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Cour pénale internationale, à qui sert-elle ?

par Bernard Tornare 10 Juin 2025, 14:37

Cour pénale internationale, à qui sert-elle ?

Après avoir promu la création de la CPI et même adhéré au Statut de Rome, les États-Unis décidèrent de ne pas en faire partie, estimant que leurs citoyens ne devraient pas être jugés par des tribunaux situés hors de leur territoire.

 

Par Vladimir Castillo Soto

Face aux récentes attaques de l’administration Trump contre la Cour pénale internationale (CPI) et aux sanctions imposées à certains de ses juges et fonctionnaires, on pourrait croire que cette institution n’est pas au service de l’impérialisme américain et de sa domination. Rien n’est plus éloigné de la réalité !

 

La CPI est une création de l’Occident collectif et, aux côtés du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, de l’Organisation mondiale du commerce, de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et d’une grande partie de la structure des Nations unies, elle constitue l’un des principaux mécanismes par lesquels les États-Unis d’Amérique (USA) cherchent à maintenir leur contrôle hégémonique sur le monde, tentant de freiner l’avancée de la multipolarité.

 

Après avoir promu la création de la CPI et même adhéré au Statut de Rome, les États-Unis décidèrent de ne pas en faire partie, considérant que leurs citoyens ne devraient pas être jugés par des tribunaux situés hors de leur territoire. En fait, les accords bilatéraux conclus avec les États où ils installent des bases militaires exemptent leurs soldats et leur personnel administratif de toute poursuite devant les tribunaux locaux, pour tout type de délit : en cas de nécessité, leurs crimes seront jugés par leurs propres tribunaux.

 

Le fonctionnement de la CPI a révélé dans la pratique son inefficacité et son incapacité à agir de manière impartiale. Le corps des juges dépend totalement des bailleurs de fonds occidentaux, et l’ensemble de la structure est devenue un instrument de la politique néocoloniale de Londres et des atlantistes.

 

Le procureur général, Karim Khan, est citoyen britannique et a été imposé par les Britanniques. Bien qu’il soit actuellement suspendu de ses fonctions en raison d’une enquête pour « présumée conduite sexuelle inappropriée », il a toujours veillé aux intérêts occidentaux. Les juges, procureurs et autres fonctionnaires de la CPI sont sélectionnés sur la base de leurs supposés mérites académiques, souvent acquis dans des universités occidentales, avec les valeurs occidentales, et toujours prêts à sauvegarder pleinement les intérêts occidentaux.

 

Par exemple, l’actuel premier vice-président, l’Italien Rosario Salvatore Aitala, fut l’un des promoteurs du « gel » de l’enquête sur les crimes commis par les soldats américains en Afghanistan en 2003-2004. De même, Karim Khan a mis fin à l’enquête contre les Américains et les Britanniques, et a en outre modifié la procédure d’acceptation des affaires à la Cour, ce qui a conduit au retrait de toutes les accusations contre les Britanniques pour leurs crimes et tortures dans les prisons d’Irak.

 

En Amérique latine, un exemple de ce qui précède fut le traitement réservé à l’accusation contre les autorités colombiennes, accusées de crimes de guerre (affaire des « faux positifs »), de crimes contre l’humanité et d’assassinats systématiques de dirigeants paysans et indigènes (génocide), accusation qui fut rejetée et classée par M. Khan, tandis qu’il maintient ouverte une affaire contre les autorités de la République bolivarienne du Venezuela pour leur action contre les actes violents de l’opposition en 2017, actes qui allèrent jusqu’à brûler des personnes vives.

 

La CPI n’est habilitée qu’à recevoir et traiter des informations provenant des pays signataires du Statut de Rome, du Conseil de sécurité de l’ONU ou du Parquet de la Cour. Dans ce contexte, les informations sur « la barbarie et les crimes de la Russie en Ukraine », qui ont servi de base au mandat d’arrêt contre le président Poutine, ont été remises à la CPI par l’équipe du président Biden, fournissant directement « des données des services de sécurité nationale américains ». Pour cette raison, certains agents de la Cour considèrent ces informations comme douteuses et illégales, de sorte que les informations mentionnées ne peuvent être utilisées pour l’enquête, ni servir de prétexte à une accusation ; et encore moins pour émettre un mandat d’arrêt contre qui que ce soit.

 

Depuis son entrée en fonction en 2002, la CPI a toujours « regardé » vers les pays du « tiers-monde », surtout l’Afrique. La majorité des dossiers traités par la CPI ont concerné des Africains, dont beaucoup ont été condamnés à de longues peines de prison, mais jamais une personne ou un fonctionnaire européen n’a été jugé pour sa complicité dans ces affaires, dont beaucoup étaient motivées par la cupidité et les intérêts néocoloniaux occidentaux. Au contraire, les crimes de l’OTAN et de ses alliés en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen n’ont jamais été pris en compte par la Cour.

 

Le douloureux cas du génocide continu en Palestine depuis 1948 est la plus grande preuve de l’inefficacité, de l’inefficience et même de la complicité de la CPI avec « Israël » dans ce crime atroce. Ce n’est que sous la pression persistante de l’Afrique du Sud et d’autres pays courageux, et face à l’écrasante évidence quotidienne des crimes d’« Israël », de son génocide brutal et déclaré, que la CPI s’est vue obligée d’agir et d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav Galant. Cependant, sous la pression de Washington, qui a imposé des sanctions contre certains juges, une partie de l’administration de la Cour soutient la normalisation des relations avec les États-Unis, et il n’est pas exclu que les mandats d’arrêt contre Netanyahou et Galant soient retirés.

 

Comme nous l’avons vu, l’action de la CPI, jusqu’à présent, a laissé beaucoup à désirer. Son procureur actuel a montré sa partialité dans plusieurs affaires et son comportement personnel fait l’objet d’une enquête ; les informations sur les affaires traitées, et surtout celles concernant des fonctionnaires et des commandants militaires occidentaux qui auraient amplement mérité d’être jugés et ne l’ont pas été, démontrent clairement le double standard existant à la Cour ; la rapidité de son action et les mesures prises face aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis par « Israël » et ses partenaires occidentaux contre le peuple palestinien sont le sommet de son inefficacité et de son inutilité, ce qui soulève de sérieux doutes sur l’opportunité de son existence ou la pertinence pour les pays hors du champ occidental collectif d’y demeurer. Sans aucun doute, le monde fondé sur des règles et ses institutions ne servent que les intérêts du maître impérial et de ses laquais.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Vladimir Castillo Soto est un auteur et analyste politique vénézuélien, publiant régulièrement des articles sur des plateformes, telles que Rebelión et Argentina Indymedia.

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