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La politique de Trump envers le Venezuela pourrait transformer le monde en jungle

par Bernard Tornare 9 Décembre 2025, 14:15

La politique de Trump envers le Venezuela pourrait transformer le monde en jungle
Par M.A. Saki

Un professeur américain en relations internationales avertit que le monde glisse vers une « véritable jungle » alors que le président des États-Unis, Donald Trump, menace ouvertement de frapper au cœur du Venezuela, accusant ce pays d’Amérique latine de se livrer au narcotrafic.

 

Dans une interview accordée au Tehran Times, le professeur Hossein Askari affirme que les « menaces de Trump contre le Venezuela reposent sur des mensonges et de l’hypocrisie », cherchant principalement à détourner l’attention de ses propres problèmes intérieurs, notamment de l’affaire Epstein.

 

Les États-Unis ont déployé dans la mer des Caraïbes une impressionnante force composée de navires de guerre, de chasseurs, de bombardiers, de marines, de drones et d’avions espions — la plus importante depuis plusieurs décennies. Selon la BBC, des bombardiers à long rayon d’action B-52 ont mené des « démonstrations d’attaque » au large des côtes vénézuéliennes. Washington énonce avoir tué des dizaines de personnes lors de frappes contre de petites embarcations en provenance du Venezuela, qu’elle accuse de transporter des « stupéfiants » et des «narcoterroristes », sans toutefois fournir ni preuves ni détails sur les victimes.

 

Ancien enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le professeur Askari estime que le comportement de l’administration Trump envers le Venezuela est « absolument irresponsable », déplorant que « les États-Unis menacent l’état de droit au niveau international ».

 

Voici le texte intégral de l’entretien :

Les déclarations des responsables américains indiquent ouvertement qu’une attaque du Pentagone contre le Venezuela est imminente, sous prétexte que le gouvernement Maduro serait complice du trafic de drogue vers les États-Unis. L’administration Trump ne pousse-t-elle pas le fragile ordre mondial vers davantage d’anarchie, d’autant que l’implication de Maduro dans le narcotrafic n’a pas été prouvée ?

Ces menaces contre Maduro et le Venezuela sont une farce. Comme vous l’indiquez, aucune preuve de narcotrafic n’existe. De plus, les données américaines montrent que plus de 90 % des drogues entrant aux États-Unis passent par le Pacifique, et non par l’Atlantique. Par ailleurs, Trump vient de gracier l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, jugé et condamné à perpétuité pour trafic de drogue. Hernández était même complice du tristement célèbre El Chapo. Et pourtant, il a été gracié ! Cette décision est une folie totale, qui discrédite toute référence au trafic imputé à d’autres. Les menaces contre le Venezuela reposent sur le mensonge et l’hypocrisie.

 

Jusqu’à présent, les États-Unis ont poussé l’extrême en visant des navires vénézuéliens dans les Caraïbes et en intimant à Maduro de quitter le pays. Ce comportement indique-t-il que Trump cherche à ressusciter la doctrine Monroe en Amérique du Sud ?

Comme vous le savez, la doctrine Monroe avertissait les Européens de ne pas s’ingérer dans les affaires de l’Amérique latine, tandis que les États-Unis s’engageaient à ne pas se mêler des affaires européennes. Aujourd’hui, le monde est tout autre. Les États-Unis aspirent à un accès privilégié à l’ensemble du globe, et pas seulement à l’Amérique latine, tout en interdisant aux autres de s’ingérer dans leurs intérêts. Ce comportement dépasse largement la doctrine Monroe ; il est mondial. Mais il ne durera pas et ne réussira pas. Malheureusement, l’Amérique se crée de plus en plus d’ennemis.

 

De manière générale, ne voyez-vous pas cette attitude comme imprudente et dangereuse ?

Absolument. Les États-Unis menacent l’état de droit à l’échelle internationale. Ce n’est là que le dernier épisode. Regardez leur comportement au Conseil de sécurité des Nations unies : ils ont opposé leur veto aux cessez-le-feu à Gaza. Ils ont sanctionné des juges internationaux ayant rendu des décisions défavorables à leurs alliés, notamment Netanyahu à la CPI. Ils punissent l’Afrique du Sud pour avoir saisi la CIJ contre Israël. Et la liste continue.

Le système international mis en place après la Seconde Guerre mondiale vit sous respiration artificielle. Par-dessus tout, le président Trump traite les immigrés comme des déchets et les qualifie de « poubelles » à jeter hors des États-Unis. L’Amérique est en train de perdre le monde, un monde qui admirait autrefois ses politiques après 1945. Je suis profondément pessimiste.

 

Quel message ces ultimatums envoyés au Venezuela adressent-ils au reste du monde ?

Les garde-fous internationaux s’effondrent. On ne peut plus compter ni sur les Nations unies ni sur l’Occident pour défendre les faibles et les victimes. Le monde est en train de devenir une véritable jungle, à moins qu’un changement de cap rapide ne soit entrepris.

 

Certains estiment que la pression politique, économique et militaire exercée par Trump sur le Venezuela vise à s’emparer de ses richesses pétrolières, compte tenu de l’amour du président américain pour le pétrole et de son mépris des énergies renouvelables. Qu’en pensez-vous ?

Le pétrole en fait partie, mais ce n’est pas toute l’histoire. Trump a des problèmes intérieurs : il est empêtré dans l’affaire Epstein, sa politique tarifaire est impopulaire, et sa promesse de rendre la vie plus abordable pour les Américains a échoué, alors qu’un nombre croissant d’entre eux vivent au jour le jour.

Même son soutien inconditionnel à Israël devient de plus en plus impopulaire, car les Américains souffrent pendant que Washington verse des milliards à un pays dont le revenu par habitant rivalise avec celui de la France. Tout cela n’est qu’une diversion face à ses difficultés internes. Mais s’il peut se vanter d’avoir mis la main sur le pétrole vénézuélien, il essaiera d’en tirer parti politiquement en prétendant que l’Amérique s’enrichit. C’est un pari risqué.

Il faut aussi se rappeler que, bien que le Venezuela détienne les plus grandes réserves de pétrole au monde, son brut est très lourd et fortement chargé en soufre, donc beaucoup plus coûteux à extraire et à raffiner.

 

En envoyant le plus grand porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford, au large du Venezuela, Trump veut-il adresser un message aux gouvernements de gauche du continent américain ?

Oui. Trump recourt toujours à la menace pour obtenir la soumission de ses adversaires. Cela a fonctionné à l’intérieur du pays ; il applique maintenant la même stratégie à l’international. Il va jusqu’à menacer de bombarder des États, comme il l’a déjà fait avec l’Iran.

 

Si, comme Trump et certains républicains le prétendent, les États-Unis veulent apporter la démocratie au Venezuela, comment expliquer que le président américain entretienne des relations amicales avec certains des dirigeants les plus despotiques du monde ?

Vous plaisantez ! Trump ne s’intéresse pas à la démocratie ; il est en train de la détruire aux États-Unis. Et il préfère de loin traiter avec un dictateur étranger docile, prêt à exécuter ses ordres, plutôt qu’à négocier avec un gouvernement démocratique « désordonné » et un parlement indépendant.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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