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Connaissances sur une guerre illégale que l’Occident mène avec enthousiasme… et perd

par Bernard Tornare 5 Juillet 2025, 15:54

Connaissances sur une guerre illégale que l’Occident mène avec enthousiasme… et perd

Le droit international a été aboli et jamais encore les événements n’avaient été présentés de manière aussi délibérément erronée. Une attaque ratée contre l’Iran, une riposte de Téhéran qui a failli briser Israël. Les douloureuses convulsions de naissance de nouvelles réalités politiques – la guerre de deux mondes.

 

Par Peter Hänseler / René Zittlau

 

Introduction

Le président américain Trump fait ce qu’il veut, change d’avis d’heure en heure et ses actions violent aussi bien le droit américain qu’international. Nous avons déjà rendu compte de l’attaque américaine contre l’Iran dans « Trump a décidé et attaque l’Iran – cela aura des conséquences – pour le monde entier ? » le 22 juin. Aujourd’hui, nous avons de nouvelles informations.

 

Dans cet article, nous abordons l’échec militaire et stratégique total des attaques israéliennes et américaines contre l’Iran, la riposte du pays attaqué qui a failli anéantir Israël, le « cessez-le-feu », ainsi que les raisons pour lesquelles l’Iran a épargné Israël d’une destruction totale possible. Douze jours riches en événements.

 

Israël et les États-Unis ont échoué

Changement de régime raté – Population iranienne unie

La guerre contre l’Iran, planifiée et déclenchée conjointement par les États-Unis et Israël, a été perdue par les deux. Même les observateurs les moins politisés s’étonnent de plus en plus de voir avec quelle naïveté l’Occident, autrefois dominateur du monde, entraîne à répétition des continents entiers dans de nouvelles catastrophes, poursuivant ses objectifs sans aucune humanité et piétinant les règles qu’il a lui-même édictées. Quelle que soit la perspective adoptée, cette aventure n’avait aucune chance de succès.

 

Reza Pahlavi comme nouveau Chah ? – un enfant gâté veut accéder à la fortune

Le fils aîné du dernier Shah a quitté l'Iran avec la famille de son père début 1979. Après avoir abandonné ses études à plusieurs reprises, les milliards volés ont permis au Shah de vivre confortablement. Cet argent semble s’épuiser depuis des années, comme en témoignent des procès aux États-Unis où il s’est disputé de l’argent avec des employés et des gestionnaires. Il est donc ruiné et cherche un nouveau moyen de subsistance. Pahlavi a passé toute sa vie aux États-Unis, ne s’est jamais soucié du bien-être de son pays et se laisse aujourd’hui manipuler par les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël – avec la perspective de beaucoup d’argent.

 

Déjà son père était arrivé au pouvoir comme marionnette illégale. Le peuple iranien avait démocratiquement élu le professeur libéral Mohammad Mossadegh. Lorsque ce dernier a réduit le pouvoir des géants pétroliers britanniques et américains pour que la richesse pétrolière profite à son peuple, les Britanniques et les Américains ont réagi immédiatement. Par l’opération secrète Ajax, le MI-6 et la CIA ont renversé Mossadegh et installé le Chah comme marionnette. Celui-ci a annulé les acquis démocratiques et a rendu les richesses aux États-Unis et à la Grande-Bretagne. Les Américains, pour leur part, ont évincé les Britanniques du marché. Business is business. Pour ce service de courtisan, le Chah s’est fait grassement payer.

Le Premier ministre Mohammad Mossadegh – Le Shah Mohammad Reza Pahlavi

Le Premier ministre Mohammad Mossadegh – Le Shah Mohammad Reza Pahlavi

Un autre épisode peu reluisant : afin de maintenir le Chah au pouvoir, le Mossad fut engagé pour créer, au service des nouveaux maîtres, la tristement célèbre police secrète SAVAK. Pour ce faire, il s’appuya sur l’aide de spécialistes de la Gestapo et de la SS, écartés du pouvoir en Allemagne en 1945.

