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L’agression impérialiste : Trump, le Venezuela et l’hypocrisie du pouvoir

par Bernard Tornare 5 Septembre 2025, 10:52

L’agression impérialiste : Trump, le Venezuela et l’hypocrisie du pouvoir

L’empire se désagrège et, comme tout pouvoir sénile, il devient plus dangereux. Trump, grotesque bouffon de l’oligarchie, a fait du Venezuela sa nouvelle scène de menaces et de farces guerrières.

 

Par Lidia Falcón

L’empire yankee, dans son déclin moral et politique irréversible, expose une nouvelle fois sa brutalité contre le Venezuela. Donald Trump, qui tente de se travestir en homme d’État alors qu’il n’est qu’un bouffon grotesque, a décidé de transformer Caracas en théâtre de son spectacle guerrier. Avec l’histrionisme d’un mauvais acteur et la vulgarité d’un escroc, il a, le 7 août dernier, annoncé le doublement de la récompense sur la tête de Nicolás Maduro : 50 millions de dollars pour sa capture, comme si la dignité d’un peuple pouvait être mise en vente sur le marché aux puces de l’impérialisme.

 

Non satisfait de cette mascarade, Trump a ordonné le déploiement de trois destroyers Aegis – le USS Gravely, le USS Jason Dunham et le USS Sampson – armés de missiles, avec avions de surveillance et environ quatre mille soldats. Un déploiement théâtral qui, sous couvert d’« opération antidrogue », ne trompe personne. C’est le langage de la force, l’arrogance sénile d’un empire qui ne peut plus s’imposer par la raison ni le prestige, et qui recourt au rugissement creux de sa machine de guerre.

 

Récemment, ont circulé des rumeurs sur le déploiement supplémentaire du croiseur USS Lake Erie et du sous-marin USS Newport News. Bien que cela ait été rapporté, ce ne fut, comme souvent, qu’en citant Reuters et des « sources informées », sans identification ni confirmation du Pentagone, ce qui renforce ma conclusion : il s’agit de bruit sans fondement solide. Ce n’est pas un total mensonge, mais bien la théâtralisation d’une menace sans socle.

 

Celles et ceux d’entre nous qui ont de l’âge et de la mémoire n’oublient pas que ce qui se passe au Venezuela ne repose pas sur des principes, mais sur une arrogance impérialiste aussi historique qu’intéressée. Ce n’est pas la première fois que des agences officielles des États-Unis financent des opérations clandestines en lien avec le narcotrafic. Le scandale Iran-Contra mit au jour une vérité honteuse : pendant la guerre contre le régime sandiniste, de l’argent issu de ventes clandestines d’armes à l’Iran servit à soutenir les Contras, mélangeant réseaux de narcotrafic, contrats humanitaires et responsables détournant le regard. Des enquêtes du Sénat prouvèrent que des entreprises contrôlées par des trafiquants recevaient des millions de fonds du Département d’État. Voilà l’empire : une force qui prêche la guerre contre la drogue tout en finançant la guerre par la drogue, une arrogance enveloppée de double morale et de cynisme bureaucratique.

 

Le Venezuela a répondu avec dignité. Maduro a mobilisé 4,5 millions de miliciens, une décision qui, au-delà du chiffre, incarne la volonté inébranlable de résister. Car le peuple vénézuélien subit depuis des années une guerre silencieuse : sanctions bloquant médicaments et aliments, embargos étranglant l’économie. Désormais, en plus des sanctions et menaces navales, le gouvernement a annoncé un déploiement réel : selon des rapports du 26 août, 15 000 effectifs, des patrouilles navales et des drones ont été mobilisés dans les eaux des Caraïbes et près de la frontière colombienne pour lutter contre le narcotrafic. Une réponse autonome, digne d’être saluée.

 

En parallèle, Les USA ont intensifié tactiquement leur offensive : entre juin et août, la Garde Côtière a intercepté un record de drogues – plus de 34 tonnes, évaluées à 473 millions de dollars – dans les Caraïbes et le Pacifique, avec un soutien naval et terrestre de haut niveau. Cette opération confirme que, au-delà de la rhétorique militaire, la traque des cartels est devenue un spectacle mondial à des fins politiques internes.

