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L’offensive impérialiste n’a rien de nouveau pour la Révolution bolivarienne 

par Bernard Tornare 25 Octobre 2025, 19:13

L’offensive impérialiste n’a rien de nouveau pour la Révolution bolivarienne 

Entretien avec Ana Maldonado

Une organisatrice chaviste analyse la militarisation par les États-Unis dans les Caraïbes et la résistance durable de la Révolution bolivarienne face à l’agression impériale.

 

Par Cira Pascual Marquina

Ces derniers mois, Washington a renforcé sa présence militaire dans les Caraïbes, envoyant des navires de guerre, des avions et même un sous-marin nucléaire dans les eaux proches du Venezuela, au milieu d’attaques extrajudiciaires contre des embarcations de pêche. Pour beaucoup, cette nouvelle phase d’agression n’a rien d’inédit : elle s’inscrit dans une campagne de guerre hybride menée depuis des décennies pour saper la souveraineté du Venezuela.

Dans ce contexte, Cira Pascual Marquina s’est entretenue avec Ana Maldonado, sociologue, coordinatrice des relations internationales du Front Francisco de Miranda — un mouvement chaviste national — et membre de la section vénézuélienne des Mouvements de l’ALBA. Dans cet entretien, Maldonado livre sa perspective sur la manière dont les Vénézuéliens vivent cette nouvelle escalade impérialiste, revient sur la longue résistance du pays à la guerre hybride, et situe la menace actuelle dans la lutte plus large pour la souveraineté en Amérique latine et dans les Caraïbes.

 

Comment le peuple vénézuélien vit-il cette nouvelle escalade impérialiste ?

Le président Nicolás Maduro a déclaré que, face à ce scénario de pression maximale, notre réponse doit être une préparation maximale. En même temps, il nous a appelés à combiner vigilance et sérénité, à poursuivre notre vie quotidienne et à défendre la paix avec justice sociale, une paix qui nous a coûté tant d’efforts à construire et à préserver.

 

Cela se voit clairement dans le fait que, malgré l’escalade militaire actuelle, la rentrée scolaire s’est déroulée normalement dans tout le pays. Plus de 20 000 établissements ont ouvert leurs portes sans interruption, et plus de six millions d’enfants et de jeunes ont repris le chemin de l’école, comme chaque année à cette période.

 

Certes, nous faisons face à une menace sérieuse de guerre, mais le peuple continue à vivre sa vie quotidienne, et cela, en soi, constitue une victoire, car l’ennemi cherche précisément à perturber notre existence.

 

À l’étranger, on est souvent surpris d’apprendre que la vie quotidienne continue ici sans panique. Comment l’expliquez-vous ?

Ce n’est pas notre premier affrontement avec l’agression impérialiste. Les tactiques changent, mais la stratégie, elle, demeure : la guerre hybride. Depuis des années, l’impérialisme américain et ses alliés mènent contre le Venezuela une campagne incessante qui a véritablement commencé en avril 2002 avec le coup d’État et la contre-offensive héroïque du peuple qui a rétabli la démocratie. Ont suivi le sabotage pétrolier, les incursions de mercenaires et les campagnes médiatiques mondiales contre notre démocratie.

 

Après le décès du commandant Chávez en 2013, une nouvelle phase d’agression soutenue a débuté. D’abord, ils misaient sur notre incapacité à organiser des élections pacifiques ou sur le fait que le président Maduro ne serait jamais élu. Leur discours dominant était : « Maduro n’est pas Chávez. » Avec cet argument simpliste, ils ont cherché à démoraliser la base sociale chaviste, insinuant que le projet bolivarien ne survivrait pas à la perte du Commandant. Pourtant, nous avons remporté les élections et, même en pleurant Chávez, le projet a continué.

 

Mais les États-Unis et leurs agents locaux étaient déterminés à ne pas nous laisser poursuivre notre révolution. En 2014, l’opposition a lancé une campagne violente appelée « La Salida » [La Sortie], dirigée par Voluntad Popular et María Corina Machado, les mêmes factions qui appellent aujourd’hui ouvertement à une intervention étrangère. L’année suivante, les États-Unis ont franchi une nouvelle étape belliqueuse : le décret présidentiel d’Obama en 2015, déclarant que le Venezuela constituait une « menace inhabituelle et extraordinaire ».

 

Ce décret a été suivi en 2016 par un étranglement économique marqué par des pénuries délibérées destinées à rendre la vie quotidienne insupportable. Dix ans plus tard, nous restons sous un blocus qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes.

 

En 2017, les factions les plus extrêmes de l’opposition sont revenues dans la rue avec une violence fasciste, commettant des atrocités telles que l’immolation d’un jeune homme noir, Orlando Figuera, simplement parce qu’il avait l’air d’un chaviste. Plus de cent personnes ont été tuées durant cette période de terreur fasciste exacerbée.

