Avant d’aborder l’analyse du terrorisme au Sahel et spécifiquement dans l’espace confédéral de l’Alliance des États du Sahel (AES), nous, en tant que panafricanistes révolutionnaires, devons partager une compréhension commune du terrorisme afin d’analyser correctement le processus social que nous questionnons. Comme l’observait Lénine, nous vivons à l’ère de l’impérialisme et chaque phénomène social influençant nos sociétés doit être compris dans le contexte de l’impérialisme. L’objectif principal de l’impérialisme est de s’emparer de la souveraineté nationale afin de faciliter l’accumulation du capital au profit des nations impérialistes et au détriment du Sud global. Pour cela, l’impérialisme doit trouver une manière d’interférer dans nos processus politiques internes. Durant la période du colonialisme direct, les nations impérialistes stationnaient leurs armées sur nos terres et contrôlaient tous les aspects de nos sociétés. Après les luttes de libération et l’émergence de nations africaines indépendantes, les impérialistes ont dû inventer de nouveaux moyens d’empoisonner notre souveraineté.
Pour s’approprier la souveraineté des nations, l’impérialisme nécessite d’être en permanence engagé dans des guerres à basse intensité et sur plusieurs fronts, sacrifiant la vie de celles et ceux qui occupent les terres qu’il convoite. Contrairement à la période coloniale, où les colonisateurs persécutaient ouvertement les masses africaines et occupaient leurs terres, aujourd’hui ils ne peuvent plus opérer aussi audacieusement et ont donc besoin d’un voile. Le terrorisme et son pendant, l’anti-terrorisme, constituent une stratégie politique que les nations impérialistes ont construite pour continuer à détruire le Sud global, à extraire ses ressources au bénéfice du Nord global, mais de manière plus sournoise.
Des nations impérialistes comme les États-Unis et la France créent, forment, arment et soutiennent des groupes terroristes à travers l’Afrique afin de tuer nos populations, occuper nos terres et affaiblir nos États. Simultanément, sous prétexte de lutter contre le terrorisme (antiterrorisme), les impérialistes justifient le besoin d’occuper en permanence nos territoires et d’étendre leur présence militaire. Terrorisme et antiterrorisme forment une dialectique. Et comme la nécessité structurelle de la guerre contre le Sud global doit être constante, le besoin de terrorisme et donc d’antiterrorisme est également permanent.
Les attentats du 11 septembre 2001 à New York ont fourni la couverture idéale à l’impérialisme états-unien pour étendre son implantation en Afrique sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Le Camp Lemonnier à Djibouti fut établi en 2002, devenant la première base militaire permanente en Afrique. Le Sahel a alors été étiqueté « corridor du terrorisme » par le Pentagone, qui affirmait que ces terroristes avaient été chassés d’Afghanistan par l’armée américaine et avaient trouvé refuge dans la région du Sahel.
Cependant, avant les attentats du 11 septembre, un rapport critique mais peu connu avait été rédigé par Dick Cheney, alors vice-président de George W. Bush. Ce rapport, baptisé National Energy Policy, analysait la crise du secteur énergétique américain. En 1997, l’importation du pétrole avait franchi le seuil critique de 50%. Le rapport s’intéressait à l’avenir de l’approvisionnement américain en pétrole, identifiant l’Afrique comme un fournisseur crucial, dépassant même les pays du Golfe. L’Afrique devint ainsi d’une importance capitale pour l’empire.
À la suite des attentats du 11 septembre, un enlèvement de 30 touristes européens dans le désert du Sahara fut revendiqué par un certain El Para, qui déclara appartenir à Al-Qaïda. Cette affirmation non vérifiée fut suffisante pour que le gouvernement américain présente El Para comme l’homme d’Oussama Ben Laden au Sahel, justifiant ainsi l’ouverture d’un nouveau front dans la guerre contre le terrorisme dans la région, puisque Al-Qaïda y ouvrirait désormais une branche.