 

C’est dans ce contexte historique que l’Occident cherche aujourd’hui à installer cette marionnette peu ragoutante en Iran, dans l’illusion irréaliste de pouvoir répéter l’opération Ajax. Ainsi, on a laissé Pahlévi s’adresser à son peuple depuis Paris – notons-le, en anglais. Un discours devant le Parlement britannique est également prévu. Ces farces sont utilisées pour habituer les populations occidentales au dirigeant souhaité. Selon les puissances occidentales, le peuple iranien n’a rien à dire à ce sujet.

 

La photo suivante montre le jeune prétendant au trône lors d’une visite en Israël le 17 avril 2023, en compagnie de Benjamin Netanyahou et de la ministre israélienne du Renseignement, Gila Gamliel.

De gauche à droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Reza Pahlavi, la ministre du Renseignement Gila Gamliel

De gauche à droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Reza Pahlavi, la ministre du Renseignement Gila Gamliel

La stratégie perverse de l’Occident résumée en une image : après avoir renversé le dernier président démocratiquement élu avec le père du prétendant au trône, le fils cloné se lance dans une aventure similaire, notons-le, de concert avec Netanyahou, qui, il y a quelques jours à peine, voulait ouvrir la voie à un changement de régime à Téhéran à coups de bombes, tuant au passage des scientifiques, des militaires, mais aussi de nombreux civils en Iran. Mes sources en Iran ne font que secouer la tête : personne en Iran, jeunes ou vieux, même ceux qui appréciaient l’ancien Chah, ne voudraient de ce gamin.

 

Des dégâts relativement limités en Iran, mais de nombreuses victimes

L’Iran est géographiquement presque aussi vaste que l’Europe de l’Ouest, 75 fois plus grand qu’Israël, et compte une population dix fois supérieure à celle d’Israël. Il est donc logique que les dégâts subis par l’Iran lors des échanges militaires avec Israël soient, en comparaison avec l’État juif de superficie très restreinte, relativement faibles.

 

Le programme nucléaire n’a été touché qu’en surface, au sens propre comme au figuré ; seuls des accès à des installations souterraines et des bunkers ont été détruits, causant des dommages essentiellement symboliques. Les annonces de victoire triomphale de Trump sont tellement inexactes que même les services de renseignement américains n’ont pas suivi leur chef suprême dans leurs communiqués, se montrant plutôt favorables à la version iranienne des faits.

 

Il est difficile d’évaluer dans quelle mesure les frappes de décapitation contre des scientifiques et des hauts gradés militaires ont durablement affaibli les capacités scientifiques et militaires de l’Iran. Mais dans la population, ces attaques ont eu exactement l’effet inverse de celui recherché par l’Occident : la population iranienne se tient désormais unie derrière sa direction, y compris la jeunesse qui souhaite pourtant une modernisation politique et sociale du pays. L’attaque a donc échoué non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan sociétal.

 

Israël au bord de la catastrophe

Les dégâts sont énormes – photos et rapports interdits

Aperçu

Notre collègue et ami Larry Johnson de Sonar21 – un ancien analyste de la CIA – a dressé le récapitulatif suivant des dégâts infligés à Israël.

Aperçu des frappes militaires iraniennes contre Israël

Aperçu des frappes militaires iraniennes contre Israël

Tel-Aviv

Il y a quelques jours, il suffisait de chercher des images de destruction sur X pour en trouver. La photo suivante, montrant la destruction totale de Tel-Aviv (à gauche), provient d’une vidéo que nous souhaitions utiliser pour cet article. Nous ne sommes pas surpris que la vidéo ait été supprimée – il ne reste qu’une capture d’écran. La photo de gauche montre Tel-Aviv, celle de droite Berlin en 1945. Mis à part le fait que l’image de Tel-Aviv est en couleur et celle de Berlin en noir et blanc, il n’y a aucune différence quant à l’ampleur de la destruction visible. Il ne nous étonne pas que les autorités israéliennes aient interdit, sous peine de plusieurs années de prison, de prendre ou de diffuser des photos des destructions – avec un succès tout relatif. Évidemment, de telles images sont introuvables dans les médias occidentaux.

