Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Leçon d’histoire pétrolière (pour Donald Trump)

par Bernard Tornare 24 Décembre 2025, 13:37

L'ancien président vénézuélien Hugo Chávez, sur une image provenant des archives de la société PDVSA - X @PDVSA

L'ancien président vénézuélien Hugo Chávez, sur une image provenant des archives de la société PDVSA - X @PDVSA

Par Mirko Casale

Si l’on en croit ce que dit Donald Trump — ce qui, en général, n’est jamais très conseillé — le pétrole vénézuélien serait américain. C’est ainsi que le président américain a "raisonné" pour tenter de "justifier" que son pays se mette à écumer les mers pour arraisonner des navires, comme s’il incarnait une version en chair et en os, et très contemporaine, des Pirates des Caraïbes.

 

Trump a expliqué que ses mesures s’inscrivaient dans le cadre d’un "blocus" contre le Venezuela. Il a livré à cette occasion sa propre et très libre interprétation de l’histoire des rapports pétroliers entre Washington et Caracas : « Ils nous ont enlevé tous nos droits énergétiques. Ils nous ont pris tout notre pétrole, tout récemment. Nous avions beaucoup de pétrole là-bas, comme vous le savez, et nos entreprises ont été expulsées. Et nous le voulons de retour », Notre pétrole, a dit Trump. Tiens donc. On peut au moins lui reconnaître une certaine franchise.

 

Il n’a pas été le seul haut fonctionnaire de Washington à parler en ce sens. Stephen Miller, l’un des conseillers les plus proches du président, a publié sur ses réseaux sociaux un court texte affirmant que l’industrie pétrolière vénézuélienne était le fruit du "labeur, du génie et du savoir-faire américains" et qu’elle appartenait donc, d’une certaine manière, aux États-Unis. Dans ce même message, le sous-chef de cabinet de la Maison-Blanche a dénoncé le fait que cette "propriété américaine" aurait été "tyranniquement volée" par le Venezuela, dans le but — tenez-vous bien — d’inonder les États-Unis de "meurtriers, de mercenaires et de drogues".

 

Ce qui s’est passé en réalité

La vérité historique, pourtant, est tout autre. Car l’industrie pétrolière vénézuélienne a commencé à se développer grâce à des mains vénézuéliennes, dès le dernier quart du XIXᵉ siècle. La pionnière entreprise Petrolia, fondée en 1878, fut l’initiative de six citoyens bien de chez eux, détenteurs d’une licence d’exploitation de 50 ans.

 

Les Américains, eux, sont arrivés plus tard, mais fidèles à leur méthode : interférer, menacer, s’approprier ce qui ne leur appartient pas et tenter de convaincre le monde entier que cela leur revient de droit. Ces derniers temps, Washington ressuscite le vieux discours selon lequel les investissements américains à l’étranger ne leur rapporteraient qu’un maigre revenu, et que leurs entreprises opéreraient quasiment comme des œuvres de bienfaisance, portant la "haute technologie" aux peuples sous-développés sans en retirer de bénéfices substantiels.

 

Une rhétorique comparable à celle que Trump utilisait récemment à propos du canal de Panama, où — se plaignait-il — les États-Unis n’avaient eu pour "seule" contrepartie, après l’avoir construit, que de l’administrer à leur guise… durant à peine plus de 90 ans ! Sauf que ce récit est faux de bout en bout, et le Venezuela n’a jamais fait exception à la règle. Ni alors, ni plus tard.

 

Entre 1917 et 1936, seulement 8 % des bénéfices de l’extraction pétrolière restaient au Venezuela ; le reste s’envolait vers les États-Unis.

 

En 1883, une compagnie américaine obtint une concession exclusive de 25 ans pour exploiter l’asphalte vénézuélien. La New York & Bermudez Company se mit à drainer le plus grand lac d’asphalte du monde, situé au Venezuela, avec lequel — affirmaient les chroniques de l’époque — on aurait bitumé à la fois New York et Washington D.C.

Quand, quelques années plus tard, le président vénézuélien Cipriano Castro accusa la compagnie de violer le contrat et d’attenter à la souveraineté nationale, celle-ci entama de longs procès et, en les perdant, choisit tout simplement de financer son renversement, lequel eut lieu en 1908.

 

Ce mode opératoire, décliné avec quelques variantes, marqua les débuts et les décennies suivantes de relations entre les pétrolières américaines et l’État vénézuélien. Avec un gouvernement docile à Washington, toute tentative d’équilibrer un tant soit peu le partage des bénéfices resta lettre morte. Pour donner une idée : entre 1917 et 1936, à peine 8 % des profits issus du pétrole restaient au Venezuela, tandis que le reste prenait le chemin du nord.