En 2002, les États-Unis lancèrent la Pan-Sahel Initiative (PSI), un programme du Département d’État de 7 millions de dollars censé aider les forces de sécurité du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie à lutter contre le terrorisme. En 2005, la PSI fut remplacée par la Trans-Saharan Counterterrorism Initiative, à la portée plus large, incluant cinq États africains supplémentaires : Sénégal, Maroc, Tunisie, Algérie et Nigeria. La formation des armées africaines à l’antiterrorisme demeura l’alibi éternel de la montée en puissance de la présence militaire américaine sur notre continent. Cela culmina avec la création de l’US Africa Command (AFRICOM) en 2007. Officiellement, AFRICOM prétend renforcer la sécurité africaine et fournir une aide humanitaire. En réalité, ses actions produisent exactement l’effet contraire. La prétendue guerre contre le terrorisme offrait la couverture idéale aux États-Unis pour occuper des zones stratégiques et contrer la présence croissante de la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique.
Lorsque l’AFRICOM a conduit sa première guerre contre l’Afrique, en renversant l’État socialiste de Libye et en assassinant son guide, Mouammar Kadhafi, l’arsenal d’armes du pays a été saisi par divers groupes terroristes, sous le regard des puissances occidentales. Kadhafi, panafricaniste convaincu, s’était toujours opposé à la montée de la présence militaire occidentale en Afrique. Il aspirait à unir politiquement l’Afrique et à la libérer de la subordination économique envers les puissances occidentales. C’est pourquoi ils se sont unis pour l’assassiner et détruire l’État africain le plus avancé du continent. Après le meurtre de Kadhafi, ces groupes terroristes se sont répandus dans tout le Sahel. Le renversement de Kadhafi et la destruction de la Libye ont entraîné une chute catastrophique de la sécurité à travers le Sahel et la violence terroriste a commencé à submerger des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
En 2012, certains de ces groupes terroristes se sont emparés du nord du Mali, lequel, par un hasard bien commode pour les intérêts occidentaux, regorge de ressources convoitées telles que le pétrole et le gaz naturel. Cette même année, le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, a lancé un appel au gouvernement français pour qu’il apporte un soutien aérien et un appui en renseignement à l’armée malienne afin de neutraliser les terroristes. Les médias occidentaux affirment que Dioncounda aurait sollicité du président français de l’époque, François Hollande, l’envoi de troupes au sol, mais l’histoire démontre le contraire. Le 11 janvier 2013, Hollande a décidé unilatéralement de déployer 4 000 soldats français au Mali dans le cadre de l’opération Serval. Fin 2012, le Conseil de sécurité de l’ONU autorisa également une mission au Mali pour aider les autres forces occidentales et l’armée nationale à reconquérir le nord du pays, alors entièrement occupé par les groupes terroristes. 15 000 personnes, dont 12 000 soldats, furent déployées au Mali.
Les impérialistes affirment que l’opération Serval a été un succès (on ignore selon quels critères, puisque le nord du Mali n’a été totalement libéré qu’en 2023, quand les forces armées maliennes sont entrées à Kidal pour la première fois en plus d’une décennie), ce qui aurait justifié l’évolution vers l’opération Barkhane – un déploiement ouvert, sans terme, couvrant plusieurs pays du Sahel : Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie. De même que les États-Unis se sont servis d’un supposé succès dans la lutte contre le terrorisme pour légitimer l’élargissement de leur présence en Afrique, la France fait de même pour accroître son empreinte sur le continent. En 2020, les impérialistes ont continué le déploiement de leurs forces de sécurité en Afrique avec la création de la Task Force Takuba, instituée en mars 2020. Cette Task Force rassemblait des unités de forces spéciales européennes chargées de combattre le terrorisme aux côtés de l’armée malienne et dans le cadre de l’opération Barkhane. 800 à 900 soldats d’élite supplémentaires, en provenance d’une dizaine de pays européens, furent déployés au Mali.