À gauche : Tel Aviv - juin 2025 ; à droite : Berlin - 1945

À gauche : Tel Aviv - juin 2025 ; à droite : Berlin - 1945

Entreprises d’armement israéliennes

Les Iraniens ont également mené des attaques réussies contre des entreprises d’armement israéliennes. Le groupe d’armement public visé, « Rafael », représente le joyau de l’industrie militaire israélienne. Son programme de production s’étend des armes antichars aux missiles de croisière, en passant par les drones maritimes et jusqu’aux éléments clés de l’« Iron Dome » et de la « Fronde de David », les systèmes israéliens de défense antimissile stratégiques.

Source : Sonar21.com

Source : Sonar21.com

Rafael opère à l’international et possède également une filiale en Allemagne, « Dynamit Nobel Defence ».

 

Infrastructures

Le pays dispose de trois ports importants : Haïfa, Eilat et Ashdod. Eilat a déjà été « mis à l’arrêt » il y a plusieurs mois par les Houthis du Yémen, qui ont bloqué le détroit de Bab-el-Mandeb, l’entrée du golfe d’Aden vers la mer Rouge, pour les navires à destination ou en provenance d’Israël. Depuis, le port est inactif.

 

Les installations portuaires de Haïfa ont été si gravement détruites par l’Iran, en réponse aux attaques israéliennes contre l’Iran depuis le 13 juin 2025, que ce plus grand port d’Israël ne sera probablement utilisable que de manière très limitée pendant longtemps. Il en va de même pour la raffinerie de pétrole située dans la zone portuaire. Ces deux infrastructures sont des éléments clés de l’économie israélienne. Plus de 30% du commerce extérieur israélien transitait par Haïfa. La part de la raffinerie sur le marché israélien est sûrement encore plus élevée.

Mais Ashdod, le troisième grand port d’Israël, a lui aussi, été tellement endommagé que des observateurs américains estiment que sa capacité d’utilisation n’est plus que de 40 à 50%.

Mais les destructions – et cela en a surpris plus d’un – ont également touché l’infrastructure militaire.

Israël a transféré ses avions de combat avant le 13 juin 2025 sur une base britannique à Chypre. Sans cette possibilité, non seulement les bases aériennes militaires, mais aussi les avions eux-mêmes, qui coûtent très cher, auraient très probablement été détruits.

 

L’Iran évoque de lourdes pertes humaines du côté israélien

En Occident, on ne cesse de mettre en avant le nombre de scientifiques et d’officiers iraniens éliminés. Quant à leurs propres pertes, les Israéliens gardent le silence. Des sources iraniennes rapportent ceci : un site web de sécurité israélien aurait été piraté. Les pertes israéliennes y auraient été chiffrées ainsi : 6 généraux de haut rang ; 32 agents du Mossad ; 78 membres du Shin Bet (service de renseignement intérieur) ; 27 officiers de la marine ; 198 officiers de l’armée de l’air ; 462 soldats. Nous n’avons pas pu vérifier ces informations, mais elles ne semblent pas invraisemblables.

 

40 % de Tel Aviv détruit – Israël à bout de souffle

Des analystes américains comme Douglas Macgregor estiment que 40 % de Tel Aviv est détruit. Détruit, non pas endommagé. Les images ci-dessus montrent la différence entre « endommagé » et « détruit ».

 

Le très vanté « Iron Dome » israélien a échoué. Vu l’ampleur des dégâts, le qualificatif de « pitoyable » pour ce bouclier miracle (Iron Dome) n’est pas exagéré.

