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L’intervention contre le Venezuela est une opération de sauvetage du pétrodollar

par Bernard Tornare 7 Janvier 2026, 14:43

L’intervention contre le Venezuela est une opération de sauvetage du pétrodollar

L’histoire est en train de s’écrire en temps réel, et le Venezuela n’est que le premier chapitre d’une histoire beaucoup plus vaste : celle de la manière dont le monde apprend à vivre sans hégémon.

 

Par Pepe Escobar

Ce matin, la fumée s’élève de Caracas. Et ce n’est pas celle des raffineries de pétrole, mais celle des bombes américaines qui viennent de transformer à jamais l’équilibre géopolitique de la planète. Nous assistons au moment le plus critique depuis la fin de la guerre froide.

 

Les décisions prises à Washington dans les prochaines heures détermineront si les États-Unis peuvent maintenir leur hégémonie pendant encore quelques décennies, ou si nous venons d’assister à l’accélérateur définitif de la transition vers un monde multipolaire.

 

Ce qui se déroule au Venezuela depuis 72 heures n’est pas une opération militaire de plus. C’est l’ultime acte désespéré d’un empire en déclin, qui a décidé de tout miser sur une seule carte : contrôler les plus grandes réserves de pétrole du monde avant que le système du pétrodollar ne s’effondre définitivement.

 

L’opération militaire américaine contre le Venezuela, que Trump a baptisée Absolute Resolve, n’est pas ce qu’elle paraît être en surface. Tandis que les médias occidentaux parlent de narcotrafic et de démocratie, la réalité est bien plus brutale et calculatrice. Les États-Unis livrent leur dernière bataille pour le cœur énergétique des Amériques, et chaque baril de pétrole vénézuélien qui s’écoule vers la Chine est un clou de plus dans le cercueil de l’hégémonie américaine.

Pourquoi le Venezuela ? Pourquoi maintenant, et pourquoi Trump prend-il le risque d’une confrontation avec la Chine et la Russie pour un pays que Washington tente de renverser depuis plus de deux décennies, sans succès ?

La réponse se trouve dans les chiffres que personne ne veut mentionner, dans les contrats que personne ne veut discuter, et dans la réalité géoéconomique qui est en train de redéfinir la planète. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, 303,8 milliards de barils. Pour mettre cela en perspective, c’est plus de pétrole que l’Arabie saoudite, la Russie, le Canada et l’Irak réunis, mais voici la partie qui empêche Washington de dormir.

 

Le 76 % de la production pétrolière vénézuélienne est actuellement achetée par la Chine, et non par les États-Unis. Ce qui rend cette situation encore plus préoccupante pour les stratèges américains, c’est que le pétrole vénézuélien n’est pas n’importe quel pétrole.

Sa position géographique permet qu’il arrive en Chine en 35 jours par le canal de Panama, tandis que le pétrole du Moyen-Orient met 45 jours et doit passer par le détroit de Malacca que les États-Unis peuvent bloquer à tout moment. Le Venezuela offre à la Chine une sécurité énergétique dans l’hémisphère occidental.

Juste dans le « jardin arrière » des États-Unis, Pékin non seulement achète le pétrole vénézuélien, mais finance toute l’infrastructure pour l’extraire, le raffiner et le transporter. Les Chinois ont investi plus de 67 milliards de dollars dans le secteur énergétique vénézuélien depuis 2007, et chaque dollar de cet investissement est libellé en yuans, non en dollars.

Ces investissements chinois ne sont pas des prêts traditionnels comme ceux que propose le Fonds monétaire international. Ce sont des accords d’échange « ressources contre infrastructures » : la Chine construit des routes, des ports, des raffineries et des systèmes de télécommunications en échange d’approvisionnements garantis en pétrole à des prix préférentiels.

C’est un modèle complètement différent de celui d’extraction néocoloniale qui a caractérisé les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine pendant deux siècles. Mais l’histoire devient encore plus fascinante lorsque l’on comprend qu’il ne s’agit pas seulement de pétrole.

 

Venezuela possède également les deuxièmes plus grandes réserves d’or d’Amérique latine, et depuis 2018 chaque once d’or vénézuélien qui quitte le pays part directement vers la Chine, payée en yuans dans le cadre des accords de swap de devises entre Caracas et Pékin. C’est ici que le récit américain sur le narcotrafic s’effondre complètement.