Au Burkina Faso voisin, l’opération Sabre avait discrètement été mise en place en 2010, comportant 400 soldats des forces spéciales françaises. Quatre ans plus tard, avec la naissance de Barkhane, d’autres troupes françaises sont venues grossir les rangs au Burkina Faso. Pourtant, malgré la présence militaire occidentale, le Burkina Faso n’a cessé de perdre du territoire aux mains des groupes terroristes.
Au Niger, pays riche en uranium, la France avait stationné plus de 1 500 soldats dans le cadre de Barkhane. En 2016, l’impérialisme américain a fait construire au Niger sa plus grande base de drones, la Base aérienne 101, pour un coût de 100 millions de dollars, avec 30 millions de dollars supplémentaires par an pour son fonctionnement. Un millier de soldats américains ont été déployés dans le pays. Une base secrète de la CIA pour les drones a également été discrètement installée à Dikou, dans le nord du Niger, en 2018, avec un nombre indéterminé d’effectifs.
De 2012, lorsque le premier contingent de soldats impérialistes a mis le pied sur ce qui est aujourd’hui l’AES, jusqu’à l’arrivée du président Assimi Goïta au pouvoir au Mali en 2020, qui a inauguré une dynamique révolutionnaire dans le Sahel, on ignore le nombre exact de soldats occidentaux occupant la région. Une estimation prudente se situerait entre 30 000 et 50 000 soldats, tous prétendument envoyés pour lutter contre le terrorisme et renforcer les forces de sécurité locales. Pourtant, malgré cette présence surabondante de troupes impérialistes, le terrorisme n’a pas régressé dans la région. Il a même augmenté. Entre 2007 et 2021, le nombre de morts liés au terrorisme dans le Sahel a augmenté de plus de 1 000 %. Les morts dues au terrorisme dans le Sahel représentaient 43 % du total mondial en 2022, contre seulement 1 % en 2007, à l’époque où la Libye socialiste était encore debout et où les impérialistes n’avaient pas encore noyé la région sous leurs troupes.
Les masses ont commencé à percevoir une relation de cause à effet entre la présence accrue des troupes occidentales et la montée de la violence terroriste. Plus des troupes arrivaient au Sahel, plus le terrorisme – qu’elles étaient soi-disant venues combattre – s’étendait, conquérant toujours davantage de territoires nationaux au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La frustration grandissait à travers la région et les populations ont commencé à réclamer le départ de toutes les troupes impérialistes. À leurs yeux, la prétendue mission était un échec.
C’est sous couvert de lutte contre le terrorisme que les troupes impérialistes sont venues occuper une grande partie de notre continent. L’AFRICOM, qui continue d’entretenir des bases dans plusieurs pays africains, ne sert pas nos intérêts. Les impérialistes ne dépenseraient jamais des milliards de dollars pour garantir la sécurité des Africains, mais ils les dépenseraient pour assurer la poursuite de l’extraction de nos ressources. Les Africains doivent comprendre une bonne fois pour toutes que les terroristes que les troupes impérialistes prétendent combattre sont en réalité employés, formés et armés par les pays impérialistes dans le but de déstabiliser l’Afrique. Les peuples du Sahel ont compris ce plan machiavélique, raison pour laquelle ils se sont organisés pour renverser leurs gouvernements néocoloniaux qui refusaient d’affronter cette réalité. C’est ce qui a donné naissance à la dynamique révolutionnaire au Sahel. L’arrivée à la tête de ces États d’un leadership patriote et révolutionnaire a marqué une nouvelle ère pour l’Afrique, fondée sur les principes et la vérité. C’est grâce à de tels dirigeants que la relation insidieuse entre terrorisme et gouvernements occidentaux a été exposée aux masses africaines et à la communauté internationale.