 

Plus grave encore, Israël n’a plus de munitions : selon des sources crédibles, les Israéliens sont pratiquement à court de munitions. En douze jours de guerre, Israël a consommé autant de missiles anti-aériens que les États-Unis en produisent en deux ans. Le système ne fonctionne donc pas seulement moins bien que promis, il ne peut pas non plus être utilisé de façon durable à cause de la capacité de production limitée.

 

Un système financièrement insoutenable

Quand on regarde le coût des armes utilisées dans ce système, il apparaît clairement que l’Iron Dome ne peut pas être exploité de façon économiquement viable en cas d’attaque massive. L’Iron Dome est composé de plusieurs éléments ; voici quelques exemples :

 

Patriot – Américain

Selon Reuters, le système Patriot coûte 400 millions de dollars sans les missiles. Le prix unitaire d’un missile varie selon la version entre 3,4 et 8 millions de dollars.

Système Patriot - Source :  New York Times

Système Patriot - Source : New York Times

Thaad  Américain

Le coût d’un seul système complet THAAD (pour « Terminal High Altitude Area Defense ») est estimé à environ trois milliards de dollars. Un système comprend six lance-missiles, un lot de combat de 48 missiles, un système radar et un véhicule de commandement.

Thaad – Source : Wikipédia

Thaad – Source : Wikipédia

Le coût de l’élément central du système, à savoir les missiles intercepteurs, n’est pas communiqué publiquement. Dans des sources russes, nous avons trouvé des chiffres presque fabuleux : un missile peut coûter entre 45 et 500 millions de dollars, selon la version destinée à l’exportation (par exemple pour l’Arabie saoudite ou la Corée du Sud). Un seul missile.

 

Arrow – Israélien

En plus des systèmes déjà mentionnés « THAAD » et « Patriot », Israël a développé sa propre fusée, l’« Arrow », en raison des performances insuffisantes du système Patriot. Le coût de ce système s’élève à environ 1,5 milliard de dollars américains, et chaque missile coûte environ 2 millions de dollars.

Arrow – Source : Wikipédia

Arrow – Source : Wikipédia

On ne sait pas combien de missiles de tous ces systèmes ont été tirés pendant ces 12 jours, mais il s’agit probablement de plusieurs milliers. Un conflit prolongé – indépendamment du fait que les quantités nécessaires de missiles ne sont pas disponibles et que leur efficacité est très limitée – conduirait Israël à la faillite.

 

« Cessez-le-feu »

Aucun accord

L’annonce de la fin des hostilités entre Israël et l’Iran en a surpris plus d’un. Mais un examen détaillé des 12 jours de guerre permet d’y voir plus clair. Plus les bombardements réciproques se prolongeaient, plus il devenait visible et palpable qu’Israël s’épuisait, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu des réalités géographiques et démographiques : l’Iran est 75 fois plus vaste et les dégâts se répartissent donc sur une surface bien plus grande ; il faut aussi tenir compte d’un facteur de population multiplié par 10. À l’inverse, après les frappes de décapitation des premiers jours, l’Iran a réorganisé ses structures de commandement, ce qui s’est avéré visible et surtout douloureux pour Israël.

 

La trêve annoncée par le président américain Trump dans la nuit du 25 juin n’est pas un accord officiel. L’état actuel de calme n’est donc pas un cessez-le-feu, mais tout au plus une suspension temporaire des combats.

 

Qui a initié le cessez-le-feu – et pourquoi ?

Selon Larry Johnson, la demande de cessation des hostilités est venue de Netanyahou. Les raisons sont simples et convaincantes : Israël ne pouvait plus tenir. La destruction même des infrastructures les plus sensibles est sans précédent dans l’histoire d’Israël.

 

Le « cessez-le-feu » va-t-il tenir ?