Le véritable crime du Venezuela, ce ne sont pas les drogues qu’il enverrait soidisant aux États-Unis – drogues qui, soit dit en passant, proviennent pour l’essentiel de la Colombie, allié stratégique de Washington. Le véritable crime du Venezuela est d’être en train de construire un système économique complètement indépendant du dollar américain. Cela nous amène au point que personne, dans les médias occidentaux, ne veut aborder.

L’opération militaire américaine au Venezuela est fondamentalement une opération de sauvetage du pétrodollar. Trump le sait, Maduro le sait, Poutine le sait et Xi Jinping le sait parfaitement. Le système du pétrodollar, mis en place par Henry Kissinger en 1973, exige que tout le pétrole du monde soit commercialisé en dollars américains. C’est la base du pouvoir financier global des États-Unis.

Mais le Venezuela, avec la Russie, l’Iran et un nombre croissant de pays des BRICS +, commerce son pétrole en monnaies nationales, principalement en yuan chinois. Ce système du pétrodollar permet aux États-Unis d’imprimer des dollars à l’infini sans subir d’inflation, parce qu’il existe une demande mondiale constante de dollars pour acheter de l’énergie.

Cependant, lorsque des pays dotés de grandes réserves énergétiques commencent à accepter d’autres monnaies, la demande de dollars diminue et la capacité des États-Unis à financer leur déficit commercial et militaire s’érode rapidement. Le Venezuela représente 18 % des réserves prouvées de pétrole du monde opérant en dehors du systèmedollar. C’est une hémorragie que Washington ne peut pas se permettre.

Quand Trump affirme que le Venezuela vole le pétrole américain, il révèle une mentalité impériale qui considère que toutes les ressources énergétiques du monde appartiennent « naturellement » aux États-Unis.

Mais en réalité, le Venezuela ne fait que choisir ses partenaires commerciaux, et ces partenaires ne se trouvent pas à Washington, mais à Pékin et à Moscou. Au cours des cinq dernières années, le Venezuela a systématiquement rapatrié tout son or déposé à Londres et à New York vers la Chine et l’Ouganda. Ce n’est pas un mouvement aléatoire, c’est une préparation à ce qui est en train de se produire.

​Le Venezuela savait qu’à terme les États-Unis prendraient des mesures militaires directes, parce que le pays représente une menace existentielle pour le système monétaire américain. Un pays doté des plus grandes réserves de pétrole au monde, opérant complètement en dehors du systèmedollar, est l’équivalent d’une bombe à neutrons pour l’hégémonie financière américaine.

​La réponse chinoise a été extrêmement stratégique et silencieuse. Tandis que Trump déploie des porteavions et bombarde les quais de La Guaira, la Chine conclut des accords énergétiques alternatifs avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. Pékin comprend que le Venezuela n’est que le premier domino d’une guerre énergétique plus large.

​Les analystes occidentaux sousestiment totalement la vitesse à laquelle la Chine peut reconfigurer les marchés énergétiques mondiaux. Au cours des 48 dernières heures, tandis que les bombes tombaient sur Caracas, Pékin a signé des contrats préliminaires pour importer du gaz naturel liquéfié du Qatar payé en yuans, des accords de raffinage conjoint avec le Koweït et, plus significatif encore, a accéléré les discussions avec l’Arabie saoudite pour établir un hub énergétique dans le Golfe persique qui fonctionnerait entièrement en monnaies non occidentales.

 

L’ironie suprême de toute cette crise est que l’agression militaire américaine contre le Venezuela accélère exactement ce que Washington veut empêcher : la dédollarisation globale. Chaque bombe qui tombe sur le sol vénézuélien envoie un message clair à tous les pays du Sud global : si tu possèdes des ressources que Washington considère comme stratégiques, tu es une cible.

Le Brésil, qui partage une frontière de 2 200 km avec le Venezuela, a répondu par une déclaration que peu de médias occidentaux ont relayée. Brasilia a annoncé que toute extension des opérations militaires américaines vers le territoire brésilien serait considérée comme un acte d’agression. L’Argentine reste silencieuse, mais ses généraux sont nerveux.

