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L’armée française appelle les jeunes à se préparer à « mourir pour la patrie »

par Bernard Tornare 24 Novembre 2025, 14:07

L’armée française appelle les jeunes à se préparer à « mourir pour la patrie »

Le haut commandement militaire français ressuscite le discours du sacrifice au nom de la patrie

La France redouble sa rhétorique militaire alors que le chef d’état-major, Fabien Mandon, appelle la société à « accepter la perte de ses enfants » dans une future guerre contre la Russie, dans un discours qui banalise le sacrifice humain comme partie intégrante du nouveau cap militariste de l’État.

 

Par Aday Quesada

Jeudi 20 novembre dernier, le chef d’état-major des armées françaises, Fabien Mandon, a prononcé des paroles qui ont secoué le débat politique et social du pays.

Devant un congrès de maires, il a déclaré sans détours :

« La France doit être prête à perdre ses enfants si elle veut défendre ce qu’elle est. »

Cette phrase, loin d’être symbolique ou purement rhétorique, révèle une dangereuse normalisation du sacrifice humain au nom d’intérêts géopolitiques.

 

Une rhétorique militaire qui rappelle les pires époques

Mandon n’a rien laissé au hasard. Son discours s’inscrit dans la nouvelle doctrine de sécurité nationale que la France promeut depuis plusieurs années : l’idée d’une guerre inévitable contre la Russie à l’horizon 2030.

Il a aussi plaidé pour le retour de « l’esprit de combat » du pays et exhorté à accepter que la population « souffrira » si elle veut survivre comme nation.

Un message qui rappelle les heures les plus sombres du XXᵉ siècle, quand on en appelait au sacrifice du peuple pour défendre les intérêts des élites.

 

La militarisation de la vie économique et sociale

Le discours de Mandon coïncide avec l’augmentation massive du budget militaire français. Entre 2023 et 2030, les dépenses de défense passeront de 43,9 à 68 milliards d’euros.

Parallèlement, la production d’armes devient prioritaire et le complexe militaro-industriel se renforce.

Le plus inquiétant n’est pas seulement le niveau de dépenses, mais ce qu’il traduit : un modèle où l’État se réorganise autour de la guerre, non autour des besoins sociaux.

 

La société comme ressource de guerre

Lorsqu’un général demande aux maires de « former spirituellement » leurs communautés à accepter des pertes humaines, il ne parle pas de stratégie : il redéfinit le rôle du citoyen.

Il ne s’agit plus d’exercer des droits, mais de devenir une ressource militaire.

Le peuple cesse d’être un sujet politique pour se transformer en instrument de guerre.

Et qui mourra ? Les jeunes des quartiers populaires, pas les enfants des ministres ni des banquiers. Ceux-là, comme toujours dans les guerres passées, trouveront les moyens d’échapper au service militaire.

 

Réactions politiques et citoyennes : l’alerte est lancée

La gauche et de nombreux collectifs sociaux ont dénoncé avec vigueur cette dérive belliciste.

Les réseaux sociaux se sont remplis de messages condamnant l’idée d’accepter la mort des jeunes comme une fatalité.

Certains y voient une tentative de légitimer un état d’exception permanent et mettent en garde contre la militarisation accélérée de la politique.

Le gouvernement, de son côté, garde le silence ou justifie la déclaration comme « un appel à la responsabilité nationale ».

 

Derrière la guerre : intérêts, profits et complexe industriel

Le fond du problème n’est pas nouveau : lorsque le capitalisme entre en crise, la guerre réapparaît comme une issue rentable pour quelques-uns.

Les grandes entreprises liées à l’armement et à l’énergie comptent déjà tirer profit de chaque escalade.

Le sacrifice, lui, viendra du peuple, comme toujours.

Les jeunes Français des banlieues le savent : dans ces zones dans lesquelles la police est omniprésente, l’armée recrute sa main-d’œuvre de soldats.

 

Un avertissement pour toute l’Europe…

La France n’est pas un cas isolé.

L’OTAN, sous la direction des États-Unis, pousse depuis longtemps ses alliés à augmenter leurs budgets de défense et à se préparer à une confrontation avec la Russie ou la Chine.

Pourtant, il n’existe dans toute l’histoire aucun précédent d’une invasion russe de la France au sens classique.

En revanche, la France – comme d’autres puissances européennes – a à plusieurs reprises attaqué la Russie.

Petit rappel historique :

1812 – L’invasion napoléonienne de la Russie

Napoléon Bonaparte, à la tête d’une armée multinationale gigantesque (la « Grande Armée »), envahit la Russie en juin 1812.

Ce fut un désastre : affaiblie par la tactique de la « terre brûlée » et par l’hiver, l’armée française se retira avec plus de 90% de pertes.

 

1854–1856 – La guerre de Crimée

La France, aux côtés du Royaume-Uni et de l’Empire ottoman, attaqua l’Empire russe, notamment en Crimée. Ce ne fut pas une invasion du territoire russe continental, mais une agression armée majeure.

 

1918 – L’intervention alliée durant la guerre civile russe

Après la Révolution de 1917, la France participa à une intervention militaire contre les bolcheviques, soutenant les troupes « blanches ». Une opération certes limitée, mais bel et bien une attaque contre le nouveau pouvoir soviétique.

 

En revanche, la Russie – ou l’URSS – n’a jamais envahi la France, même pendant les deux guerres mondiales.

Durant la Première, elles étaient alliées.

Dans la Seconde, l’URSS écrasa l’Allemagne nazie à l’Est pendant que les Alliés, France comprise, libéraient le pays à l’Ouest.

Durant la Guerre froide, il n’y eut jamais de confrontation militaire directe.

 

Autrement dit, l’idée d’une menace militaire russe directe contre la France ne repose sur aucune base historique.

L’histoire démontre plutôt que c’est la France – comme d’autres puissances européennes – qui a été l’agresseur.

Et ce constat reste valable indépendamment des divergences idéologiques qu’on peut avoir à l’égard de l’oligarchie russe.

 

Stopper la normalisation de la guerre

La déclaration du chef militaire français ne doit pas être prise comme une anecdote.

C’est un signal, le symptôme d’un capitalisme européen en reconfiguration, entrant dans une nouvelle phase autoritaire et militariste.

D’où la nécessité urgente d’ouvrir le débat, de résister à la rhétorique du sacrifice et de construire des alternatives par le bas.

Car accepter la guerre comme destin, c’est renoncer à l’avenir. Et cela, il ne faut pas l’accepter.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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