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L’effondrement du récit de « l’effondrement de la Chine »

par Bernard Tornare 22 Août 2025, 12:47

L’effondrement du récit de « l’effondrement de la Chine »

J’ai passé plusieurs semaines en Chine – avec l’idée d’y repérer des indices d’une crise actuelle ou imminente. Or, ce que j’ai trouvé, c’est au contraire un avenir qui prend forme à toute vitesse.

 

Par Felix Abt

Mon impression sur place : des restaurants souvent bondés, un essor du tourisme international, des exportations record, des trains à grande vitesse vibrant d’activité. Le seul lieu où la Chine s’effondre, c’est dans les gros titres de la presse occidentale.

 

Jusqu’à la mi-2025, environ 130 millions de touristes chinois ont voyagé à l’étranger – une hausse de 28% par rapport à 2023 et une nette reprise après les creux de la pandémie. Dans le même temps, le FMI a relevé sa prévision de croissance du PIB chinois pour 2025 à 4,6% – la plus forte révision à la hausse parmi les grandes économies –, en soulignant les mesures de relance, la vigueur des exportations high-tech, ainsi que le dynamisme de secteurs tels que les technologies vertes, la biopharmacie et l’industrie manufacturière moderne.

« Crise chinoise » – un titre populaire en Occident. Voici comment l'Observatoire économique, source essentielle d'informations sur la Chine pour les médias occidentaux, se présente : « Notre objectif est d'apporter des réponses équilibrées et fiables aux questions économiques. (...) L'équipe de l'ECO est composée de membres issus de différents pays et régions du Royaume-Uni et est basée à Bristol et à la London School of Economics. » Analyses de la crise chinoise, réalisées en Grande-Bretagne…

« Crise chinoise » – un titre populaire en Occident. Voici comment l'Observatoire économique, source essentielle d'informations sur la Chine pour les médias occidentaux, se présente : « Notre objectif est d'apporter des réponses équilibrées et fiables aux questions économiques. (...) L'équipe de l'ECO est composée de membres issus de différents pays et régions du Royaume-Uni et est basée à Bristol et à la London School of Economics. » Analyses de la crise chinoise, réalisées en Grande-Bretagne…

Côté entreprises, Tesla et Apple perdent du terrain sur un marché chinois de plus en plus compétitif. La part de marché de Tesla est passée de 7,8% à 6% face à la politique tarifaire agressive et aux innovations des géants locaux de l’électrique BYD et NIO. Apple, confronté à une concurrence intense de Huawei et Xiaomi, a fermé son magasin de Dalian – son premier retrait du commerce de détail en Chine –, alors que les choix patriotiques des consommateurs et la domination des firmes locales redessinent les tendances.

La concurrence la plus rude, les innovations les plus rapides – et oui, j'ai bu ma première bière au chocolat ici en Chine !

La concurrence la plus rude, les innovations les plus rapides – et oui, j'ai bu ma première bière au chocolat ici en Chine !

J’ai parcouru plusieurs grandes villes et régions, et ce que j’ai observé n’avait rien à voir avec le narratif occidental du « déclin de la Chine ». Restaurants pleins, commerces animés, métros bondés. Les consommateurs dépensaient largement et l’ambiance générale était à l’optimisme. Quant à l’atmosphère d’effondrement qu’on nous décrit ? Au mieux, un vœu pieux occidental – qui ne se réalisera pas.

Magasins bondés, clients côte à côte... Il est remarquable de constater à quel point une « crise » ressemble à un boom de la consommation (Photo : Felix Abt).

Magasins bondés, clients côte à côte... Il est remarquable de constater à quel point une « crise » ressemble à un boom de la consommation (Photo : Felix Abt).

L’effondrement supposé de la Chine n’a pas l’air d’un effondrement

Si l’économie chinoise était vraiment en chute libre, elle aurait une drôle de façon de le montrer. Un pays au bord du gouffre ne dégage pas un excédent commercial annuel de 11 000 milliards de dollars. Il ne produit pas non plus des voitures de classe mondiale, des robots industriels et des smartphones à des prix imbattables. Et il ne dépense certainement pas, mois après mois, des centaines de milliards de dollars pour acheter de l’or – alors que les économies en crise sont censées en vendre.

 

Et pourtant, les gros titres persistent : la Chine s’écroule. L’Empire du Milieu approche du point de rupture. Juste à côté d’articles encensant le dernier exploit ferroviaire à grande vitesse ou la percée en matière de voitures électriques. C’est comme lire : « Un homme meurt dans un accident de voiture », suivi de « Le même homme gagne un marathon le lendemain ».