Le 15 août 2022, les nouvelles autorités maliennes ont adressé une lettre au président du Conseil de sécurité de l’ONU pour dénoncer les violations répétées et fréquentes de leur espace aérien national par les forces françaises. Elles ont accusé la France de violer leur souveraineté territoriale afin de soutenir des groupes terroristes toujours actifs au Mali. Les autorités maliennes ont demandé à l’ONU de convoquer une réunion d’urgence pour présenter leurs preuves. Lors d’un discours à l’ONU en 2023, le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a renouvelé ces accusations et affirmé que la France continuait à soutenir des groupes terroristes dans leur pays, citant un incident précis où la France aurait libéré un groupe de terroristes dans la région où se rejoignent les trois frontières de l’AES. Diop expliquait que « cela a été fait hors de tout cadre judiciaire et à l’insu des États concernés, pour perpétrer davantage d’actions terroristes contre nos populations civiles et nos forces de défense et de sécurité. » À ce jour, l’ONU a refusé d’organiser cette réunion spéciale afin que le Mali puisse présenter ses preuves.
Le 12 juillet 2024, devant les masses burkinabè, le président Ibrahim Traoré a accusé la France de déstabiliser son pays. À l’instar du Mali, il a dit que son gouvernement possédait des preuves qui seraient bientôt rendues publiques. Dans son discours, il a affirmé que la France avait établi des bases dans les États tampons que sont la Côte d’Ivoire et le Bénin pour former et équiper les terroristes. Le président Traoré a déclaré que son gouvernement détenait des enregistrements audio d’agents français au Bénin, qui « opèrent dans les centres d’opérations des terroristes, planifient avec eux des actions et les aident à se réorganiser ». Plus tard, en décembre 2024, la presse française, Jeune Afrique, confirmait que quatre agents secrets français arrêtés l’année précédente au Burkina Faso pour des faits présumés d’espionnage avaient finalement été libérés.
Dans son discours à la Nation de décembre 2024, le président Abdourahmane Tiani du Niger a exposé en détail les plans subversifs de la France et de ses relais régionaux pour déstabiliser non seulement le Niger mais aussi toute la Confédération de l’AES. Il est important de noter que les milliers de soldats expulsés du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont été redéployés dans les pays voisins, comme le Bénin et la Côte d’Ivoire. Dans son allocution, le président Tiani a montré les capacités du renseignement nigérien, en décrivant précisément où et quand la France avait fourni du matériel et de l’argent aux terroristes de la région. Il a accusé la France de soutenir financièrement Boko Haram dans la région du lac Tchad ainsi qu’à Sokoto, Zamfara et Kebbi, trois États du nord-ouest du Nigeria. Il a aussi souligné que des terroristes avaient reçu du matériel dans le nord du Bénin, où la France dispose d’une base militaire servant à former des terroristes. En juin 2024, Afrique Média, basée au Cameroun, a publié une interview d’un soldat béninois confirmant que la France avait discrètement installé une base militaire à Kandi, à 50 km de la frontière nigérienne.
Cette révélation faisait suite à une déclaration du Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, en mai 2024, lorsqu’il annonçait que son pays maintiendrait la frontière fermée avec le Bénin car « il existe des bases françaises sur le territoire béninois et, sur certaines d’entre elles, on forme des terroristes pour venir déstabiliser notre pays ».
Bien que les autorités béninoises nient l’existence d’une base militaire française, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a tout de même reconnu qu’il y avait des instructeurs étrangers formant les soldats béninois dans la ville de Kandi, au nord du pays. Selon lui, « nous avons des instructeurs français, belges et américains qui viennent renforcer les capacités de nos soldats ». Le Bénin, comme la Côte d’Ivoire et la majorité des États membres de la CEDEAO, sont des relais de l’OTAN utilisés pour attaquer les trois pays de l’AES. Chaque acte de déstabilisation commis par les groupes terroristes avec le soutien de gouvernements néocoloniaux est organisé, financé et entretenu par les pays membres de l’OTAN, tels que les États-Unis et la France.