La réaction la plus intéressante vient de la Colombie. Bogota soutient officiellement l’opération américaine, mais officieusement, la Colombie accélère ses discussions pour rejoindre les BRICS +. Pourquoi ? Parce que la Colombie comprend que si les ÉtatsUnis peuvent bombarder le Venezuela pour son pétrole, ils peuvent bombarder la Colombie pour son or, son charbon ou n’importe quelle autre ressource que Washington jugera stratégique.

La véritable bataille ne se déroule pas sur les quais de La Guaira ni dans les champs pétrolifères de l’Orénoque. Elle se joue sur les marchés financiers mondiaux, dans les chambres de compensation de Shanghai, dans les banques centrales de Riyad et de Téhéran. La Russie a répondu à l’opération américaine d’une manière que peu d’analystes occidentaux comprennent.

Moscou n’envoie pas encore de troupes au Venezuela, mais fait quelque chose de bien plus dévastateur pour les intérêts américains. Le Kremlin accélère l’intégration du commerce énergétique russe, chinois, iranien et vénézuélien dans une seule plateforme de règlement libellée en yuans.

Cette plateforme, que Pékin et Moscou développent en secret depuis trois ans, permettrait que tout le commerce énergétique entre ces pays s’effectue sans toucher au système bancaire occidental. Plus de Swift, plus de dollars, plus de banques américaines ou européennes comme intermédiaires. L’Iran teste déjà cette plateforme avec ses exportations de pétrole vers la Chine. Le Venezuela était sur le point de s’y intégrer complètement lorsque l’opération militaire américaine a commencé.

Poutine comprend que la meilleure manière de répondre à l’agression américaine n’est pas davantage de violence, mais l’accélération du système financier qui rendra la violence américaine insignifante.

La question que tout le monde à Washington devrait se poser, mais que personne ne veut formuler, est la suivante : que se passeratil lorsque l’Arabie saoudite s’intégrera à cette plateforme ? Car les Saoudiens ont déjà entamé des conversations exploratoires. Si Riyad décide de commercer son pétrole en yuans via cette plateforme russochinoise, le système du pétrodollar s’effondre du jour au lendemain.

Trump parle de « protéger » le pétrole vénézuélien pour les États-Unis, mais ignore une réalité fondamentale. Le Venezuela n’a plus besoin des ÉtatsUnis. La Chine achète désormais toute la production vénézuélienne, la Russie fournit la technologie militaire et énergétique, et l’Iran partage son expérience de résistance aux sanctions américaines.

L’opération militaire américaine au Venezuela révèle quelque chose que peu de gens à Washington veulent admettre. Les ÉtatsUnis n’ont plus la capacité économique de rivaliser avec la Chine en Amérique latine. Pékin peut offrir de véritables investissements dans les infrastructures, la technologie et le commerce à long terme. Washington ne peut offrir que menaces militaires et sanctions.

C’est la raison pour laquelle l’opération Absolute Resolve est condamnée à un échec stratégique, même si elle réussit tactiquement. Trump peut renverser Maduro, installer un gouvernement fantoche à Caracas, voire contrôler temporairement les champs pétrolifères vénézuéliens, mais il ne peut pas changer la réalité : la Chine est désormais le partenaire commercial le plus important de l’Amérique latine.

Et cette réalité ne changera pas avec des bombardements. Les Chinois jouent une partie complètement différente. Pendant que les ÉtatsUnis dépensent des billions de dollars dans des opérations militaires pour contrôler des ressources énergétiques, la Chine bâtit l’infrastructure qui rendra cette dépendance caduque.

​Pékin investit massivement dans les énergies renouvelables, dans les technologies de stockage de l’énergie et dans des réseaux électriques intelligents capables de fonctionner avec de multiples sources d’énergie.

La stratégie chinoise à long terme n’est pas simplement de remplacer les ÉtatsUnis comme hégémon global. Elle vise à créer un système multipolaire où aucun pays ne peut monopoliser les ressources énergétiques mondiales, comme les ÉtatsUnis l’ont fait au cours des 50 dernières années. Le Venezuela est crucial dans cette stratégie chinoise, car il fournit la base énergétique de tout le projet de la « Ceinture et la Route » en Amérique latine.