Cette question est relativement facile à trancher au vu du comportement passé d’Israël et des États-Unis. Si Israël et les États-Unis estiment qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs par une nouvelle frappe, ils n’hésiteront pas à attaquer. Ce que diront M. Netanyahou et M. Trump avant une telle attaque est totalement sans importance. Nous avons déjà expliqué dans notre article « Diplomatie sur son lit de mort – du président de la paix au va-t-en-guerre » pourquoi la parole de Donald Trump ne vaut rien.

 

Le fait qu’Israël et les États-Unis se soient complètement trompés avant la première attaque ne pèsera pas non plus dans la prise de décision. Netanyahou doit continuer à attaquer, sinon il finira en prison, et Trump croira probablement qu’il doit toujours gagner, car son caractère ne lui permet pas d’admettre ses erreurs.

 

Ces incertitudes, combinées à l’hubris occidentale, conduiront probablement à la poursuite de la guerre, et le « cessez-le-feu » ne sera interprété que comme un répit pour les Israéliens. J’espère sincèrement me tromper.

 

 

Israël peut-être au bout du rouleau

Réfugiés et déplacés internes israéliens

Selon la Times of Israel, environ un demi-million d’Israéliens auraient quitté le pays après le 7 octobre 2023. Le journal se base sur des chiffres officiels de l’Autorité israélienne des colonies et de l’immigration. Des sources américaines évoquent même jusqu’à 1,5 million de personnes, sans qu’il soit précisé si ces départs sont temporaires ou définitifs. À ces chiffres s’ajoutent les déplacés internes israéliens à la suite des combats avec le Hamas et le Hezbollah, dont le nombre s’élevait à environ 100 000 en juillet 2024 selon la « Jüdische Allgemeine Zeitung ».

 

À la suite de la riposte iranienne à l’attaque israélo-américaine du 13 juin 2025, un nouveau flux important de réfugiés s’est ajouté. Après que les autorités israéliennes ont interdit aux citoyens de quitter le pays, beaucoup ont simplement affrété des bateaux pour partir par la mer. Nous n’avons pas trouvé de chiffres officiels, mais des rapports non officiels évoquent jusqu’à 200 000 à 250 000 Israéliens supplémentaires ayant quitté leur pays.

 

Ces flux de réfugiés sont d’une part une réaction aux événements actuels. Mais ils reflètent aussi des problèmes politiques et sociaux, et entraînent de graves difficultés économiques et démographiques. Israël n’y échappe pas. Du patriotisme tant vanté, il ne reste pas grand-chose en ce moment. Ceux qui font confiance à leur direction ne quittent pas leur patrie.

 

Conséquences directes et indirectes

Les infrastructures et l’économie sont durablement endommagées. Il est impossible de prévoir combien de temps le pays mettra à se reconstruire, si la trêve se maintient. L’économie israélienne souffrait déjà avant ce conflit, et n’était pas au mieux en octobre 2023. Au cours des deux dernières années – jusqu’au 13 juin 2025 –, jusqu’à 1,5 million d’Israéliens ont donc quitté le pays, ce qui, sur une population de seulement 9 millions, est catastrophique. Si l’on considère en plus que ce sont surtout ceux qui en ont les moyens matériels qui partent, ce chiffre est d’autant plus inquiétant, car il s’agit de personnes bien formées et aisées, essentielles à la reconstruction.

 

Un autre indice du caractère désastreux de la situation est l’interdiction de sortie du territoire imposée par la ministre israélienne des Transports, Miri Regev – la comparaison avec l’Ukraine s’impose. Les informations restent floues, mais l’interdiction est en vigueur, même si le site de l’ambassade d’Israël à Berlin n’en fait pas mention.

 

Les conséquences démographiques de cet exode pourraient être fatales pour Israël. L’État officiel s’efforce toujours de présenter le pays comme une terre juive, majoritairement habitée par des Juifs. Mais des millions d’Arabes vivent également dans le pays, et leur taux de natalité est nettement supérieur à celui des Israéliens juifs. Les vagues de réfugiés consécutives à la guerre, ainsi que l’évolution démographique, feront tôt ou tard que le pays comptera plus de non-Juifs (musulmans, chrétiens) que de Juifs, ce qui rendra la stratégie sioniste absurde à terme.

