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Menaces américaines contre le Venezuela : entre exagération et réalité

par Bernard Tornare 11 Novembre 2025, 18:06

Menaces américaines contre le Venezuela : entre exagération et réalité
Par Stephen Sefton

L’abondance d’analyses imprécises concernant une potentielle intervention militaire américaine contre le Venezuela justifie de s’appuyer sur les données les plus fiables pour en démêler la réalité.

 

Actuellement, les forces américaines déployées dans les Caraïbes semblent se composer principalement de trois destroyers, d’un croiseur lance-missiles, de trois bâtiments d’assaut amphibies, d’un navire des forces spéciales et d’un sous-marin nucléaire. On rapporte désormais que jusqu’à 10 000 marines et soldats des forces spéciales pourraient être déployés avec ces navires. Le déploiement du porte-avions USS Gerald Ford, initialement ordonné vers les Caraïbes avec cinq autres destroyers, semble avoir été annulé ou du moins reporté pour le moment.

 

Les États-Unis réactivent une ancienne base à Porto Rico, apparemment dans le but principal d’y accueillir des bombardiers lourds B52H et divers types d’avions militaires, dont des chasseurs F35. Le gouvernement de TrinitéetTobago, à rebours de la majorité de son opinion publique, semble offrir un soutien inconditionnel à ce déploiement militaire américain. Bien qu’ils disposent d’une puissance de feu écrasante, ces forces sont constituées de bâtiments et d’appareils équipés de technologies militaires médiocres, voire obsolètes, notamment en matière de défense aérienne.

 

Cela a été démontré tant dans la guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine que dans la défense de l’entité sioniste en Palestine occupée, lors de la guerre de douze jours que l’OTAN et Israël ont menée contre l’Iran en juillet. De même, avant la chute du gouvernement du président Bachar alAssad, les chasseurs sionistes F35 évitaient l’espace aérien syrien par crainte d’être touchés par les systèmes de défense syriens. Durant la guerre de douze jours en juin dernier, les missiles iraniens ont régulièrement percé les systèmes de défense de l’OTAN et d’Israël, infligeant d’importants dégâts à des cibles militaires à travers la Palestine occupée.

 

Ainsi, l’équipement militaire du Venezuela, fourni et soutenu sans interruption depuis plus de vingt ans par la Russie et la Chine, plus récemment aussi par l’Iran, est équivalent, en termes de technologie, à celui des forces américaines, et peut même s’avérer supérieur dans le domaine de la défense aérienne. Comme je l’ai noté ailleurs, les experts qui se sont penchés sur le sujet affirment que les systèmes radar vénézuéliens et les systèmes avancés de télécommunications chinois représentent un défi sérieux à la maîtrise du spectre électromagnétique par les forces américaines.

 

Le Venezuela collabore depuis 2005 avec la société chinoise de technologies électroniques CETC. Le système radar tridimensionnel moderne JY27A de cette entreprise est désormais déployé dans le pays, aux côtés de systèmes russes modernes tels que le radar en bande VHF 9S19ME et le radar en bande S 64N6, sans oublier l’excellent mais plus ancien radar P18.

 

Ce réseau d’alerte précoce alimente une puissante force de missiles antiaériens et antinavires : le CM90 iranien, le C802A chinois, le KH31A russe ou encore l’Otomat MK2 italofrançais. L’arsenal antiaérien du Venezuela comprend les éprouvés BukM2E, Pechora2M, TorM1 et S300VM russes, ainsi que des milliers de missiles portatifs IglaS. Des rapports récents indiquent qu’une version plus récente du redoutable système mobile Pantsir de moyenne portée a été ajoutée au cours des deux derniers mois.

 

Outre les missiles antinavires ou antiradar, les chasseurs SukhoïS30 vénézuéliens emportent des missiles airair russes R77 de haute technologie. En mer, les navires de guerre et patrouilleurs côtiers vénézuéliens disposent eux aussi de missiles antinavires et antiradar modernes et efficaces. Les forces armées du pays ont bénéficié de nombreuses années de formation, tant sur le territoire national que dans les pays partenaires, afin de pouvoir employer ces systèmes avec efficacité.