En juillet 2024, les forces armées maliennes, opérant aux côtés de soldats russes, ont subi une attaque majeure dans la ville septentrionale de Tinzaounten. 47 soldats maliens et 84 soldats russes ont perdu la vie. Andriy Yusov, porte-parole du renseignement militaire ukrainien, a déclaré que les terroristes avaient reçu « les informations nécessaires » pour mener ces attaques. Pendant ce temps, à Dakar, l’ambassadeur ukrainien Yuriy Pivovarov a publié un commentaire sur la page Facebook de l’ambassade d’Ukraine à Dakar, dans lequel il exprimait son soutien aux attaques terroristes qui ont coûté la vie à tant de soldats maliens et russes. Un mois plus tard, lors d’une interview sur la chaîne française LCI, le colonel français Michel Goya a déclaré que la France devrait aider l’Ukraine à combattre la Russie en Afrique : « Par principe, nous aidons les Ukrainiens. Nous les aidons en Ukraine, alors autant les aider en Afrique aussi », a ajouté Michel Goya. Il est clair que l’OTAN mène une guerre contre la Russie et désormais contre l’Afrique en utilisant son relais, l’Ukraine. Mi-octobre 2024, un article d’enquête du journal français Le Monde alléguait que l’Ukraine fournissait des drones militaires à des groupes terroristes opérant dans le nord du Mali. La coalition séparatiste dite CSP-DPA (Cadre Stratégique Permanent pour la Défense du Peuple de l’Azawad) aurait reçu ces drones. La publication française a qualifié ce soutien de « discret mais décisif ». Elle cite une source proche du renseignement ukrainien qui admet que certains terroristes ont été formés en Ukraine et que plusieurs spécialistes ukrainiens se trouvent au Sahel pour entraîner des terroristes. Bien que les autorités ukrainiennes nient ces allégations, le soutien flagrant à des attaques terroristes contre le Mali de la part de deux de leurs diplomates est, en soi, très révélateur.
Puisque financer, armer et soutenir le terrorisme au Sahel ne suffisait pas, la France en est aussi devenue officieusement le service de relations publiques. En mars 2023 déjà, France 24, la chaîne publique, avait accordé une interview au chef d’Al-Qaïda au Maghreb, Abu Obeida Youssef al-Aanabi. « France 24 ne se contente pas de servir de tribune à ces terroristes, elle leur offre pire encore : un espace de légitimation de leurs actions et de leur discours de haine », affirmait le ministre burkinabè de la communication, Jean-Emmanuel Ouedraogo, pour expliquer la décision de son pays d’interdire la chaîne française.
Il est désormais clair pour tous que le terrorisme qui accable les pays de l’AES depuis plus d’une décennie est un outil géopolitique fabriqué et entretenu par les puissances impérialistes, telles que la France, avec le soutien de leurs relais locaux. Le président Tiani du Niger a justement déclaré : « L’ennemi devant nous, ce ne sont pas les terroristes – c’est la France. »
L’époque où les Africains croyaient que le terrorisme relevait d’un fanatisme religieux est révolue. L’usage de termes comme « jihadisme » ou « islamisme » par les médias occidentaux traduit une instrumentalisation de la religion musulmane pour masquer les vrais responsables.
La réalité, c’est que les nations impérialistes utilisent le terrorisme comme moyen de saper la souveraineté africaine et de garantir la poursuite de l’exploitation de nos ressources naturelles.
En effet, sous la surface aride du Sahel se cachent d’immenses richesses naturelles qui revêtent une valeur mondiale stratégique. Le Niger possède certaines des plus grandes réserves d’uranium au monde, cruciales pour la production d’énergie nucléaire. Le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les principaux producteurs d’or du continent. Au-delà, la région recèle un potentiel inexploité en pétrole, gaz naturel, lithium et terres rares, tous essentiels pour les énergies renouvelables, les technologies modernes et les chaînes d’approvisionnement mondiales.
