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Les conséquences probables d’une guerre américaine contre le Venezuela

par Bernard Tornare 21 Octobre 2025, 15:42

Les conséquences probables d’une guerre américaine contre le Venezuela
Par Maria Paez Victor

Chose étrange à propos de la guerre : il est relativement facile de la déclencher. Une insulte ici. Un mensonge là. Un « faux drapeau » comme casus belli, et voilà que fusent les tirs, tombent les bombes et s’abattent les missiles… entraînant à leur suite destruction et mort jusqu’à ce qu’apparaisse une forme quelconque de « victoire ». Pourtant, lorsque les forces sont disproportionnées, que le combat oppose un petit pays à une puissance écrasante, cette « victoire » n’a rien d’évident. Elle sera désordonnée, brouillonne, sanglante.

 

C’est le cas du Venezuela. Les ÉtatsUnis pensent que leur supériorité technologique leur permettra de soumettre le gouvernement et le peuple vénézuéliens, autrement dit, de les bombarder jusqu’à la reddition. Mais il convient de rappeler quelques VÉRITÉS, et non la propagande dont Trump et sa bande de nervis s’entourent.

 

Premièrement : la légitimité

Malgré les tentatives de criminalisation, le président Maduro n’est pas un dictateur. Il a été dûment élu lors d’élections régulières, observées par plusieurs centaines d’inspecteurs internationaux et reconnues par l’ONU ainsi que par la majorité des pays du monde. Quant à l’accusation d’« autoritarisme », c’est une insulte vague, sans fondement concret. Que les ÉtatsUnis osent traiter Maduro d’autoritaire est d’une hypocrisie sans bornes. Trump, ce président autoritaire qui ordonne à l’ICE d’attaquer ses propres concitoyens, devrait éviter de jeter des pierres depuis sa maison de verre en Floride.

 

Deuxièmement : la drogue

Le prétexte avancé par Washington pour commettre des meurtres en haute mer — six bateaux pulvérisés, vingtsept morts — serait l’accusation mensongère selon laquelle le Venezuela serait une grande source d’entrée de stupéfiants aux ÉtatsUnis. En réalité, le but du gouvernement américain est le changement de régime et la réaffirmation illusoire de la Doctrine Monroe, qui prétend donner à Washington le droit de dominer l’Amérique latine. Les ÉtatsUnis veulent un Venezuela docile, obéissant, prêt à livrer ses ressources à leurs intérêts économiques. La drogue n’est qu’un prétexte dérisoire. Le Rapport mondial sur les drogues des Nations unies le dit sans ambiguïté : le Venezuela n’est pas un narcoÉtat. La majeure partie des drogues pénètrent aux ÉtatsUnis par l’océan Pacifique — non par la mer des Caraïbes — via l’Équateur, la Colombie et la Bolivie. L’ONU, l’Union européenne et même la DEA reconnaissent que le Venezuela ne produit ni ne transforme de drogue. Aucune culture de pavot ou de coca n’existe sur son territoire. À peine 5 % de la cocaïne colombienne entrant aux ÉtatsUnis transite par le Venezuela. De plus, Washington n’a fourni aucune preuve liant Maduro au narcotrafic. Quant à la rumeur selon laquelle Caracas aurait vidé ses prisons et ses asiles pour les envoyer aux ÉtatsUnis, elle est si absurde qu’elle ne mérite que le mépris.

 

TROISIÈMEMENT : LE PÉTROLE

Le Venezuela repose sur les plus grandes réserves pétrolières du monde, supérieures à celles de l’Arabie saoudite. Trump a déclaré ouvertement, dès son premier mandat, qu’il voulait le pétrole vénézuélien et que les ÉtatsUnis devraient simplement « le prendre ». Ces vingtsix années d’agression contre le Venezuela visent clairement à s’emparer totalement de ses ressources pour le compte des grandes compagnies américaines. Washington ne veut pas acheter ce pétrole, il veut le posséder. L’oncle de l’un des six Trinidadiens récemment tués par un navire de guerre américain sous le prétexte de trafic de drogue a résumé l’évidence : « Je veux juste savoir pourquoi Donald Trump tue des pauvres… Il poursuit la richesse des peuples et tue des pauvres, des enfants. » (The Guardian, 17 octobre 2025)

 

Quatrièmement : le peuple

La grande majorité des Vénézuéliens soutient le président et le gouvernement, et face aux navires de guerre américains dans les Caraïbes, cette popularité s’est envolée. Tous les partis politiques et les mouvements populaires du pays sont unis pour défendre la nation. Après la menace des navires américains, les milices civiles, qui comptaient cinq millions de membres, en rassemblent aujourd’hui huit millions. Comme la guerre du Vietnam l’a amplement démontré, les envahisseurs affrontent des obstacles et des coûts immenses lorsque le peuple s’y oppose. Au Venezuela, les envahisseurs ne seront pas accueillis par des fleurs, mais par des balles.

 

Cinquièmement : l’armée

Tout stratège militaire vous dira que le facteur décisif de toute guerre, son sine qua non, c’est le moral des troupes, leur sentiment de légitimité et de but. À moins d’être des psychopathes, les soldats ont besoin d’une justification pour tuer. Ils doivent croire que les ordres reçus sont à la fois légitimes, sages et nécessaires. Les Forces armées bolivariennes du Venezuela, selon toute observation, sont animées d’un profond sentiment de mission : elles se voient comme l’héritage de l’armée de Simón Bolívar, garantes du peuple et de la Constitution.

