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Le Venezuela et le brut que Washington ne peut pas laisser s’échapper

par Bernard Tornare 22 Décembre 2025, 17:31

Le Venezuela et le brut que Washington ne peut pas laisser s’échapper

Pourquoi le pétrole vénézuélien est-il aujourd’hui si crucial pour l’économie des États-Unis ? Quel rôle jouent les grandes compagnies pétrolières dans l’offensive contre ce pays ?

Ce que le lecteur s’apprête à lire n’est pas une opinion de plus sur le Venezuela. C’est un « rapport total » – une radiographie complète d’un conflit que l’on croyait lointain, mais qui a fini par nous exploser au visage. Tandis que les médias parlaient de « dictatures », de « crises humanitaires » ou de « narcotrafic », le véritable objectif — le pétrole — demeurait caché entre les lignes. Cet article met à nu les aspects les plus sombres d’une opération dans laquelle la « démocratie » n’était qu’un décor et où la convoitise énergétique constituait le véritable moteur. Et qui, selon son auteur, notre collaborateur Máximo Relti, est désormais impossible à ignorer.

 

Par Máximo Relti

La plupart du temps, les grandes puissances justifient leurs interventions étrangères par des discours grandiloquents : elles parlent de démocratie, de liberté, de droits humains.

Mais lorsqu’on observe de près les faits qui entourent ces évènements, on découvre rapidement que ces mots ne sont que de la poudre aux yeux. En réalité, ce qui motive ces puissances, ce ne sont ni les valeurs ni l’éthique, mais les ressources. Dans le cas du Venezuela, l’objectif ultime n’est autre que le pétrole.

 

Bien que durement éprouvé par une grave crise économique — causée à la fois par le blocus économique dévastateur imposé par les États-Unis et par les erreurs économiques et idéologiques commises par le gouvernement vénézuélien ces dernières années —, le pays reste une puissance énergétique de premier ordre.

 

Le narcotrafic fut le déguisement parfait pour dissimuler une intervention destinée au pétrole. 

 

Selon les données officielles de l’OPEP, le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de brut au monde : plus de 296 milliards de barils, dépassant même largement l’Arabie saoudite. Il ne s’agit pas seulement d’une quantité gigantesque de pétrole, mais d’un pétrole stratégique : du brut lourd, idéal pour les raffineries du sud des États-Unis, spécialement conçues pour traiter ce type d’hydrocarbure.

 

Un besoin nommé pétrole

Pour comprendre la tension entre les États-Unis et le Venezuela, il n’est pas nécessaire d’inventer des théories du complot. Il suffit de regarder la carte énergétique mondiale et de reconnaître une vérité élémentaire : l’économie américaine dépend profondément du pétrole.

 

On parle souvent de transition énergétique, d’énergies vertes ou de véhicules électriques, mais la machine industrielle américaine continue de tourner grâce aux combustibles fossiles. Le transport des marchandises, le système militaire, l’agriculture intensive, les infrastructures — tout repose encore sur le pétrole et ses dérivés. Et, bien que le pays produise son propre brut, sa qualité et son type ne suffisent pas pour répondre à tous les besoins de son économie.

 

C’est pourquoi le pétrole vénézuélien n’est pas une simple ressource étrangère parmi d’autres : c’est une pièce essentielle du mécanisme énergétique américain. Le problème, c’est que le Venezuela refuse de céder cette richesse dans les conditions imposées par Washington.

 

Pourquoi ce pétrole est-il si vital pour Washington ?

 

Dans une formule provocatrice rapportée par la presse internationale, Donald Trump déclara : « Ils nous ont pris tout notre pétrole et nous le voulons de retour. » Cette phrase n’est pas anodine. Elle exprime sans détours une politique étrangère fondée sur le pillage, digne d’une ère de corsaires.

 

Le déguisement du narcotrafic et la stratégie de l’encerclement

Depuis des années, les États-Unis s’efforcent de présenter le Venezuela comme un « narco-État » : un pays gouverné par un prétendu cartel criminel installé au sommet du pouvoir. Selon ce récit, le gouvernement vénézuélien ne serait pas seulement illégitime, mais aussi impliqué dans un réseau international de trafic de drogue.

Cependant, le temps a fini par démontrer que cette histoire n’était qu’un prétexte — un récit commode pour justifier un déploiement militaire dans la région et une campagne d’isolement global du pays.

 

L’administration Trump a largement contribué à renforcer cette image d’un Venezuela « menace planétaire », tout en déployant des bâtiments de guerre dans les Caraïbes sous couvert de lutte antidrogue. Pourtant, aucune preuve solide ne démontre que le Venezuela soit un axe majeur du narcotrafic international ou qu’il représente un risque réel pour la sécurité américaine.