Les ports que la Chine construit au Pérou, les routes qu’elle finance en Équateur, les chemins de fer qu’elle planifie au Brésil, tout cela exige un approvisionnement énergétique sûr et stable qui ne puisse pas être interrompu par des sanctions américaines. Maduro comprend parfaitement son rôle dans ce grand jeu.

Le Venezuela ne fait pas que résister à l’agression américaine, il contribue à bâtir l’infrastructure du monde posthégémonique. Chaque cargaison de pétrole vénézuélien qui arrive en Chine est un investissement dans un futur où Washington ne pourra plus dicter qui commerce avec qui.

​La réponse russe à la crise vénézuélienne est tout aussi calculée. Moscou n’envoie pas l’Admiral Kouznetsov dans les Caraïbes pour affronter la flotte américaine. Poutine fait quelque chose de bien plus intelligent : il accélère la livraison de systèmes de défense antiaérienne S400 et de missiles hypersoniques Quinzal au Venezuela.

​Ces systèmes feront du Venezuela un territoire pratiquement inexpugnable face à de futures attaques aériennes américaines. Mais, plus important encore, ils envoient un message clair à tous les pays du Sud global : si vous vous alliez avec la Russie et la Chine, vous recevrez la protection militaire nécessaire pour résister à la coercition américaine.

​Le véritable génie de la stratégie russochinoise est qu’elle ne nécessite pas de confrontation directe avec les ÉtatsUnis. Il suffit de rendre la coercition militaire américaine trop coûteuse et trop risquée pour être soutenable. Si les ÉtatsUnis doivent bombarder un pays différent chaque fois que ce pays choisit de commercer avec la Chine, l’empire américain sera épuisé économiquement en quelques années. Trump marche droit dans ce piège. Chaque escalade militaire au Venezuela exige des ressources que les ÉtatsUnis ne peuvent déjà plus se permettre.

La guerre en Ukraine a démontré que Washington est incapable d’assurer même l’approvisionnement en artillerie pour un seul conflit prolongé, et pourtant il ouvre maintenant un second front en Amérique latine. L’économie américaine ne peut tout simplement pas soutenir des opérations militaires simultanées en Europe de l’Est, dans les Caraïbes, dans le golfe Persique et, potentiellement, dans le détroit de Taïwan. La Chine et la Russie le savent et coordonnent leurs réponses pour provoquer précisément cette surcharge militaire américaine.

La partie la plus importante de toute cette crise, c’est la manière dont elle met à nu les contradictions internes du système américain luimême. Trump a besoin du soutien du complexe militaroindustriel pour ses opérations au Venezuela, mais ce même complexe dépend de plus en plus de matières premières chinoises pour fabriquer des armes américaines.

Les terres rares nécessaires aux systèmes de guidage des missiles, les composants électroniques pour les systèmes de communication militaires, et même les métaux pour les alliages des avions de combat : une part significative de ces matériaux provient de Chine ou de pays alliés à la Chine.

 

Les ÉtatsUnis dépendent littéralement de leurs adversaires pour construire les armes qu’ils prévoient d’utiliser contre ces mêmes adversaires. Plus ironique encore, les systèmes de propulsion navale américains reposent sur des minerais extraits en Afrique par des compagnies chinoises.

Les semiconducteurs avancés pour les systèmes de guerre électronique requièrent le lithium bolivien que la Chine contrôle via des coentreprises, et les composants de plusieurs systèmes antimissiles n’existent que dans des installations de traitement chinoises ou russes. Cette dépendance explique pourquoi la réponse chinoise à l’opération au Venezuela a été si mesurée.

 

Pékin n’a pas besoin de confronter directement les ÉtatsUnis, il lui suffit d’attendre que Washington réalise qu’il se bat avec des armes fabriquées avec des matériaux chinois.

 

L’opération militaire américaine au Venezuela ne porte pas réellement sur le Venezuela ; elle vise à empêcher l’émergence d’un système économique mondial indépendant des ÉtatsUnis. Or ce système est déjà en train d’émerger. Et bombarder le Venezuela ne l’arrêtera pas.

