Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Nigeria : les États-Unis bombardent pour réaffirmer leur domination régionale

par Bernard Tornare 26 Décembre 2025, 21:52

Nigeria : les États-Unis bombardent pour réaffirmer leur domination régionale

Titre original : Bombardement de Noël des États-Unis au Nigeria : une démonstration de force pour réaffirmer leur contrôle sur l’Afrique de l’Ouest

Par Gary Wilson
Nigeria : les États-Unis bombardent pour réaffirmer leur domination régionale

Le jour de Noël 2025, alors qu’une grande partie du monde célébrait une fête religieuse, des avions de guerre américains ont mené des frappes aériennes dans l’État de Sokoto, au Nigeria. Washington a présenté l’opération comme une mission antiterroriste de précision contre des combattants affiliés à l’État islamique, justifiée par l’urgence de défendre des communautés chrétiennes attaquées.

 

Cette explication masque la véritable portée politique de ces frappes. Loin d’être une simple opération sécuritaire, ce bombardement marque une nouvelle intervention de l’impérialisme américain visant à réaffirmer son contrôle sur l’Afrique de l’Ouest — par l’usage de la force militaire pour discipliner les États, garantir l’accès aux ressources et contenir la montée des mouvements d’indépendance anti-impérialistes dans le Sahel.

 

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et sa première économie, est au cœur de cette stratégie.

 

L’antiterrorisme comme arme de l’impérialisme

Les opérations militaires américaines en Afrique sont régulièrement présentées comme des actions antiterroristes. En réalité, elles fonctionnent comme des instruments de domination impérialiste.

 

L’armée nigériane lutte depuis des années pour contenir les groupes armés opérant dans le nord-ouest et le nord-est du pays. En intervenant directement par la voie aérienne, Washington se présente comme un partenaire indispensable à la sécurité intérieure du Nigeria. Cette dépendance se transforme ensuite en influence politique. L’aide militaire devient un moyen d’orienter la politique nationale dans un sens favorable à la puissance américaine et au capital occidental.

 

Sous l’impérialisme, la coopération sécuritaire n’est jamais neutre. Elle lie plus étroitement l’État bénéficiaire aux structures de commandement, aux réseaux de renseignement et aux priorités stratégiques de Washington, limitant ainsi sa capacité d’action indépendante.

 

Pourquoi Sokoto importe

Le choix de Sokoto n’a rien d’anodin. Cet État se situe près de la frontière nigérienne — un pays du Sahel, avec le Mali et le Burkina Faso, dont les gouvernements ont choisi de rompre avec des décennies de tutelle militaire américaine et française.

 

Ces États ont expulsé les troupes occidentales, rejeté les programmes de contre-insurrection dirigés de l’étranger et cherché à reprendre le contrôle de leurs décisions sécuritaires et économiques. Ce processus est souvent décrit, à tort, comme une « réorientation géopolitique ». Il s’agit en réalité d’une lutte pour l’indépendance nationale face à la domination néocoloniale impérialiste.

 

Du point de vue de l’impérialisme américain, une telle indépendance est dangereuse, non pas pour les partenaires que ces États choisissent, mais parce qu’ils remettent en cause le droit implicite des puissances occidentales à dicter la politique militaire et économique de toute la région.

 

Empêcher le Nigeria de rompre les rangs

Les frappes américaines signalent la volonté de s’assurer que le Nigeria ne suive pas cette voie.

Le pays a multiplié les partenariats économiques avec la Chine et favorisé des mécanismes de développement réduisant sa dépendance à l’égard des prêteurs et des entreprises occidentales. Plus encore, compte tenu de sa taille et de son poids régional, toute orientation du Nigeria vers une plus grande autonomie affaiblirait l’emprise impérialiste sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

 

En s’enracinant davantage dans l’appareil sécuritaire nigérian, les États-Unis cherchent à l’arrimer plus fermement à leur système impérial. L’assistance militaire devient conditionnelle : le maintien du soutien américain dépend de la docilité politique et de la poursuite de l’ouverture au capital occidental.

Ce n’est pas un partenariat d’égal à égal. C’est l’usage de la puissance militaire pour imposer une hiérarchie.

 

Pétrole, minerais et économie de la domination

Le Nigeria reste crucial pour les intérêts impérialistes en raison de ses ressources. En 2023, ses exportations de pétrole et de gaz ont généré plus de 45 milliards de dollars de revenus. Les États-Unis demeurent le principal marché d’exportation du Nigeria, important chaque année pour plus de 6 milliards de dollars de biens.

