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Venezuela et vérité

par Bernard Tornare 6 Janvier 2026, 17:27

Venezuela et vérité
Par Craig Murray

Les sottises des médias dominants sur le Venezuela passent sous silence les vérités les plus importantes.

Notamment la torture et l’assassinat, en 1976, du père de la viceprésidente Delcy Rodríguez, par les services de sécurité liés à la CIA, que Trump affirme désormais placer aux commandes.

 

Les médias dominants ont parlé du Venezuela en continu tout le weekend. Ils ont mentionné à de nombreuses reprises Delcy Rodríguez, viceprésidente, parce que Trump a déclaré que c’est elle qui dirige désormais.

 

Ils n’ont jamais mentionné que 2026 marquera le 50ᵉ anniversaire de la torture à mort de son père, le militant socialiste Jorge Rodríguez, par les services de sécurité soutenus par la CIA du régime de Pérez, aligné sur les ÉtatsUnis au Venezuela.

 

Évidemment, cela gâcherait le récit binaire « méchants communistes » contre « gentils démocrates » que l’on force dans la gorge de tout le monde.

 

Ils n’ont pas davantage mentionné que les gouvernements élus d’Hugo Chávez ont réduit l’extrême pauvreté de plus de 70%, la pauvreté de 50%, divisé le chômage par deux, multiplié par quatre le nombre de bénéficiaires de pensions publiques et atteint 100% d’alphabétisation. Chávez a fait passer le Venezuela du statut de société la plus inégalitaire d’Amérique latine en matière de répartition des richesses à celui de société la plus égalitaire.

 

Ils n’ont pas non plus mentionné que María Corina Machado est issue de l’une des familles les plus riches du Venezuela, qui dominait les secteurs de l’électricité et de l’acier avant leur nationalisation, et que ses soutiens sont précisément les grandes familles qui se trouvaient derrière ces régimes meurtriers contrôlés par la CIA.

Jorge Antonio Rodriguez, militant socialiste et père du vice-président vénézuélien Delcy Rodriguez, 1968. (Documentaire de Jesús E. Guédez, 1968, domaine public via Wikipédia)

Jorge Antonio Rodriguez, militant socialiste et père du vice-président vénézuélien Delcy Rodriguez, 1968. (Documentaire de Jesús E. Guédez, 1968, domaine public via Wikipédia)

Les sanctions économiques imposées par l’Occident – et, autre chose qu’ils n’ont pas mentionnée, c’est que le RoyaumeUni a confisqué plus de 2 milliards de livres d’avoirs du gouvernement vénézuélien – ont rendu difficile pour le gouvernement Maduro de faire beaucoup plus que de consolider les acquis des années Chávez.

 

Quant à l’idée que le Venezuela serait un grand centre de production ou de transit des stupéfiants entrant aux ÉtatsUnis, c’est simplement absurde. Nicolás Maduro n’est pas un baron de la drogue. Cette accusation est une pure foutaise.

 

Tout le weekend, pratiquement tous les gouvernements occidentaux ont publié des déclarations qui parvenaient à la fois à soutenir les bombardements et l’enlèvement ordonnés par Trump – manifestement grossièrement illégaux en droit international – tout en prétendant soutenir le droit international. L’hypocrisie est véritablement hors échelle. Ce sont d’ailleurs exactement les mêmes puissances occidentales qui soutiennent le génocide à Gaza qui soutiennent l’attaque contre le Venezuela.

 

Mort du droit international

Le génocide à Gaza a marqué la fin de l’espoir – espoir qui comptait énormément dans ma propre vision du monde – que la primauté du droit international puisse l’emporter sur l’usage brutal de la force dans les relations internationales. L’enlèvement de Maduro, la précipitation des puissances occidentales à l’entériner, et l’incapacité du reste du monde à y changer quoi que ce soit, ont souligné que le droit international est tout simplement mort.

 

Dans la longue liste des attributions scandaleuses du prix Nobel de la paix, aucune ne peut être pire que la dernière, décernée à la traîtresse vénézuélienne María Corina Machado, dans le but explicite de promouvoir et de précipiter l’attaque impérialiste des ÉtatsUnis contre le Venezuela.

 

Il faut beaucoup d’efforts pour réussir à prendre une décision plus déplorable que celle d’attribuer le prix Nobel de la paix à [Henry] Kissinger immédiatement après les bombardements massifs du Laos et du Cambodge. Ce fut une attribution épouvantable, mais elle se voulait une forme de reconnaissance de l’accord de paix de Paris, censé pousser les ÉtatsUnis à respecter le processus de paix. À l’origine, c’était un prix conjoint avec le négociateur vietnamien Lê Duc Tho (qui eut la sagesse de le refuser).