 

De même, la plupart des commentateurs oublient souvent que le Venezuela dispose de trois satellites. Le Simón Bolívar Venesat 1, lancé en 2008, assure la connectivité internet et les télécommunications. Le Francisco de Miranda, lancé en 2012, fournit des capacités d’observation, et l’Antonio de Sucre, lancé en 2017, facilite l’observation et la cartographie. En outre, en avril de cette année, la Russie et le Venezuela ont achevé la mise en service au Venezuela du système de positionnement mondial russe Glonass.

 

Il est donc évident que les forces américaines font face à un adversaire technologiquement très compétent, qui les observe tout autant qu’il est observé par elles. Ces ressources technologiques sont mises à la disposition de 120 000 militaires professionnels et de plus de quatre millions de membres de la milice bien formés et bien armés, auxquels se seraient ajoutés, au cours des deux derniers mois, quatre millions de volontaires supplémentaires.

En cas de combat terrestre sur le sol vénézuélien, les forces américaines devront aussi affronter les nombreux véhicules aériens sans pilote (UAV) déployés par l’armée du Venezuela.

 

Le Venezuela développe depuis plus de vingt ans la fabrication de ses propres drones, et dispose désormais de plusieurs modèles nationaux, ainsi que de versions dérivées notamment des variantes iraniennes Mohajer et Shahed, et du drone russe Orlan. Le pays compte des unités de combat particulièrement aguerries, dont les membres se sont longuement formés, tant sur le territoire national qu’à l’étranger — en Russie, au Bélarus et en Chine — sur l’ensemble de leurs systèmes radar, de télécommunications, de guerre électronique, de drones FPV, de défense aérienne, d’armes antiradar, antinavires et autres équipements.

 

Pris dans leur ensemble, les forces armées vénézuéliennes sont suffisamment puissantes pour dissuader une opération terrestre de grande envergure des ÉtatsUnis. Le haut commandement militaire et les dirigeants politiques du pays ne sont pas non plus susceptibles de céder à la corruption, à la différence des officiers supérieurs soudoyés qui ont trahi la Libye et la Syrie, précipitant leur destruction. Les scénarios les plus plausibles seraient plutôt des frappes de missiles contre des bases militaires vénézuéliennes, comme la base aérienne d’El Libertador, à l’image des attaques menées contre la base syrienne de Shayrat en 2017 ; ou encore des frappes dites de « décapitation », menées par la CIA et les forces spéciales américaines contre la direction bolivarienne, possiblement déguisées en mouvement de rébellion populaire.

 

Cependant, tout comme l’agression yankeesioniste contre l’Iran a renforcé le soutien à la Révolution islamique, toute attaque contre le Venezuela ne fera que consolider l’appui à la Révolution bolivarienne et au président Maduro. Sur le plan politique intérieur aux ÉtatsUnis, une telle aventure accentuerait l’aliénation de la base politique de Donald Trump et entamerait davantage le soutien à l’échelle continentale. Un dénouement fort préjudiciable au gouvernement américain est dès lors garanti. Le déploiement militaire américain dans les Caraïbes semble viser l’établissement d’une tête de pont quelque part sur le territoire vénézuélien. Mais une telle opération risquerait de subir de lourdes pertes face à la capacité de dissuasion multiple des forces armées vénézuéliennes.

 

De plus, la population et le gouvernement du Venezuela ont déjà vaincu la guerre économique menée par l’Occident. Des puissances régionales telles que le Brésil et le Mexique ont déclaré leur opposition à toute agression militaire américaine. La Colombie, Cuba, le Honduras et le Nicaragua, ainsi que nombre de nations caribéennes, ont exprimé leur solidarité politique avec Caracas. L’opposition de droite nationale est totalement discréditée, et l’économie du pays est désormais autosuffisante en matière de production alimentaire. Surtout, les forces armées et la majorité du peuple vénézuélien demeurent unis dans une alliance civicomilitaire autour d’un projet national axé sur l’être humain et l’épanouissement du potentiel des familles.