 

Nationalisations contre pillage

Ce déséquilibre flagrant parvint à peine à s’atténuer dans les années 1960 et 1970, avant d’aboutir à un fait que ni Trump ni Miller ne semblent désireux d’évoquer : la première nationalisation de l’industrie pétrolière vénézuélienne eut lieu bien avant l’arrivée d’Hugo Chávez, et encore moins celle de Nicolás Maduro.

Nous sommes en 1976, à l’époque de la "Venezuela saoudite", quand les royalties du pétrole s’envolèrent sans pour autant réduire les profondes inégalités sociales ni la dépendance à l’or noir. Bien au contraire.

 

Il n’y eut aucune expropriation massive ni arbitraire, et la preuve la plus éloquente en est que Chevron, entreprise américaine, a continué d’opérer au Venezuela pendant toutes ces années.

 

Une quinzaine d’années plus tard, face à la stagnation économique et à la montée de la pauvreté, le pays entra dans la phase dite "d’ouverture pétrolière". PDVSA, l’entreprise publique née en 1976, commença alors à agir comme partenaire minoritaire au sein de consortiums étrangers, pour la plupart américains. Loin de redresser l’économie, cette stratégie aggrava les déséquilibres internes, et le mécontentement populaire ouvrit la voie à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez.

 

La volonté du nouveau président de revoir le partage des bénéfices avec les compagnies étrangères provoqua de nouvelles tentatives de coup d’État — sans pour autant l’empêcher, en 2007, de procéder à ce que certains appelèrent la "renationalisation" de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.

Le nouveau cadre légal imposait aux entreprises étrangères un choix : devenir partenaires minoritaires de PDVSA ou quitter le pays. Certaines partirent, beaucoup restèrent. Pas la moindre expropriation de masse ni d’appropriation brutale, et la meilleure preuve en est que Chevron, entreprise américaine, continue toujours d’y exercer ses activités.

 

Alors, qui vole le pétrole de qui ?

On voit bien que Trump et ses conseillers peuvent dire ce qu’ils veulent, mais s’il y a eu vol dans ce siècle et demi de relations pétrolières, ce n’est pas le Venezuela qui a dépouillé les États-Unis, c’est exactement l’inverse.

Et Washington n’ignore pas cette vérité : il lui faut simplement feindre de l’oublier, pour justifier des actes de piraterie toujours plus éhontés.

 

Ce n’est pas un hasard si ces "saisies", ainsi qu’on les appelle pudiquement, interviennent pile au moment où la production vénézuélienne vient de repasser la barre du 1 200 000 barils par jour, un seuil que le pays n’avait plus atteint depuis 2019, brisé par les sanctions américaines et la crise économique. Une remontée qui a sur Washington l’effet d’une gousse d’ail brandie sous le nez du comte Dracula : les États-Unis consomment bien plus de pétrole qu’ils n’en produisent.

 

Une anomalie parmi les grands producteurs mondiaux : ils consomment en moyenne chaque jour sept millions de barils de plus qu’ils n’en extraient. Deux faits apparemment sans lien… sauf à considérer la nature même de ce pays, de plus en plus comparable à celle d’un vulgaire psychopathe.

 

Car une chose est que ton voisin possède quelque chose dont tu as désespérément besoin ; une autre est de décider de la lui voler et, pire encore, de proclamer partout que cela t’a toujours appartenu.

Et qu’on ne s’y trompe pas : cette attitude de voyou n’est pas motivée seulement par la politique. Elle découle d’une logique économique et impériale plus profonde. Washington préférera toujours commencer par dépouiller ses rivaux, certes ; mais pensez-vous vraiment qu’à mesure que sa soif s’aggrave, il hésitera à voler celui de ses "alliés" ?

 

Certains le croient. De la même façon, d’ailleurs — puisque nous sommes en ces fêtes de fin d’année — qu’il en est encore qui croient que les cadeaux viennent du Père Noël.

Ce texte est une adaptation d'une vidéo réalisée par l'équipe ¡Ahí les va!, écrite et réalisée par Mirko Casale.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Leçon d’histoire pétrolière (pour Donald Trump)

Mirko Casale est un journaliste, scénariste et réalisateur de contenus politiques né à Buenos Aires en 1976. Il dirige et présente actuellement l’émission de satire politique ¡Ahí les va!

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page