 

L’économiste Louis-Vincent Gave, cofondateur de Gavekal Research, souligne une vérité simple : les voix les plus bruyantes qui annoncent l’effondrement de la Chine sont souvent celles de personnes qui n’y ont jamais mis les pieds. Ceux qui y vont récemment décrivent au contraire des voitures volantes, des trains atteignant 600 km/h, et des systèmes de paiement fintech qui font passer les applis occidentales pour obsolètes. Le contraste est saisissant.

 

Oui, la Chine fait face à de vrais défis – notamment démographiques –, mais il en va de même pour le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, ainsi qu’une bonne partie de l’Europe. Les immenses excédents commerciaux ne manifestent pas une économie en déconfiture, mais une compétitivité hors du commun.

Ma glace, préparée par un robot sympathique. En Chine, la robotique s’étend au-delà des ateliers de production et s’intègre au quotidien des consommateurs (Photo : Felix Abt).

Ma glace, préparée par un robot sympathique. En Chine, la robotique s’étend au-delà des ateliers de production et s’intègre au quotidien des consommateurs (Photo : Felix Abt).

Un robot barista chinois a préparé mon cappuccino avec précision – et l'a terminé avec un cœur parfait de mousse de lait (photo : Felix Abt).

Un robot barista chinois a préparé mon cappuccino avec précision – et l'a terminé avec un cœur parfait de mousse de lait (photo : Felix Abt).

Pourquoi alors ce récit du « déclin chinois » persiste-t-il autant ? Peut-être parce qu’il rassure.

 

Peut-être aussi parce qu’il est rentable. Mais si vous pensez qu’une nation qui domine la production mondiale, innove à vive allure et stocke l’or par cargaisons est au bord de l’effondrement, il est au moins temps de s’interroger : cette histoire est-elle crédible ? Et si vous en avez assez de gaspiller temps et argent avec des médias qui propagent une propagande absurde, vous pouvez désormais les ignorer sans regret.

 

Déclin de la Chine ou émergence de son avenir ? Aperçu d’un basculement majeur

Les rues de Shenzhen paraissent désertes – seul un robot (voir photo ci-dessous) passe silencieusement, exécutant sa mission avec une précision troublante, me déplaçant doucement d’une voix enfantine.

 

L’avenir ne s’approche pas : il est déjà là – simplement pas en Occident.

(Photo : Felix Abt)

(Photo : Felix Abt)

À Xinjiang, je suis tombé sur une flotte de motos-robots programmables semblant sortir tout droit d’un film de science-fiction – effilées, synchronisées et presque irréelles (voir photo ci-dessous). Je me suis abstenu de tenter l’expérience, me contentant d’observer les autres pilotes. Les instructions étaient en mandarin, et je n’avais aucune envie d’improviser avec une intelligence artificielle montée sur deux roues.

(Photos : Felix Abt)

(Photos : Felix Abt)

Cessez d’annoncer l’effondrement de la Chine. Prévenez le vôtre !

Plutôt que de se lamenter indéfiniment sur la Chine ou de recycler des récits absurdes de son déclin, l’Occident devrait se regarder dans le miroir. La leçon est claire : qui veut la puissance économique, l’influence mondiale et la résilience à long terme doit investir. Investir dans des infrastructures qui connectent réellement les gens et les biens. Investir dans un système de santé qui maintient la population en bonne santé et productive. Investir dans une éducation qui prépare la prochaine génération à la compétition et à l’innovation. Investir enfin dans la recherche et la technologie qui repoussent les limites, plutôt que de laisser ce privilège aux autres.

 

Les guerres – présentes ou futures – ne créent jamais la prospérité. Seules l’innovation et l’investissement réfléchi le peuvent. Tandis que la Chine construit discrètement des réseaux de trains à grande vitesse, développe l’IA et ouvre de nouvelles industries, une grande partie de l’Occident détourne ses ressources vers des démonstrations de force et des conflits. Il est temps de se réveiller, de cesser de lire des gros titres catastrophistes et, à la place, de se consacrer à façonner l’avenir plutôt qu’à redouter celui des autres. Nous avons le choix : le déclin par négligence ou l’essor grâce à la vision et à l’action.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en allemand

L’effondrement du récit de « l’effondrement de la Chine »

Felix Abt est un entrepreneur suisse. Il est reconnu comme un expert des investissements étrangers et des affaires en Corée du Nord.

Abt est l'un des premiers hommes d'affaires étrangers en Corée du Nord, où il a vécu de 2002 à 2009 et a développé et exploité diverses entreprises. Abt a été co-fondateur et directeur de la Pyongyang Business School cofinancée par la Suisse , ce qui l'a également rendu éminent dans l'aide au développement économique et la coopération au développement en formant des cadres supérieurs d'agences gouvernementales et d'entreprises nord-coréennes à la gestion d'entreprise.

Il est l'auteur de A Capitalist in North Korea: My Seven Years in the Hermit Kingdom et de A Land of Prison Camps, Starving Slaves and Nuclear Bombs ?

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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