 

À cela s’ajoute qu’il n’existe probablement aucun passeport au monde moins attractif actuellement. Les perdants seront ceux qui ne possèdent qu’un passeport israélien. Il est aussi difficile d’imaginer que quiconque veuille immigrer dans cette « terre promise ». Qui voudrait vivre dans un pays où plus de 50% de la population approuve un génocide ?

​​​​​​​Un passeport que personne ne veut tenir entre ses mains – Source : Süddeutsche Zeitung

​​​​​​​Un passeport que personne ne veut tenir entre ses mains – Source : Süddeutsche Zeitung

Nous aborderons le caractère génocidaire de la majorité de la population israélienne dans un article ultérieur.

 

Pourquoi les Iraniens ont-ils arrêté les attaques ?

Compte tenu de la situation, cette question s’impose. Pour y voir plus clair, il est nécessaire de dépasser le cadre régional.

 

Erreur militaire ?

Nos sources estiment que la poursuite du barrage iranien aurait, en quelques jours ou semaines, conduit à l’effondrement, voire à la disparition d’Israël. D’un strict point de vue militaire, une occasion a donc été manquée de neutraliser Israël de façon durable. Un tel scénario était assurément connu de tous les acteurs, directs ou indirects. Il doit en conséquence exister des raisons sérieuses et très lourdes qui expliquent pourquoi cette occasion historique n’a pas été saisie ou a été différée.

 

Considérations géopolitiques de la Chine et de la Russie

Il est probable que l’Iran ait suspendu les hostilités sous l’influence de la Russie et de la Chine.

 

Après avoir pesé tous les intérêts, il semble que les inconvénients pour la Russie, la Chine et finalement l’Iran l’aient emporté sur les avantages prévisibles, du moins pour l’instant.

 

Les réflexions suivantes doivent être considérées comme telles, car nous n’avons pas pu accéder au processus de décision russe et chinois. La Russie et la Chine ne laissent généralement rien filtrer de leurs intentions :

 

Premièrement, la Russie – toujours en faveur de la désescalade – doit prendre en compte les intérêts des Israéliens d’origine russe, qui sont environ deux millions.

 

Deuxièmement, la poursuite des combats aurait probablement obligé la Russie à s’impliquer davantage, en raison du traité de coopération stratégique existant, même si ce traité ne prévoit pas explicitement d’assistance militaire obligatoire en cas de guerre. Il existait donc un risque de devenir de facto partie prenante contre un pays dont la population entretient de nombreux liens avec la Russie et dont une grande partie est russophone. Par ailleurs, la Russie réalise actuellement d’importants progrès militaires en Ukraine et ne souhaite pas disperser ses forces.

 

Troisièmement, il faut se rappeler la patience dont la Russie a fait preuve envers Israël pendant la guerre en Syrie, malgré les pertes matérielles et surtout humaines. Les avions de combat israéliens ont sciemment utilisé, par exemple, un avion russe non armé comme couverture contre la défense aérienne syrienne.

 

Quatrièmement, un autre indice de la retenue de la Russie vis-à-vis d’Israël est le fait que la participation du Mossad à l’attaque de drones ukrainiens contre des bases aériennes en Russie n’a jamais été officiellement mentionnée à Moscou, bien que de nombreux blogs russes en parlent et que les faits, au vu d’attaques similaires menées par Israël en Iran, laissent peu de place à l’interprétation.

 

Cinquièmement, sur le plan économique également, une guerre totale en Iran serait malvenue pour la Russie. Le corridor de transport Nord-Sud, reliant Saint-Pétersbourg au Caucase, à l’Iran puis à l’Inde, est sur le point d’être achevé et revêt une grande importance pour les deux pays.