Encore une fois, la « guerre contre la drogue » servait de façade à une opération géopolitique.

 

Au moment où on évoquait cocaïne et cartels, la garde côtière des États-Unis interceptait des pétroliers près des côtes vénézuéliennes, les accusant de violer les sanctions. Rien qu’en décembre 2025, trois navires ont été saisis en moins de deux semaines. Le schéma est clair : la cible, ce n’était pas la drogue, mais le pétrole.

 

Tout indique que le discours antidrogue n’était en réalité qu’une construction idéologique, utile pour justifier sanctions, blocus financiers, gel d’actifs et pressions militaires. Le cœur du problème reste le même : l’accès à une ressource stratégique sous contrôle souverain.

 

Les compagnies pétrolières : les vrais maîtres du jeu

Derrière le décor diplomatique, d’autres acteurs tirent les ficelles avec une efficacité silencieuse : les grandes compagnies pétrolières. Chevron, ExxonMobil ou Halliburton ne sont pas de simples entreprises privées : ce sont de véritables tentacules du pouvoir économique américain. Leurs intérêts au Venezuela sont anciens, profonds et colossaux.

 

Chevron, par exemple, a conservé ses activités au Venezuela même au plus fort des tensions diplomatiques. Tandis que Washington parlait de sanctions et d’isolement, l’entreprise obtenait des licences spéciales lui permettant de continuer à extraire du brut sur le sol vénézuélien. Pourquoi ? Parce que ce pétrole rapporte énormément. Abandonner le Venezuela reviendrait à perdre une mine d’or. Et, au fond, ces entreprises dictent une partie essentielle de la politique étrangère américaine.

 

L’objectif réel a toujours été le même : privatiser le pétrole vénézuélien, affaiblir PDVSA — la compagnie nationale — et ouvrir la voie aux multinationales étrangères pour qu’elles se partagent le butin.

 

Pillage, privatisation et le lucratif commerce de la crise

L’agression contre le Venezuela ne s’explique pas uniquement par des motifs politiques ou idéologiques. C’est une offensive planifiée pour créer les conditions d’un pillage légalisé d’un pays riche en ressources. Ce qui est en jeu n’est pas la « démocratie », contrairement à ce que titrent les médias, mais le contrôle d’actifs stratégiques. Et, au centre de cette bataille, se trouve le pétrole.

 

Pour les grandes multinationales, la crise vénézuélienne n’est pas un problème : c’est une aubaine. Une PDVSA affaiblie, une population appauvrie, un État étranglé par les sanctions : autant de facteurs qui facilitent les négociations à sens unique. Chaque mesure d’asphyxie vise à arracher des concessions, à ouvrir de nouveaux gisements aux entreprises privées, à modifier les lois, à livrer la souveraineté énergétique du pays.

 

Ce scénario s’est déjà répété ailleurs : en Irak, en Libye, en Iran. Partout, les guerres et sanctions ont fini par reconfigurer la carte pétrolière au profit des mêmes acteurs. Dans tous ces cas, les compagnies américaines — et leurs alliées européennes — ont été les grandes gagnantes.

 

Au Venezuela, ce qui empêche le transfert du butin, c’est la résistance populaire et étatique. Malgré d’énormes difficultés internes, le pétrole reste une ressource nationale, non une propriété privée étrangère. Et cela, pour les intérêts impériaux du Nord, est tout simplement intolérable.

 

Un film déjà vu, à la fin encore ouverte

Ce qui se déroule au Venezuela ressemble au scénario bien connu d’un film déjà projeté ailleurs. D’abord, on diabolise le gouvernement. Ensuite, on impose des sanctions qui provoquent la souffrance du peuple. Puis, on invente des ennemis imaginaires — terrorisme, narcotrafic, armes chimiques — pour justifier une intervention. Enfin, on négocie, une fois le pays à genoux.

 

Mais cette fois, la fin du film n’est pas encore écrite. Car le Venezuela n’a pas cédé, et son pétrole demeure le symbole d’une souveraineté intacte.

Cela révèle une vérité plus profonde : tant que les richesses stratégiques resteront entre les mains des peuples — et non du capital privé —, le conflit sera inévitable. Non par idéologie, mais par pur intérêt matériel.

 

La lutte autour du pétrole vénézuélien n’est pas seulement un affrontement géopolitique : c’est un miroir du fonctionnement du pouvoir mondial. Et aussi un avertissement sévère : là où règnent richesse naturelle et souveraineté, le capital — quelle qu’en soit la nationalité — trouvera toujours une excuse pour tenter de les arracher.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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