un intellectuel vénézuélien, théologien et formateur socio‑politique, engagé dans l’analyse critique des processus politiques latino‑américains et des dynamiques impérialistes contemporaines. Installé actuellement au Costa Rica, il publie régulièrement des chroniques et tribunes dans divers médias alternatifs et plateformes d’opinion en Amérique latine, où il aborde des thèmes tels que la justice sociale, la géopolitique, les révolutions latino‑américaines et le rôle des mouvements populaires. Il est l’auteur de nombreux textes d’analyse sur Cuba, le Venezuela, le sandinisme, les BRICS et les luttes anti‑impérialistes.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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