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États-Unis – Amérique latine et Caraïbes : Les peuples ont la parole

par Bernard Tornare 2 Janvier 2026, 16:22

États-Unis – Amérique latine et Caraïbes : Les peuples ont la parole
Par Sergio Rodríguez Gelfenstein

Par les hasards de la vie et les ajustements imprévus de l’histoire, au moment même où Donald Trump menaçait l’Amérique latine et les Caraïbes (ALC) et où Marco Rubio affirmait sa conviction que l’hémisphère occidental appartient à Washington, remettant ainsi à la mode la Doctrine Monroe et son corollaire trumpiste pour le XXIᵉ siècle, le gouvernement de la République populaire de Chine rendait public son troisième document sur la politique étrangère envers la région.

 

En 2008, le gouvernement chinois avait publié le premier Document sur la politique de la Chine envers l’Amérique latine et les Caraïbes, dans lequel il se fixait l’objectif d’établir un Partenariat Chine–ALC de coopération intégrale, fondé sur l’égalité, les bénéfices réciproques et le développement commun.

En 2014, les dirigeants de la Chine et des pays d’Amérique latine et des Caraïbes se sont réunis à Brasilia, où ils ont ensemble défini la nature des relations Chine–ALC. Cela a conduit, en janvier 2015, à la création du Forum Chine–CELAC (FCC), un mécanisme multilatéral de coopération regroupant 33 États, servant de plateforme principale pour promouvoir le dialogue politique, la collaboration économique et les échanges culturels entre la Chine et les pays de la région.

 

Sous l’égide du FCC, plus d’une centaine d’initiatives ont vu le jour dans divers secteurs : production agricole, innovation scientifique et technologique, réduction de la pauvreté, développement durable, coopération en matière de défense, lutte contre la corruption et application de la loi. Diverses plateformes ont également été établies, telles que les Centres Chine–Amérique latine pour l’innovation alimentaire durable, pour le transfert de technologie, ou encore pour l’échange d’informations. Un prêt spécial pour les infrastructures Chine–Amérique latine a aussi été créé, ainsi que plusieurs options de financement destinées au développement des nations latino-américaines et caribéennes.

 

En 2016, le gouvernement chinois publia son deuxième Document sur la politique de la Chine envers l’Amérique latine et les Caraïbes, annonçant sa volonté de bâtir une nouvelle configuration des relations avec la région à travers la proposition dite du « cinq en un », visant à porter ces relations à un niveau supérieur.

 

Aujourd’hui, alors que l’année 2025 touche à sa fin, les relations Chine–ALC sont entrées dans une nouvelle ère, caractérisée par l’égalité, le bénéfice mutuel, l’innovation, l’ouverture et la recherche du bien-être des peuples. Elles s’imposent désormais comme une référence en matière de coopération Sud-Sud.

Chine et ALC forment une communauté de destin partagé, marchant main dans la main, sur un pied d’égalité, dans l’intérêt mutuel et le partage des gains, animée par un esprit d’ouverture, d’inclusion et par la quête du bien-être des peuples. Cette dynamique offre de vastes perspectives de développement et une vitalité manifeste.

 

Du point de vue chinois, des transformations inédites depuis un siècle bouleversent à grande vitesse les rapports de force internationaux. Le Sud global, en plein essor, joue un rôle de plus en plus central dans la cause du progrès de l’humanité. Pourtant, la croissance mondiale manque d’élan, les conflits régionaux se multiplient, et les politiques unilatérales menacent la paix et la sécurité internationales : l’humanité relève des défis sans précédent.

 

Pour sa part, la Chine a déjà achevé la construction d’une société modérément prospère, atteignant en 2020 les objectifs du premier centenaire. Désormais, elle vise à bâtir une grande nation socialiste moderne et à revitaliser le pays par la modernisation intégrale.

 

En tant que pays en développement et membre du Sud global, la Chine partage son souffle et son destin avec l’Amérique latine, les Caraïbes et les autres nations du Sud. Ces dernières années, le président Xi Jinping a lancé une série d’initiatives majeures visant à renforcer la coopération sino-latino-américaine dans des domaines multiples, redonnant à ces liens une signification contemporaine à la hauteur de notre époque.

 

Dans ce contexte, la Chine rend public son troisième Document sur la politique envers l’Amérique latine et les Caraïbes, destiné à tirer les leçons du passé, à présenter de manière globale les lignes directrices de sa politique régionale et à porter la coopération à un niveau supérieur.

