Par Stephen Sefton
D’une manière ou d’une autre, le comportement criminel et l’exploitation du thème de la criminalité ont été, depuis des siècles, des éléments permanents et constitutifs des politiques étrangères des élites dirigeantes occidentales. D’un côté, leurs gouvernements ont commis d’horribles crimes contre les peuples du monde majoritaire ; de l’autre, ils ont tiré parti de leur domination violente sur la planète pour qualifier de « criminels » ou de « terroristes » les mouvements politiques et les gouvernements qui ont osé leur résister. On en voit aujourd’hui une nouvelle illustration dans l’agression militaire et diplomatique des États-Unis contre le Venezuela et la Colombie.
La rupture flagrante des relations entre le gouvernement colombien et Washington marque un tournant aux conséquences difficiles à prévoir, tant pour la Colombie que pour la région. L’intervention éhontée du secrétaire d’État Marco Rubio dans les affaires internes de la Colombie, en soutien au tristement célèbre narcoterroriste et ex-président Álvaro Uribe, en est la preuve éclatante. Les paramilitaires et narcotrafiquants colombiens, ainsi que leurs chefs politiques, ont toujours été des pions fidèles du gouvernement américain. Pour l’heure, seuls le Brésil, la Colombie, Cuba, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua et quelques nations caribéennes ont exprimé clairement leur rejet des graves menaces dirigées contre le Venezuela.
Le gouvernement du président Trump a accusé le président Nicolás Maduro, puis le président Gustavo Petro, d’être des criminels, alors que tous deux comptent parmi les rares dirigeants de la région à avoir effectivement mené une lutte efficace contre le crime organisé et le narcotrafic. Washington prétend se montrer intransigeant face au trafic de drogue, alors même qu’il est l’un des pays qui en fait le moins pour l’endiguer sur son propre territoire. Les agences antidrogues et les forces armées américaines, tout comme les grandes banques des États-Unis, sont des complices notoires du narcotrafic international. Dans d’autres régions du monde, les États-Unis se donnent l’image d’un arbitre neutre, animé de bonne volonté et soucieux de paix, alors qu’ils demeurent en réalité la principale puissance terroriste, alliée au régime nazi en Ukraine et au régime sioniste génocidaire en Palestine.
L’histoire moderne de ce comportement cynique et trompeur du « collectif occidental » remonte à la fondation des Nations unies, en 1945. Avant cette date, les puissances impérialistes ne se souciaient guère de dissimuler leurs crimes monstrueux contre les peuples du monde majoritaire. Après 1945, les tribunaux occidentaux qui condamnèrent les crimes de l’Allemagne nazie et de l’empire japonais offrirent, en quelque sorte, un alibi aux criminels américains et européens. La création de l’ONU constitua alors un tour de passe-passe magistral : elle fit disparaître des siècles de génocides et de pillages perpétrés par l’Occident. Comme par magie, seuls l’empire du Japon et le régime nazi allemand semblaient devoir payer pour leurs crimes.
Ce fut en réalité une opération de blanchiment moral menée par les criminels impérialistes occidentaux. En théorie, chacun devait désormais respecter les nouvelles règles : non-intervention, non-agression et autodétermination des peuples. En pratique, pour les peuples d’Afrique et d’Asie, ce fut un cruel mensonge. De nombreux criminels de guerre allemands et japonais furent intégrés sans difficulté aux nouvelles structures anticommunistes mises en place par les puissances occidentales. Leurs élites poursuivirent leurs pratiques génocidaires habituelles à travers le monde, tout en sabotant l’indépendance de leurs anciennes colonies et en protégeant les régimes racistes en Afrique du Sud et en Israël.
Rien n’a véritablement changé. Le bloc occidental condamne faussement la Fédération de Russie pour « agression militaire » contre l’Ukraine, alors que ce sont les gouvernements de l’OTAN qui ont financé, entraîné et armé le régime nazi de Kiev pour qu’il attaque, dès 2014, sa propre population russophone du Donbass. En 2022, la Russie a agi en défense des civils de Donetsk et de Lougansk contre les bombardements de l’armée ukrainienne, sous la supervision directe de ses alliés américains et européens. De la même manière, les gouvernements occidentaux et leurs organes de propagande accusent les mouvements de résistance libanais et palestiniens d’être « terroristes », alors qu’ils agissent légitimement, conformément au droit international, pour résister à l’occupation illégale et génocidaire de la Palestine et pour défendre leurs populations civiles face à l’agression sioniste, pleinement soutenue par l’Occident collectif.