La survie de l’Europe et le fonctionnement même de l’économie américaine dépendent de ces minerais enfouis profondément dans les sols sahéliens. L’uranium, le lithium et le gaz ne sont pas de simples matières premières : ils constituent la colonne vertébrale de l’industrie occidentale. Ils alimentent voitures électriques, satellites, smartphones et appareils militaires. Sans les ressources africaines, l’Occident non seulement cale, mais décline. Mais l’ancienne stratégie coloniale de domination directe s’est muée en un système néocolonial moderne, masqué par le chaos et le désordre. Le terrorisme entretenu, financé et toléré par les réseaux internationaux de renseignement n’est pas une coïncidence mais une stratégie calculée. Il s’agit d’un plan destiné à maintenir les pays sahéliens instables, distraits et militarisés.
Pendant que les communautés sont déplacées et que les gouvernements s’affaiblissent, les entreprises étrangères et les acteurs géopolitiques avancent discrètement, signent des contrats opaques, extraient les minerais et laissent derrière eux ruines et dévastation. Le président Traoré l’a bien résumé : « Ce n’est pas vraiment du terrorisme, c’est de l’impérialisme. Leur but, c’est de nous maintenir dans un état de guerre permanent pour que nous ne puissions pas nous développer et qu’ils puissent continuer à piller nos ressources. »
À travers le continent, les armées nationales sont souvent contraintes de dépendre de l’aide militaire étrangère pour se défendre contre des terroristes et armées supplétives occidentales. Les soldats coloniaux reviennent comme formateurs, conseillers et participants sous prétexte d’aide à la sécurité, mais sèment en réalité la division dans la société et épuisent encore davantage ses ressources, perpétuant le cycle de la dépendance extérieure.
Grâce à leurs partenariats avec des pays anti-impérialistes comme la Russie et la Chine, les armées de l’AES se sont renforcées et ont pu acquérir les matériels et technologies les plus modernes, ce qui leur a permis de résister aux groupes terroristes soutenus par l’Occident. Cela a permis de nombreuses victoires sur le terrain, notamment la reprise de Kidal, dans le nord du Mali, le 14 novembre 2023. Aujourd’hui, le gouvernement malien contrôle l’intégralité de son territoire national et, au Burkina Faso, 70 % du territoire a été reconquis. Au début de cette année, l’AES a constitué une force militaire conjointe de 5 000 soldats, focalisée sur la lutte contre les groupes terroristes régionaux. Cette force vise à réduire la dépendance à l’égard de puissances extérieures et à renforcer la coopération transfrontalière en matière de défense.
Tout aussi important est le mouvement visant à se libérer du franc CFA, une monnaie héritée de la colonisation, toujours imprimée et contrôlée par la France. Tant que la France imprimera la monnaie circulant en Afrique de l’Ouest, elle gardera la mainmise sur les budgets d’État, les politiques commerciales et le développement des infrastructures. Pire, cela ouvre la voie à un financement occulte d’acteurs non étatiques. Si la France peut imprimer et déplacer de l’argent à sa guise, elle peut aussi financer en sous-main des mercenaires, des milices et des groupes terroristes tout en paraissant irréprochable sur la scène internationale. C’est pourquoi la lutte pour une monnaie souveraine ne relève pas seulement de l’économie. Elle est une lutte pour la liberté. Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, l’a bien résumé : « Le premier instrument de la souveraineté, c’est la monnaie. Vous ne pouvez pas être souverain si quelqu’un d’autre frappe votre monnaie. »
Au Burkina Faso, la révolution ne se limite pas au domaine militaire ou politique ; elle est aussi sociale et éducative. Depuis mai 2025, le gouvernement a lancé un programme d’immersion patriotique pour tous les élèves qui réussissent leur baccalauréat. Cette formation met l’accent sur les valeurs civiques, l’unité nationale, l’autodéfense et la préparation physique. Cette initiative ne vise pas à militariser la jeunesse, mais à préparer une génération qui comprendra le sens de la défense de la souveraineté et sera ainsi beaucoup moins vulnérable aux tentatives de recrutement des groupes extrémistes et terroristes.