 

L’intérêt de la Chine est plus évident : il est avant tout économique. Une guerre en Iran aurait gravement nui à la réalisation du projet Belt and Road, dans lequel l’Iran joue un rôle central et constitue un maillon essentiel de son extension vers l’Afrique et l’Europe.

 

La Chine importe aussi de grandes quantités de gaz et de pétrole d’Iran. Une escalade aurait porté un coup sévère aux intérêts économiques chinois. On remarque d’ailleurs que, juste après le début de la trêve, les États-Unis ont contractuellement autorisé la Chine à acheter du pétrole et du gaz iranien sans être soumise aux sanctions. Cela procure à l’Iran des revenus et à la Chine une sécurité de planification, dans la mesure où l’on peut parler de fiabilité avec l’administration Trump. Les récentes annonces sur les réseaux sociaux de la Maison-Blanche concernant des sanctions secondaires à 500% contre les partenaires commerciaux de la Russie en disent long.

 

Une partie du gaz et du pétrole que la Chine reçoit sera utilisée par l’Iran – c’est aussi un accord conclu très rapidement après le 25 juin 2025 – pour payer des avions de combat chinois modernes. Auparavant, la Chine exigeait un paiement en espèces, ce qui avait longtemps retardé la réalisation du projet.

 

 

Intérêts des États-Unis

Nous partons du principe que l’Iran, la Russie et la Chine ont obtenu des contreparties des États-Unis en échange du silence des armes : premièrement, les États-Unis permettent désormais à la Chine d’acheter officiellement du gaz et du pétrole à l’Iran, comme déjà mentionné. En contrepartie, il semble que les États-Unis aient à nouveau accès aux terres rares en provenance de Chine. C’est un enjeu majeur pour les États-Unis, notamment pour leur industrie de l’armement. Les terres rares ne sont certes pas rares et les États-Unis disposent eux-mêmes de réserves importantes. Mais ils ne maîtrisent pas l’ensemble du cycle de production, de l’extraction au raffinage, contrairement à la Chine.

 

La Russie a vraisemblablement obtenu des concessions américaines concernant l’Ukraine – même si les détails ne sont pas connus, les informations en provenance d’Ukraine permettent de le supposer.

 

Trump a déjà reconnu que l’Iran avait frappé Israël très durement (« hit hard » en anglais) et les responsables à la Maison Blanche comme au Pentagone savent pertinemment que la poursuite des attaques iraniennes aurait conduit à la destruction totale d’Israël. Les États-Unis auraient alors perdu la face encore plus gravement qu’ils ne l’ont déjà fait. D’un point de vue impérial, ils auraient été contraints de lancer de nouvelles frappes militaires contre l’Iran, ce pour quoi ils ne sont ni prêts économiquement ni militairement (manque de munitions). Quelques bombardiers B2 n’auraient pas suffi, car l’Iran ne peut être vaincu militairement par des bombes et des missiles seuls. Toute nouvelle attaque américaine contre l’Iran aurait contraint ce dernier à frapper les bases américaines dans le Golfe persique. Et après ?

 

Il semble donc que non seulement Israël ait épuisé ses munitions, mais que les Américains eux-mêmes n’en aient plus suffisamment. Trois raisons à cela : premièrement, depuis trois ans, les États-Unis vident leurs stocks pour l’Ukraine, sans résultat probant. Il n’est donc pas surprenant que les États-Unis aient annoncé hier qu’ils ne livreraient plus d’armes à l’Ukraine. Deuxièmement, depuis le 7 octobre 2023, les États-Unis fournissent d’énormes quantités de munitions pour le génocide à Gaza. Troisièmement, les capacités de production américaines sont loin de couvrir les besoins. Ainsi, comme déjà mentionné plus haut, Israël a consommé en douze jours de guerre contre l’Iran autant de missiles sol-air que les États-Unis en produisent en deux ans.