Pour résumer les innombrables crimes commis par les classes dirigeantes occidentales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on peut prendre comme point de départ la fondation, en 1947, de la Central Intelligence Agency (CIA). Dès ses origines, la CIA fut l’un des instruments centraux de la politique étrangère américaine, opérant en dehors de tout contrôle parlementaire et en étroite alliance avec le crime organisé. À la fin des années 1940, elle noua des liens avec des gangsters comme Lucky Luciano et Meyer Lansky. Ce dernier devint un allié clé de la CIA dans sa croisade contre la Révolution cubaine. Plusieurs analyses sérieuses jugent hautement plausible l’hypothèse que Lansky ait collaboré avec la CIA pour assassiner le président John F. Kennedy en 1963.
Ainsi, le narcotrafic et le crime organisé ont toujours constitué des sources majeures de financement pour la CIA dans toutes ses campagnes d’ingérence : du Guatemala, de Cuba et du Vietnam à l’Iran, l’Afghanistan, l’Indonésie ou le Congo, parmi bien d’autres. Depuis soixante-dix ans, la CIA a systématiquement subverti les gouvernements légitimes d’Amérique latine et des Caraïbes, notamment à travers la guerre contre-révolutionnaire menée contre le Nicaragua dans les années 1980 et les agressions actuelles contre Cuba, le Nicaragua et le Venezuela. Que la CIA soit une organisation terroriste ne fait aucun doute. On commémorait récemment la destruction, par des agents criminels de la CIA, du vol cubain abattu au large de la Barbade en octobre 1976, qui coûta la vie à 73 personnes. Le gouvernement américain a toujours protégé les auteurs de cet attentat infâme, ainsi que de nombreux autres actes terroristes perpétrés à travers la région.
Le même schéma, peut-être à une échelle moindre, s’applique aux anciennes puissances coloniales européennes, qui continuent d’intervenir dans diverses régions de leurs anciens territoires, en particulier en Afrique. Le cas le plus emblématique, bien que très peu rapporté, est celui de la campagne de terreur menée par la France contre le gouvernement de Côte d’Ivoire pendant dix ans, jusqu’au renversement du président progressiste Laurent Gbagbo en 2011, sous couvert de l’ONU, au moment même de la destruction de la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Le cas Gbagbo illustre parfaitement la manipulation du thème de la criminalité par les fausses institutions internationales dominées par l’Occident collectif, comme le Conseil des droits de l’homme des Nations unies ou la Cour pénale internationale (CPI).
La CPI a été fondée à l’initiative des puissances occidentales sur la base de précédents juridiques profondément viciés, tels que les tribunaux internationaux pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie. Elle a poursuivi Laurent Gbagbo pour des raisons manifestement politiques, sans jamais disposer de preuves suffisantes pour l’accuser. Maintenu en détention pendant plus de dix ans, Gbagbo servit de prétexte à une tentative de fabrication de dossier, qui se solda finalement par sa libération, faute d’éléments. Par la même logique de sélectivité politique, la CPI n’a jamais jugé aucun des dirigeants occidentaux responsables de la guerre illégale en Irak. Ce n’est qu’à contrecœur qu’elle a accepté d’inculper la direction sioniste génocidaire d’Israël, sachant pertinemment qu’aucun gouvernement occidental ne mettrait en œuvre ses mandats d’arrêt.
L’attitude hautement politisée et sélective de la CPI illustre l’abus généralisé des systèmes judiciaires occidentaux, utilisés comme instruments d’agression contre les mouvements politiques et les gouvernements du Sud global qui défient la volonté de l’Occident collectif ou menacent son pouvoir, son influence et son prestige. Le gel en Europe et en Amérique du Nord des avoirs d’États comme l’Iran, le Venezuela ou la Russie représente un vol manifeste de centaines de milliards de dollars appartenant à ces peuples. Les exemples récents de ce pillage incluent la saisie de deux avions vénézuéliens, facilitée par les systèmes judiciaires de l’Argentine et de la République dominicaine, démontrant ainsi l’abus extraterritorial du système d’« injustice » nord-américain.