 

Ce troisième Document, structuré autour de cinq programmes, embrasse la quasi-totalité des domaines de la coopération internationale dans une logique de bénéfices mutuels :

1. Programme de la solidarité

Promouvoir les échanges de haut niveau.

S’accorder un soutien mutuel sur les intérêts vitaux et les préoccupations fondamentales.

Créer et renforcer les mécanismes de dialogue et de consultation intergouvernementaux.

Promouvoir les échanges entre organes législatifs et partis politiques.

Mettre en œuvre l’Initiative pour la gouvernance mondiale (IGG) proposée par la Chine.

Encourager la réforme du système de gouvernance économique mondiale.

Établir des mécanismes de coopération bilatérale et tripartite Chine–ALC.

 

2. Programme du développement

Appliquer l’Initiative pour le développement mondial (IDG).

Construire ensemble une Nouvelle Route de la Soie de haute qualité.

Coopérer dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la finance, de la fiscalité, de l’énergie, des ressources, des infrastructures, de la production industrielle, de l’agriculture, de l’espace et des affaires maritimes.

Créer des mécanismes conjoints d’innovation scientifique et technologique, ainsi que pour le contrôle douanier, la quarantaine, la protection de l’environnement et la sécurité climatique.

Mettre en place des programmes bilatéraux d’aide au développement.

 

3. Programme des civilisations

Mettre en œuvre l’Initiative pour la civilisation mondiale (ICG).

Approfondir les échanges et l’apprentissage mutuel entre les civilisations de Chine et d’Amérique latine.

Développer des mécanismes d’éducation et de formation des ressources humaines.

Encourager la coopération dans les sports, la presse, la radio, le cinéma et la télévision.

Promouvoir les échanges académiques entre instituts de recherche et laboratoires d’idées (think tanks).

 

4. Programme pour la paix

Mettre en œuvre l’Initiative pour la sécurité mondiale (ISG).

Créer des mécanismes d’échange et de coopération militaire.

Coopérer dans l’application de la loi, la justice, la lutte contre la corruption, y compris la récupération des avoirs volés et la capture des fugitifs.

Développer la coopération en cybersécurité.

Établir des mécanismes de contrôle des exportations afin d’éviter la prolifération des armes nucléaires.

 

5. Programme des peuples

Promouvoir la coopération en matière de gouvernance sociale, réduction de la pauvreté, santé, affaires consulaires et tourisme.

Renforcer les échanges entre les peuples et à l’échelle locale ou régionale.

Comme le souligne le document, la Chine soutient pleinement le processus d’intégration latino-américain, accorde une grande importance à ses relations avec la CELAC, et se dit prête à œuvrer aux côtés des pays de la région sur la base du respect mutuel, de l’égalité, de la pluralité, du bénéfice partagé, de la non-ingérence et de la coopération ouverte et inclusive, pour faire avancer activement la coopération dans le cadre du Forum Chine–CELAC.

 

Dans une approche tournée vers l’action, la Chine entend tirer pleinement parti des mécanismes existants — Réunion ministérielle, Dialogue des ministres des Affaires étrangères Chine–CELAC, Réunion des coordinateurs nationaux du FCC, et autres —, exploiter au mieux le Secrétariat numérique du FCC, organiser régulièrement les activités des sous-forums sectoriels, encourager la participation active des acteurs sociaux de part et d’autre, renforcer la construction institutionnelle du FCC et, quand les conditions le permettront, organiser un Sommet Chine–CELAC réunissant les dirigeants des deux parties.

 

Devant ces évidences, chacun peut tirer ses propres conclusions sur ce que proposent respectivement les États-Unis et la Chine à l’Amérique latine et aux Caraïbes : les faits contre les chimères, la construction contre la mort, la coopération contre les menaces.

Le choix à faire est clair : se préparer à un avenir indépendant et souverain, ou retourner dans le sombre passé de la domination et de la subordination.

Les peuples ont la parole.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

États-Unis – Amérique latine et Caraïbes : Les peuples ont la parole

Sergio Rodríguez Gelfenstein est un expert en géopolitique, journaliste et professeur titulaire d'un doctorat en sciences politiques de l'Universidad de los Andes, au Venezuela. Ancien directeur des relations internationales de la présidence vénézuélienne et ambassadeur du Venezuela au Nicaragua, Rodríguez Gelfenstein est actuellement chercheur invité à la Graduate School de l'université de Shanghai.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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