 

Dans la logique impérialiste, la « stabilité » signifie la continuité de l’extraction pétrolière et minière, la sécurité des routes d’exportation et un ordre politique garantissant la protection des profits des entreprises étrangères. L’intervention militaire est justifiée comme prévention du chaos, mais elle vise en réalité à préserver les conditions d’un transfert constant des richesses produites au Nigeria vers les multinationales et institutions financières impérialistes.

 

Ce schéma est bien connu. Partout dans le Sud global, la puissance militaire américaine a servi à garantir les conditions favorables aux compagnies énergétiques, minières et bancaires — pendant que les peuples locaux restaient appauvris et politiquement marginalisés.

 

Des voix africaines ont d’ailleurs établi un parallèle explicite avec la politique américaine envers le Venezuela, où les sanctions et menaces de force sont présentées comme des mesures humanitaires, mais visent in fine le contrôle des revenus pétroliers.

 

Une souveraineté réduite à la forme

À l’intérieur du Nigeria, les frappes ont suscité de vives critiques.

L’avocat des droits humains Dele Farotimi a dénoncé une violation de la souveraineté nationale et accusé l’élite dirigeante de complicité. Les responsables américains ont d’abord prétendu que les frappes avaient eu lieu « à la demande » des autorités nigérianes, avant de rectifier en parlant d’une action « en coordination avec » celles-ci.

 

Cette nuance est significative. Lorsque des avions étrangers bombardent des cibles sur le sol nigérian et que les conditions du consentement restent floues, la souveraineté devient une notion purement formelle, dénuée de réalité concrète.

 

La religion comme prétexte, non comme cause

L’administration Trump a présenté les frappes comme une défense des chrétiens contre des militants de l’État islamique. Mais la situation sur le terrain raconte une toute autre histoire.

 

Les groupes armés du nord du Nigeria s’en prennent à la fois aux musulmans et aux chrétiens. Toutes les communautés en subissent les conséquences. La violence est alimentée par la pauvreté, les déplacements, les conflits fonciers, les réseaux criminels et des décennies d’échec de l’État — des causes enracinées dans le sous-développement façonné par l’extraction impérialiste et les ingérences politiques.

 

Réduire cette crise à un affrontement religieux sert avant tout des objectifs politiques intérieurs aux États-Unis et camoufle les causes sociales du conflit. C’est aussi une façon de donner une justification morale à l’expansion des opérations militaires américaines, sans jamais s’attaquer aux conditions matérielles qui entretiennent l’instabilité.

 

Le Nigeria comme relais impérialiste

Au-delà du Nigeria lui-même, c’est un calcul impérialiste plus vaste qui se dessine.

L’impérialisme américain s’appuie depuis longtemps sur des relais régionaux : des États suffisamment puissants pour projeter la force localement, mais assez dépendants pour rester subordonnés. Les frappes sur Sokoto traduisent un effort renouvelé pour faire du Nigeria ce relais — un gendarme régional chargé de contenir l’expansion des mouvements d’indépendance anti-impérialistes dans le Sahel.

 

Dans ce cadre, le Nigeria n’a pas besoin de mener directement la guerre. Son rôle consiste à accueillir les forces américaines, à coordonner les opérations et à fournir une façade politique africaine à des interventions décidées ailleurs.

 

Impérialisme contre indépendance

Les frappes aériennes du jour de Noël ne sont pas un épisode isolé. Elles s’inscrivent dans la continuité d’un effort plus large de l’impérialisme américain pour enrayer l’érosion de son contrôle sur le continent africain.

 

À mesure que davantage d’États cherchent à reconquérir leur souveraineté après des décennies de domination néocoloniale, l’impérialisme réagit — non par le développement ou la démocratie, mais par la coercition. L’antiterrorisme devient le prétexte. La coopération sécuritaire devient le mécanisme. L’indépendance devient la menace.

 

Ce qui se joue aujourd’hui au Nigeria n’est pas un affrontement entre de vagues « puissances mondiales », mais une lutte entre l’impérialisme et le droit des nations opprimées à décider librement de leur avenir.

Telle est la véritable signification des frappes américaines — et l’enjeu majeur pour l’Afrique de l’Ouest.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

 

Gary Wilson est un journaliste et militant états-unien, Il est l’un des principaux rédacteurs de la publication socialiste Struggle – La Lucha, où il publie régulièrement des analyses anti-impérialistes sur la Chine, la Russie et l’Afrique.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page