 

La situation est désormais si critique que la production de missiles Patriot, par exemple, a été délocalisée dans d’autres pays. L’Allemagne va ainsi en produire 1 000. Mais on reste discret sur le calendrier. Selon une dépêche du 20 juillet 2024 du journal russe « Kommersant », citant le Pentagone, la production annuelle de missiles pour le système Patriot passera de 500 à 750 unités. Pour donner un ordre de grandeur : pour intercepter un missile iranien, la défense aérienne israélienne a tiré jusqu’à 25 missiles sur une seule cible. Ce chiffre est extrême et s’explique par des circonstances particulières. Mais en règle générale, il faut au moins deux missiles intercepteurs pour chaque missile attaquant – et l’Iran en possède des milliers.

 

Conclusion

La destruction d’Israël est en cours. La reconstruction du pays partiellement détruit (Tel Aviv, ports, aéroports et usines d’armement) prendra des années, à condition que la trêve tienne, ce qui est loin d’être certain compte tenu de l’attitude peu fiable des protagonistes. Cela signifie que les propriétaires concernés n’investiront probablement pas dans la situation actuelle. Reconstruiriez-vous un immeuble de bureaux si la probabilité qu’il soit détruit à nouveau demain est de 50% ?

 

Il est très incertain que les Israéliens ayant fui reviennent dans un avenir proche. Depuis octobre 2023, Israël a probablement perdu près d’un tiers de sa population, et ce sont précisément les personnes bien formées et aisées, essentielles à la reconstruction, qui sont parties. Il est aussi possible que beaucoup de ceux qui ont quitté le pays ne fassent pas partie de la majorité génocidaire de la population – une raison de plus de ne pas revenir.

 

Nous ne disposons d’aucun élément nous permettant de prédire l’avenir de ce conflit. Il est possible que la guerre reprenne dès demain – ou non. Ce que nous pouvons affirmer avec certitude, c’est que la guerre entre deux mondes, que nous avons déjà décrite dans une série d’articles, se poursuivra – peut-être ailleurs, mais elle restera sanglante.

 

La seule certitude que nous pouvons exprimer, c’est qu’on ne peut faire confiance ni aux États-Unis ni à Israël. En matière de fiabilité et de respect du droit international, ces deux pays se situent au niveau de l’Allemagne nazie.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en allemand

Connaissances sur une guerre illégale que l’Occident mène avec enthousiasme… et perd

Peter Hanseler est un journaliste et blogueur suisse qui vit actuellement à Moscou. Il a travaillé comme assistant de recherche pour le Professeur Heinrich Honsell à l'Université de Zurich. Il a obtenu un doctorat en droit des affaires (Dr. iur.). Après un stage au tribunal de district de Hinwil et dans un cabinet d'avocats à Zurich, il a été admis au barreau du canton de Zurich. Il a complété sa formation avec un master en droit américain (LL.M.) à l'Université de Georgetown à Washington D.C.

Il se distingue des journalistes traditionnels en examinant les problèmes sous un angle occidental et oriental.

Son blog est indépendant politiquement et journalistiquement et il ne reçoit aucun financement d'État ou d'autres organisations.

Connaissances sur une guerre illégale que l’Occident mène avec enthousiasme… et perd

René Zittlau, né en 1960, est linguiste certifié. Un linguiste est bien plus qu'un simple interprète à l'occidentale. Sa formation ne se limite pas à la langue. Une grande partie de sa formation consiste à étudier la culture et l'histoire de la langue et des pays concernés. En Suisse, il s'agit d'une combinaison d'études slaves et d'une formation en interprétation.

Il a d’abord travaillé pour les services secrets, puis dans l’économie libre.

Après une formation de consultant SAP, il a été directeur général d'entreprises dans divers secteurs, principalement en Europe centrale et orientale.

Son expérience de nombreuses années de vie dans les pays d'Europe centrale et orientale ainsi que la maîtrise de plusieurs langues d'Europe de l'Est - russe, tchèque, slovaque - lui permettent d'avoir une vision indépendante des processus politiques et économiques dans les pays respectifs.

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