 

Le prix à Kissinger fut une terrible erreur, mais le comité cherchait à mettre fin à une guerre, en partant d’une disposition à composer avec une realpolitik sans principes. Avec l’attribution à Machado, il s’agit délibérément d’avaliser et de promouvoir le déclenchement d’une guerre. C’est très différent.

 

De même, le prix décerné à Obama fut un élan d'espoir insensé après le désespoir de l’invasion de l’Irak. Il mêlait la croyance erronée qu’Obama serait meilleur, à l’idée tout aussi erronée que le prix l’encouragerait à l’être.

 

Je reconnais que la ligne que je trace est ténue : récompenser les auteurs de l’agression occidentale n’est qu’un petit pas en deçà du fait d’encourager ouvertement l’agression occidentale. Mais il n’en demeure pas moins qu’une ligne a été franchie.

Maria Corina Machado lors d'un rassemblement de protestation, août 2024. (VOA, gouvernement américain)

Maria Corina Machado lors d'un rassemblement de protestation, août 2024. (VOA, gouvernement américain)

L’hypocrisie grossière du président moralement en faillite du Comité, Jørgen Watne Frydnes, qui prétend que ce prix récompense une action non violente concernant le Venezuela, alors même que Trump rassemble au large du pays la plus grande force d’invasion depuis l’Irak, me fait éprouver à l’égard de Frydnes des pensées qui ne devraient certainement pas me qualifier pour aucun prix de la paix. J’éprouve le même sentiment envers [le secrétaire général de l’ONU, Antonio] Guterres et tous les autres qui abandonnent leur supposé rôle international pour lécher aujourd’hui les bottes de Trump.

 

Alors, quelle est la suite pour le Venezuela ? Dans l’hypothèse la plus optimiste, l’action de Trump fut essentiellement performative. Il devait faire quelque chose pour éviter les moqueries façon « Grand Old Duke of York » après cet immense rassemblement de forces au large du Venezuela, et il a produit un spectacle qui, en réalité, ne change pas grandchose.

 

Dans cette lecture, les Américains sont peutêtre en train de refaire la même erreur qu’en Iran, en pensant qu’une stratégie de décapitation et des bombardements déclencheront une révolution interne. En Iran, ils ont en fait renforcé le soutien au gouvernement.

 

Samedi aprèsmidi, le gouvernement bolivarien à Caracas ne savait toujours pas réellement ce qui s’était passé, dans quelle mesure il y avait eu collusion au sein des forces armées dans l’enlèvement de Maduro, et s’il disposait encore du contrôle de l’armée.

 

Le signal clair envoyé par Trump, selon lequel les ÉtatsUnis considèrent Rodríguez comme étant aux commandes, et son méprisant balayage de Machado – le seul point lumineux d’une journée épouvantable – pourraient amener à réfléchir ceux, au Venezuela, qui espéraient un soutien actif de Washington à un coup d’État.

 

À ceux qui prétendent que Maduro était un tyran, je renvoie à l’opérabouffe du coup d’État de Guaidó, le 30 avril 2019. Guaidó avait été proclamé président du Venezuela par les puissances occidentales alors qu’il n’avait même jamais été candidat. Il a tenté un coup d’État, s’est promené dans Caracas entouré de sbires lourdement armés, en se déclarant président, tout en se faisant simplement rire au nez par l’armée, la police et la population.

 

Dans n’importe quel pays au monde, Guaidó aurait été condamné à la prison à vie pour tentative de coup d’État armé, et je m’attends à que, dans la majorité des cas, il aurait été exécuté. Maduro s’est contenté de lui tapoter la tête et de le remettre dans un avion.

Voilà pour la sinistre dictature.

Par pur hasard, vendredi, j’avais envoyé un message à Delcy Rodríguez au sujet des arrangements de voyage et d’accréditation pour que je puisse me rendre au Venezuela et vous rapporter davantage de vérités sur ce pays que les médias vous cachent. J’ai clairement indiqué que je ne demandais aucun soutien financier. La situation est évidemment mouvante en ce moment, mais mon intention reste de m’y rendre.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Venezuela et vérité

Craig Murray est un ancien diplomate britannique devenu auteur, journaliste, blogueur et militant des droits humains. Né en 1958 à West Runton (Norfolk), Murray est écossais, de formation historien et sort diplômé de l’Université de Dundee au début des années 1980.

​Il rejoint le Foreign and Commonwealth Office en 1984 et occupe divers postes à l’étranger (Nigeria, Pologne, Ghana, etc.) avant d’être nommé ambassadeur britannique en Ouzbékistan en 2002.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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