 

Si nombre de commentateurs insistent sur la distance géographique séparant le Venezuela de ses puissants alliés — la Chine, la Russie et l’Iran —, il convient de rappeler l’exploit du Nicaragua qui, avec le soutien de l’Union soviétique, a neutralisé une force terroriste redoutable entraînée et financée par les ÉtatsUnis durant dix années de guerre sanglante. De la même manière, malgré les distances considérables à franchir, la Révolution cubaine et l’Union soviétique ont assuré la victoire de l’Angola contre les puissantes forces armées du régime d’apartheid sudafricain, pourtant appuyées par l’Occident collectif. De fait, tout comme la Russie et la Chine soutiennent aujourd’hui l’Iran, elles soutiendront à coup sûr le Venezuela.

 

Pour l’heure, il n’existe aucune confirmation fiable de la présence de navires de guerre russes au large du Venezuela, ni d’indice d’une intention de Moscou d’envoyer des armes de pointe susceptibles de menacer les ÉtatsUnis. La porteparole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a d’ailleurs déclaré : « L’essentiel est d’éviter toute escalade et de contribuer à la recherche de solutions aux problèmes existants de manière constructive. »

 

Mais Maria Zakharova a également affirmé que la Russie « soutient la direction du Venezuela dans la défense de la souveraineté nationale, compte tenu de la dynamique de la situation internationale et régionale. Nous restons en contact avec nos partenaires, prêts à répondre de manière appropriée à leurs demandes… Nous continuerons de travailler “côte à côte”, tournés vers l’avenir avec calme et confiance. Nous avons connu diverses situations. Nous sommes prêts à tout. »

 

D’une manière ou d’une autre, un recul plus ou moins brutal du gouvernement américain paraît probable. Il existe un précédent : en 2017, lors du premier mandat de Donald Trump, un déploiement massif de forces contre la Corée du Nord fut finalement levé. Rien n’empêche donc que cette démonstration de force dans les Caraïbes soit rapidement allégée tout en devenant permanente, à l’instar des provocations régulières contre Pyongyang, afin de maintenir les forces vénézuéliennes dans un état d’alerte continu, tandis que les autorités américaines la présenteront comme une opération « anti-narcotrafiquants ».

 

Bien que la Chine et la Russie puissent souhaiter déployer ponctuellement leurs navires afin de « protéger la liberté de navigation » — comme les ÉtatsUnis et leurs alliés le font dans le détroit de Taïwan ou la mer de Chine méridionale —, une présence prolongée de bâtiments russes ou chinois dans les Caraïbes offrirait un prétexte encore plus commode à l’ingérence américaine. De tels déploiements resteraient donc probablement symboliques, semblables aux visites passées de navires de guerre et de bombardiers stratégiques russes.

 

Actuellement, on peut s’attendre à ce que le navirehôpital chinois en visite au Nicaragua cette semaine poursuive sa route vers le Venezuela en empruntant le canal de Panama, illustrant par ce voyage même le contraste embarrassant entre la diplomatie pacifique de Pékin et l’agression militaire de Washington dans la région. Ce geste soulignera que la présence de la Chine en Amérique latine est à la fois bénéfique, constante et durable. La tâche la plus importante du mouvement mondial de solidarité avec le Venezuela consiste désormais à soutenir les efforts conjoints du Venezuela, de la Colombie, ainsi que de la Russie et de la Chine, pour réduire les tensions dans les Caraïbes et désamorcer l’agression américaine par la voie diplomatique.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Menaces américaines contre le Venezuela : entre exagération et réalité

Stephen Sefton est un journaliste né en Irlande et qui vit maintenant à Estelí, au Nicaragua. Il a travaillé en Amérique centrale depuis 1986, principalement au Nicaragua, mais aussi pendant quelques années au Honduras. Il fait du travail communautaire au Nicaragua qui implique des programmes d'éducation, de formation et de santé. Depuis 2008, il coordonne également le site Tortilla con Sal, qui publie des informations sur le Nicaragua.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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