 

Le président Maduro a répondu en convoquant une Assemblée nationale constituante, brandissant une fois de plus les drapeaux de la paix et de la démocratie face à la violence fasciste. Des gens de tous les milieux, y compris des habitants des quartiers de classe moyenne dont les bureaux de vote avaient été attaqués, ont pu voter en paix au Poliedro de Caracas.

 

Depuis lors, nous avons traversé plusieurs phases de guerre hybride : l’autoproclamation de Juan Guaidó comme « président intérimaire » en 2019 et la « bataille des ponts », lorsque l’opposition a tenté une opération sous faux drapeau à la frontière colombienne sous couvert d’aide humanitaire. Puis vinrent les immenses coupures d’électricité qui ont plongé le pays dans l’obscurité pendant des jours, et l’« opération Gideon » de 2020, récemment mise en lumière par une interview de Max Blumenthal avec son organisateur américain, Jordan Goudreau, ancien béret vert.

 

Aucun de ces événements n’était isolé : tous font partie de fronts coordonnés dans une guerre hybride combinant agressions politiques, psychologiques, économiques et militaires.

 

Pourtant, à chacune de ces étapes, le gouvernement et le peuple organisé ont su répondre efficacement. Lors du sabotage électrique de 2019, par exemple, les communautés se sont mobilisées pour garantir l’accès à l’eau et aux biens essentiels, tandis que l’opération Gideon a été déjouée par les mêmes pêcheurs qui sont aujourd’hui attaqués dans le sud de la Caraïbe.

 

Ainsi, pour revenir à votre question initiale : oui, le peuple reste vigilant car la menace est réelle, mais nous sommes aguerris et organisés. Nous savons que nous sommes capables de défendre la Révolution dans l’unité et la discipline. Nous sommes dans une phase de préparation maximale, avec des millions de personnes s’enrôlant volontairement dans la milice et se préparant à défendre la Patrie.

 

En effet, les gens ne se contentent pas de s’enrôler dans la Milice bolivarienne : ils se préparent aussi collectivement. Vous nous avez offert un aperçu historique des attaques subies par la Révolution bolivarienne au cours des vingt-cinq dernières années. Mais, comme nous le savons, le déploiement militaire actuel dans les Caraïbes ne vise pas seulement le Venezuela : c’est une attaque contre tout le continent. Comment en comprenezvous la portée plus large ?

L’offensive impérialiste contre les Caraïbes n’a rien de nouveau. Haïti, toujours puni aujourd’hui pour sa révolution vieille de plus de deux siècles, demeure sous siège. À présent, des bandes armées liées à la République dominicaine y participent également. Porto Rico, de son côté, continue de subir la dépossession capitaliste : cinq millions de Portoricains vivent désormais aux ÉtatsUnis, tandis qu’à peine trois millions demeurent sur l’île. Quant à la révolutionnaire Cuba, elle fait face depuis des décennies à un blocus brutal.

 

Cependant, le récent renforcement militaire impérialiste devrait vivement inquiéter les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes, car il révèle un tournant dans la politique militaire de Washington. Quelque 10 000 soldats américains sont actuellement stationnés dans la région, principalement à Porto Rico, sans même évoquer les destroyers, le sous-marin nucléaire et les déploiements de l’aviation.

 

Ils ne sont pas là seulement pour menacer le Venezuela : c’est la résurgence de la doctrine Monroe. Comme l’a dit Trump : « Pourquoi payer pour le pétrole vénézuélien, si nous pouvons simplement le prendre ? » C’est ainsi qu’ils conçoivent les ressources du continent.

 

En ce qui concerne le Venezuela, audelà de l’avidité pour nos ressources, les ÉtatsUnis cherchent aussi à nous ôter notre souveraineté et à détruire l’exemple que nous représentons. Si notre projet réussit, il inspirera tout le continent. Du Canada à la Patagonie, les peuples luttent pour leur libération, et la Révolution bolivarienne demeure une preuve vivante que cela est possible.

 

Attaquer le Venezuela sert deux objectifs : piller nos ressources et éteindre l’exemple de la démocratie participative. Depuis 2021, le Venezuela connaît une croissance économique renouvelée et un renforcement de ses communes et du pouvoir populaire.

 

C’est précisément ce que Washington veut arrêter : ils craignent que les peuples d’Amérique latine, voire des ÉtatsUnis euxmêmes, ne s’inspirent de notre expérience.

 

Pourquoi cette escalade militaire à ce moment précis ?