Quand leurs soldats défilent dans les rues, on leur jette des fleurs en criant des vivats. Les Vénézuéliens savent que ces soldats ont prêté le serment de Bolívar de ne jamais tourner leurs armes contre leur propre peuple. Penser que l’armée vénézuélienne trahira son gouvernement est une folie.

 

Le moral des troupes américaines, en revanche, est bien moins solide : leurs hauts gradés ont été publiquement humiliés par Trump et son « ministre de la guerre », tandis que le chef du Commandement Sud vient de démissionner de façon inattendue. De plus, l’utilisation de soldats américains contre leurs propres concitoyens — perspective que Trump assume désormais — heurte fortement l’institution militaire. Rien de tout cela ne favorise le moral des troupes. Il sera difficile de diaboliser les Vénézuéliens et de les présenter comme des ennemis méritant bombes et missiles, eux qui n’ont causé aucun tort aux ÉtatsUnis.

 

Sixièmement : la solidarité

Malgré les efforts acharnés des ÉtatsUnis pour isoler le Venezuela par la diabolisation médiatique, cet objectif a échoué. La diplomatie vénézuélienne s’est révélée remarquable et efficace. Son représentant à l’ONU, Samuel Moncada, est viceprésident de l’Assemblée générale, élu à ce poste à deux reprises. Les dirigeants du Mouvement des nonalignés, lors de leur réunion du 15 octobre, ont dénoncé les menaces américaines contre le Venezuela comme une violation du droit international et des règles diplomatiques, tout comme la CELAC et l’ALBA. Fait significatif, tous les pays des Caraïbes sauf la Grenade ont condamné la présence de navires militaires américains dans la région, et trois nations clés — le Mexique, la Colombie et le Brésil — ont exprimé leur solidarité avec le Venezuela et rejeté toute invasion. Même les États latinoaméricains peu favorables à Caracas rejettent cette ingérence colonialiste et arrogante. En outre, les onze pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Indonésie) ont affirmé leur soutien au Venezuela et leur opposition à la présence des navires américains dans les Caraïbes. Ces gigantesques vaisseaux américains ont montré leur « bravoure » en détruisant six petites embarcations à moteur, tuant vingtsept civils désarmés. Ils feraient bien d’y réfléchir à deux fois avant de lancer une invasion terrestre, comme Trump en a menacé, sachant que la Chine et la Russie ont toutes deux des accords de défense avec le Venezuela. Une guerre dans les Caraïbes aurait des répercussions planétaires.

 

Septièmement : la condamnation

Les pays d’Amérique latine ont rappelé, par la voix de leur organisation régionale, la CELAC, que tous ses membres s’étaient engagés depuis longtemps à faire de l’Amérique latine et des Caraïbes une zone de paix. Cet engagement repose sur des principes tels que l’interdiction de la menace ou de l’usage de la force, le règlement pacifique des différends, la promotion du dialogue et du multilatéralisme, le respect absolu de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la noningérence dans les affaires intérieures des États et le droit inaliénable des peuples à disposer d’euxmêmes. Ce sont aussi les principes fondamentaux de la Charte des Nations unies.

 

Human Rights Watch s’est jointe à cette condamnation, dénonçant les attaques des navires de guerre américains comme une violation du droit international et les qualifiant d’exécutions extrajudiciaires. Le problème juridique central est que les ÉtatsUnis ne sont pas officiellement en guerre avec le Venezuela, ni avec TrinitéetTobago. Selon les normes du droit international des droits humains, c’est aux forces de l’ordre — telles que les gardecôtes — qu’il revient de combattre les groupes criminels présumés, en veillant à réduire les blessures et à préserver la vie humaine. L’usage de la force létale n’est autorisé que lorsqu’il est strictement inévitable pour se protéger d’une menace imminente de mort ou de blessure grave. Faire exploser des embarcations à coups de missile est donc illégal et, pourraiton dire, profondément immoral.

 

Huitièmement : la guerre régionale

Si les ÉtatsUnis poussent leur agression jusqu’à envahir le territoire vénézuélien, la réponse régionale pourrait transformer le conflit en un nouveau Vietnam : une guerre longue, sanglante et extrêmement coûteuse. De nombreux pays, ainsi que d’innombrables citoyens, viendront en aide au Venezuela. Les installations, institutions, entreprises et même les ressortissants américains dans toute la région deviendraient des cibles légitimes aux yeux de populations en colère. La guérilla et les mouvements spontanés de résistance populaire sont les armes des faibles et il est impossible de les contrôler une fois déclenchés.

 

Que Trump, son secrétaire sanguinaire Rubio — l’architecte de ce désastre — et son ministre de la guerre borné méditent sur les conséquences probables du déchaînement des chiens de la guerre en Amérique latine. Ce sera un conflit chaotique, prolongé et ruineux, et tous les signes laissent penser qu’au bout du compte, les ÉtatsUnis perdront, comme ils ont perdu au Vietnam.

 

Ou mieux encore : que les citoyens américains retiennent la main de leur président avide de guerre.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

Les conséquences probables d’une guerre américaine contre le Venezuela

Diplômée en sociologie, María Páez Victor a obtenu une maîtrise à l’Université de Kent (Royaume-Uni) et un doctorat à l’Université York de Toronto. Ses recherches ont initialement porté sur les politiques de santé et environnementales, domaines où elle a développé une expertise reconnue internationalement. Professeure à l’Université de Toronto, elle a enseigné la sociologie médicale tout en conseillant des organismes sur les impacts des politiques publiques.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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