Cet esprit révolutionnaire ne vient pas seulement d’en haut : il émane aussi du peuple lui-même. Partout au Burkina Faso, la population prend part activement à cet éveil national. Paysans, enseignants, anciens, vendeuses de marché et jeunes contribuent tous à la défense de la patrie. Dans la commune de Balavé, un groupe de femmes s’est rassemblé et a fait don de vivres et de fournitures d’une valeur de 2 millions de francs CFA pour soutenir les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Elles ont affirmé leur solidarité avec ces mots puissants : « IB, IB, la patrie ou la mort, nous vaincrons ! » Ce moment d’unité populaire n’est pas symbolique ; il reflète la détermination du peuple ordinaire à jouer un rôle décisif dans l’avenir de son pays.
Dans l’ensemble de l’AES, un processus de nationalisation des ressources a été engagé. Ce processus marque une rupture majeure avec des siècles de contrats d’extraction qui permettaient aux multinationales étrangères de réaliser des milliards de bénéfices tandis que la population africaine restait dans une pauvreté extrême. En reprenant le contrôle de leurs ressources, la richesse de ces nations bénéficie enfin à leur peuple grâce à des réinvestissements dans l’éducation, la santé, les infrastructures et le développement national. En unissant leurs forces et en mutualisant leurs capacités, l’AES ne fait pas que survivre au terrorisme, mais porte des coups aux impérialistes et avance vers sa libération nationale.
Ceux d’entre nous qui résident dans les États impérialistes ont un rôle capital à jouer pour faire avancer la révolution au Sahel. Il est impératif de ne jamais cesser de dénoncer le rôle de nos gouvernements dans le parrainage et le maintien du terrorisme sur notre continent. Dans un discours adressé au peuple burkinabè, le président Traoré a souligné l’importance d’informer la population sur toutes les tentatives de déstabilisation menées contre elle. Contrairement aux dirigeants des États néocoloniaux, qui fuient la vérité et s’illustrent par des discours ambigus, « la diplomatie de l’AES est fondée sur la vérité », a déclaré le président burkinabè. Les dirigeants de l’AES savent qu’un peuple conscient est la première arme contre le terrorisme et l’impérialisme. Les Africains du monde entier doivent adopter cette logique et dénoncer les manigances de nos ennemis. Il nous faut aussi éveiller la conscience des communautés africaines en Occident. Elles doivent comprendre pourquoi il est vital de s’opposer à des organisations criminelles comme l’Africom et l’OTAN. Elles doivent saisir qu’aucun pays impérialiste ne se souciera jamais sincèrement de la sécurité des Africains et que la soi-disant guerre contre le terrorisme était en fait un stratagème visant à répandre le terrorisme sur tout notre continent afin de faciliter l’extraction de nos ressources et de nous maintenir sous domination. Il ne suffit plus d’être contre la guerre : il faut être contre l’impérialisme et contre le néocolonialisme.
Les Africains conscients et leurs alliés dans la lutte doivent rester mobilisés aux côtés de la révolution menée par l’AES. Nous devons condamner la clique impérialiste, leurs relais néocoloniaux et leurs médias complices. La révolution de l’AES est la pointe de la lance de notre lutte contre l’impérialisme et c’est pourquoi nos ennemis travaillent jour et nuit à détruire cette dynamique révolutionnaire. Nous appelons tous les Africains, partout dans le monde, à comprendre que leur destin est lié à celui de l’AES et à faire de la défense de cette région une priorité, par tous les moyens nécessaires.
Traduction Bernard Tornare
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