Un monde multipolaire n’est ni une théorie ni une aspiration ; c’est une réalité qui se déploie sous nos yeux. Les pays des BRICS + représentent aujourd’hui plus de 40 % de la population mondiale et plus de 35 % du PIB planétaire. Ces chiffres augmenteront considérablement lorsque l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran seront pleinement intégrés au système financier des BRICS +.

Le Venezuela est important parce qu’il incarne la transition d’un monde unipolaire vers un monde multipolaire. Pays aux ressources immenses, il choisit librement ses partenaires commerciaux, développe son économie en coopération avec plusieurs puissances et résiste avec succès à la coercition de l’unique superpuissance. Voilà l’avenir, et aucun bombardement ne pourra le changer.

L’ironie suprême de l’opération Absolute Resolve réside dans le fait qu’elle produit exactement l’inverse de ce qu’elle prétend accomplir. Au lieu de restaurer l’hégémonie américaine en Amérique latine, elle accélère l’intégration de cette dernière au bloc eurasiatique mené par la Chine et la Russie.

Le Brésil accélère ses négociations avec la Chine en vue d’une plus grande intégration commerciale. L’Argentine revoit son alignement sur les ÉtatsUnis. Même le Mexique explore discrètement des solutions pour réduire sa dépendance au marché américain. Trump réussit là où des décennies de diplomatie chinoise avaient échoué : unifier l’Amérique latine contre l’hégémonie américaine.

Depuis ce café parisien, tandis que je termine une tasse de café éthiopien, la question qui se pose n’est pas de savoir si les ÉtatsUnis peuvent « gagner » au Venezuela. La véritable question est : combien de temps Washington peutil maintenir une stratégie qui accélère sa propre marginalisation géopolitique ? La tragédie profonde de l’opération Absolute Resolve, c’est qu’elle produit exactement le contraire de ce qu’elle prétend résoudre.

Au lieu de restaurer le prestige américain, elle démontre au monde que les ÉtatsUnis ne savent désormais plus dialoguer avec leurs voisins que par la violence. Au lieu de renforcer le dollar, elle accélère la recherche mondiale d’alternatives.

​Au lieu d’isoler la Chine, elle pousse davantage de pays dans son orbite. Les historiens retiendront l’opération militaire américaine au Venezuela comme le moment où l’hégémonie unipolaire s’est publiquement suicidée, non pas à cause des bombes tombées sur Caracas, mais parce qu’elle a montré que l’empire ne disposait plus d’aucun instrument de pouvoir autre que la force brute.

Le pétrole et le sang qui coulent aujourd’hui au Venezuela ne marquent pas la fin d’une histoire, mais le début d’une nouvelle ère. Une ère où aucun empire ne pourra monopoliser les ressources mondiales, où les pays pourront choisir librement leurs alliances et où la multipolarité ne sera plus une aspiration, mais une réalité incontournable.

La bataille finale pour le cœur des Amériques se joue en ce moment, mais pas là où Washington l’imagine. Elle se déroule dans les banques centrales de Pékin et de Moscou, dans les ministères de l’Énergie de Riyad et de Téhéran, et dans l’esprit des dirigeant·es du Sud qui voient un empire désespéré recourir à la violence lorsque l’économie et la diplomatie ont échoué.

Les ÉtatsUnis remportent peutêtre des batailles, mais la Chine et la Russie sont en train de gagner la guerre. Et cette guerre n’a rien à voir avec le territoire ou l’idéologie ; il s’agit de l’avenir du pouvoir dans un monde où celuici ne peut plus être monopolisé par une seule nation, aussi puissante aitelle été par le passé.

L’histoire s’écrit en temps réel, et le Venezuela n’est que le premier chapitre d’un récit bien plus vaste : celui de la façon dont le monde a appris à vivre sans puissance hégémonique unique, et comment cet apprentissage a commencé dans le sang et le pétrole sur les rivages des Caraïbes.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

L’intervention contre le Venezuela est une opération de sauvetage du pétrodollar

Pepe Escobar est un journaliste et analyste géopolitique brésilien, chroniqueur à The Cradle et rédacteur en chef à Asia Times. Depuis le milieu des années 1980, il a vécu et travaillé comme correspondant étranger à Londres, Paris, Milan, Los Angeles, Singapour et Bangkok. C'est un auteur d'innombrables ouvrages, dont le dernier est Raging Twenties.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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