Le slogan de Trump, « Rendre sa grandeur à l’Amérique », est en soi l’aveu d’un déclin. Les ÉtatsUnis ne sont plus ce qu’ils étaient, et leurs élites sont désespérées de regagner le terrain perdu. Pourtant, même au sein de ces élites, les fractures abondent entre néoconservateurs, fanatiques sionistes et bloc MAGA. Leurs contradictions internes produisent souvent des décisions de politique étrangère erratiques.

 

Mais sur un point, ils s’accordent : la guerre est rentable. Le complexe militaroindustriel reste central au maintien de l’économie américaine. Ainsi, même au milieu des tensions intérieures, le consensus bipartisan perdure autour de la guerre comme affaire lucrative.

 

Avant les attaques récentes contre les navires vénézuéliens, le président Maduro avait averti qu’ils pourraient tenter de reproduire un incident du golfe du Tonkin, car leur soif de guerre est insatiable. Il avait raison : cette agression est, en dernière analyse, dictée par la nécessité économique d’alimenter la machine de guerre. Dans un monde postguerre froide, cette machine survit grâce à des « guerres chaudes » permanentes — et quel meilleur front que le Venezuela, riche en ressources et défiant la domination impériale ?

 

Pour conclure, parlons de Chávez. Il a proclamé la Révolution bolivarienne antiimpérialiste en 2004, mais, en réalité, elle l’a toujours été. Pouvezvous revenir sur l’antiimpérialisme de Chávez ?

En effet. La déclaration formelle eut lieu lors d’un rassemblement historique au Jardin botanique en 2004, mais la Révolution fut bolivarienne dès le début, et Bolívar luimême était profondément antiimpérialiste. Il avait prévenu que les ÉtatsUnis semblaient « destinés, par la Providence, à accabler les Amériques de malheurs au nom de la liberté ». Cet esprit vit en nous depuis le premier jour de la Révolution.

 

Chávez a ravivé l’héritage antiimpérialiste de Bolívar dès 1977, lorsqu’il créa l’Armée populaire pour la libération du Venezuela, dont l’acte fondateur érigeait le bolivarisme et l’antiimpérialisme en principes directeurs. Plus tard, dans Le Livre bleu (1991), il présenta la vision de souveraineté et de dignité qui nous guide encore aujourd’hui. Le président Maduro appelle ce texte une « boussole historique » nous indiquant la voie, malgré les contournements nécessaires, vers notre objectif stratégique : la défense de la souveraineté et le rejet de la domination impériale.

 

Être antiimpérialiste, pour nous, ne signifie pas seulement refuser d’abandonner nos ressources : c’est défendre notre identité, notre dignité et notre être même. Les élites impériales n’appartiennent à aucun lieu ; elles veulent que le monde entier leur appartienne. Nous, au contraire, nous définissons par notre appartenance à une terre, à un pueblo et à une histoire.

 

C’est pourquoi même les agressions symboliques, comme la tentative d’effacer le mot « bolivarienne » du nom de la République lors du coup d’État de 2002, ou le fait de nous tourner en dérision comme de nous traiter de « venecos » pour nier notre identité, font partie de la guerre.

 

Le bolivarisme et l’antiimpérialisme sont également au cœur du Front Francisco de Miranda où vous militez. Pouvezvous nous en parler ?

Oui. En 2003, Fidel et Chávez ont fondé le Front Francisco de Miranda comme mouvement de travailleurs sociaux bolivariens et antiimpérialistes. Cependant, l’antiimpérialisme ne se limite pas à mon organisation : il coule dans les veines de millions de Vénézuéliens qui, depuis 1989, résistent aux impositions du Fonds monétaire international et continuent aujourd’hui de défendre le projet bolivarien.

 

Être chaviste, c’est être antiimpérialiste. Chávez fut le premier président latinoaméricain à reconnaître la Palestine, à soutenir la République arabe sahraouie démocratique et à parler de notre dette historique envers Haïti. Son soutien à ces luttes de libération, et à d’autres, ne se limitait pas aux mots : il s’exprimait aussi par des actes concrets. Il liait même la défense d’Haïti à une histoire qui, pour lui, ne commençait pas avec Pétion et Dessalines, mais avec Hatuey, premier héros connu d’une insurrection anticoloniale caraïbéenne.

 

Voilà notre Chávez, le Chávez antiimpérialiste, dont l’héritage continue de nous guider !

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

L’offensive impérialiste n’a rien de nouveau pour la Révolution bolivarienne 

Cira Pascual Marquina est professeure de sciences politiques à l'Université bolivarienne du Venezuela à Caracas. Elle est également coproductrice et coanimatrice (avec Chris Gilbert) de l'émission d'éducation marxiste Escuela de Cuadros. Active auprès d'organisations citoyennes au Venezuela et à l'étranger, elle se consacre, tant comme militante que comme chercheuse, aux initiatives communautaires.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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