 

Difficile de ne pas dénoncer l’obscénité du double standard. Pendant que le Venezuela est présenté en caricature d’État criminel, Israël bombarde impunément Gaza, tue des enfants sous les caméras et reçoit en prime une augmentation de l’aide militaire de Washington. Personne n’offre de récompense pour Netanyahu, ni n’envoie de destroyers pour stopper ses crimes. L’empire choisit ses ennemis en fonction de ses intérêts géopolitiques, non des injustices commises.

 

Trump, inlassable collectionneur de gestes vulgaires et de mots tonitruants, tente de nous convaincre que le Venezuela est un danger mondial. Ce qui est purement mensonger. Le Venezuela possède trop de pétrole et de terres rares pour qu’ils l’ignorent, et les Vénézuéliens sont trop fiers de leur système socialiste qui a réussi à survivre face aux attaques, à la persécution et au blocus du gendarme du monde, qui se croit en droit de disposer des peuples et de s’approprier leurs ressources sans contrôle. Ce que les États-Unis redoutent, c’est un pays gardant sa souveraineté, contrôlant ses ressources et qui ne s’agenouille pas devant Wall Street. D’où le recours à un langage de forain : cris, menaces et bravades couvrent la fragilité d’un empire en déclin. Car les États-Unis chancellent dans leurs propres contradictions, et Trump, de sa grossièreté pittoresque et son égolâtrie d’opérette, ne fait que mettre en scène cette décadence.

 

Ne nous trompons pas : ce qui arrive au Venezuela n’est pas un épisode isolé. C’est une répétition générale. Aujourd’hui Caracas, demain La Havane, Managua ou Mexico. C’est la doctrine Monroe remise au goût du jour par un charlatan obsédé par une Pax Americana montée sur porte-avions. L’histoire du Guatemala, du Chili, de l’Irak ou de la Libye se rejoue à l’identique : accuser, diaboliser, envahir et piller.

 

Ce qu’il y a de plus affligeant et condamnable, c’est l’indifférence du Mouvement communiste international et féministe, ainsi que l’apathie des syndicats. Avec l’aval des gouvernements dits “de gauche”, exprimé par leur silence – comme celui de l’Espagne, signifiant leur complicité –, ils cautionnent l’impunité des actions guerrières et hostiles du gouvernement états-unien à cette époque marquée par la tyrannie présidentielle. Face à cela, la gauche mondiale ne peut se contenter de communiqués tièdes. Il faut pointer du doigt les oligarques locaux qui servent de laquais, les médias qui relaient la propagande de l’agresseur et cette “gauche” domestiquée qui offre la neutralité au lieu de la résistance. Il est temps de le dire clairement : Trump n’est pas un chef, mais un grotesque ventriloque du capital financier ; un acteur de cirque qui joue avec la vie de millions de personnes ; un patron de casino devenu apprenti dictateur. Et l’empire qui l’entretient n’est qu’un colosse édenté confondant diplomatie et extorsion.

 

Je veux que celui qui lit ces lignes ressente de l’indignation. Qu’il comprenne que ce qui se joue sur les côtes vénézuéliennes, dans ces semaines de fumée et de missiles, ce n’est pas que de la géopolitique : c’est le droit des peuples à exister dignement. Et qu’on comprenne aussi que face à l’indécence de l’interventionnisme, il n’y a pas de neutralité possible. Ou l’on est avec les oppresseurs, ou l’on est avec les opprimés. J’ai choisi il y a bien des décennies ; je le répète aujourd’hui, avec la sérénité de l’âge et la même colère intacte : je suis avec le Venezuela, avec son peuple, avec sa résistance. Tous les partis, organisations civiles et de travailleurs doivent condamner et rejeter cette nouvelle répression de Trump car si nous nous taisons et sourions, sans nous soucier de la nouvelle agression contre le peuple vénézuélien, se réalisera la prophétie de Brecht : lorsqu’ils viendront nous prendre, il ne restera plus personne pour nous défendre.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

L’agression impérialiste : Trump, le Venezuela et l’hypocrisie du pouvoir

Lidia falcón est une femme politique, écrivaine espagnole et Présidente du Parti féministe d’Espagne. Elle est licenciée en droit, en art dramatique et en journalisme, titulaire d’un doctorat en philosophie.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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