Depuis trente ans, les administrations successives de Washington imposent illégalement au peuple cubain la loi Helms-Burton, d’inspiration génocidaire, élevant de manière illégitime le droit national américain au rang de norme internationale, au détriment du droit et du peuple de Cuba. Une situation analogue s’est produite dans la lutte des pays pour un traitement équitable de leur dette extérieure. Sous la présidence de Cristina Fernández, l’Argentine subit une ingérence néocoloniale grotesque lorsqu’un obscur juge de district de New York statua en faveur des fonds vautours américains, qui refusaient la restructuration légitime de la dette argentine. À son arrivée à la présidence en 2016, le pantin de Washington, Mauricio Macri, autorisa le paiement de près de 16 milliards de dollars aux spéculateurs américains sur la base de cette décision frauduleuse rendue à New York.
L’abus extraterritorial des systèmes judiciaires occidentaux touche aussi les individus agissant en défense de la véritable justice mondiale. L’extradition du diplomate vénézuélien Alex Saab depuis le Cap-Vert vers les États-Unis figure parmi les violations les plus graves du droit international de ces dernières années. Alex Saab n’était qu’en transit, en mission humanitaire pour garantir des approvisionnements alimentaires et médicinaux au peuple vénézuélien ; mais selon les lois américaines, cela équivaut à du « terrorisme ». De façon honteuse, les autorités capverdiennes se sont soumises aux ordres américains et ont livré Saab après un procès manifestement irrégulier.
Un abus similaire a marqué le procès-spectacle monté contre Julian Assange pour avoir révélé au monde les crimes de guerre américains en Afghanistan et en Irak. Les systèmes juridiques suédois et britannique ont conspiré en coordination avec Washington pour priver Assange de ses droits fondamentaux et préparer son extradition vers les États-Unis. Finalement, après quinze années de purgatoire pseudo-légal à Londres, un accord judiciaire a conduit à sa libération. La politisation croissante des systèmes judiciaires occidentaux, pénal comme civil, révèle la peur grandissante de leurs classes dirigeantes face à la perspective de perdre pouvoir et contrôle.
Toute cette histoire démontre la mauvaise foi catégorique de l’Occident, à la fois pour ses crimes innombrables contre les peuples du monde et pour son usage cynique du discours sur la criminalité afin de justifier ses agressions constantes. Le Nicaragua en a été victime tout au long de son histoire moderne : les troupes d’occupation américaines qualifiaient le général Sandino de « bandit » pour avoir défendu la dignité nationale et la souveraineté. Comme l’a récemment rappelé notre coprésident, le commandant Daniel, Sandino avait parfaitement compris la nature criminelle de l’envahisseur yankee.
Lors du treizième Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’ALBA-TCP, le commandant Daniel a rappelé :
« Sandino disait dans ces moments de combat : “Venez, troupe de morphinomanes ; venez nous assassiner sur notre propre terre, je vous attends, solidement campé.” Observez : déjà à cette époque, Sandino dénonçait le trafic de stupéfiants qui corrompait les peuples patriotes, alors qu’aux États-Unis, on trafiquait déjà la morphine. » En effet, notre coprésident confirmait là l’opinion générale de tous les observateurs honnêtes sur la question.
Le président Nicolás Maduro et le président Gustavo Petro ont affirmé avec force que les principaux narcotrafiquants se trouvent à Miami, à New York et dans les capitales européennes. Partageant cette vision, le commandant Daniel déclarait le 27 septembre dernier :
« Combien de milliers de trafiquants de drogue sont confortablement installés aux États-Unis, y menant grand train ? Combien siègent même dans leurs institutions publiques ? Car il n’existe pas d’autre explication : comment se fait-il qu’avec tout leur appareil militaire immense et sophistiqué, ils soient incapables de contrôler les narcotrafiquants qui vendent et distribuent la drogue, avant de déposer leur argent dans les banques américaines ? »
Traduction Bernard Tornare
Stephen Sefton est un analyste et journaliste politique international, membre de la Red Internacional de Solidaridad con Nicaragua y la Revolución Popular Sandinista. Né en Irlande, il vit au Nicaragua où il collabore à des projets communautaires d’éducation et de santé depuis 1996 et coordonne le site web Tortilla con Sal depuis 2008. Il écrit régulièrement sur l’actualité sociopolitique de l’Amérique latine, notamment sur les mesures coercitives et l’intervention étrangère, et publie dans divers médias alternatifs internationaux comme TeleSur et Rebelión. Ses textes abordent avec force et engagement les thèmes de l’impérialisme, des ingérences occidentales et de la résistance des peuples du Sud global.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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