Image d’illustration : Gabriel Boric et Barack Obama, deux hommes partageant les mêmes idées. (eldinamo.cl) .
Certains noms et détails ont été modifiés pour protéger les organisateurs sur le terrain qui ont rencontré l’auteur.
L’Amérique noire a le terme « Oncle Tom » pour désigner les traîtres. En Amérique du Sud, un vendepatria est quelqu’un prêt à vendre sa patrie au plus offrant. Simón Bolívar, José Marti et Jan-Jak Dessalines ont conçu l’idée d’une Amérique unie et intégrée, ou « la patria grande », et ont combattu des ennemis internes et externes qui cherchaient à briser cette unité.
Que peut-on dire en 2025 d’un président sud-américain qui attaque Caracas plus que Washington et La Havane plus que Tel-Aviv ? À quelle classe sociale et à quelles forces étrangères un tel président rend-il service lorsqu’il se cache derrière une rhétorique « progressiste » et « de gauche », en invoquant sans cesse ses titres d’ancien « leader étudiant » ?
Gabriel Boric Font, président chilien depuis 2022, n’est pas l’ami des causes ouvrières qu’il prétendait défendre. À un an de la fin de son mandat présidentiel, il s’est révélé être un fidèle porte-parole « de gauche » de la hiérarchie militaire et économique chilienne et de leurs soutiens étrangers.
À l’instar des Démocrates, Boric prétend représenter une alternative. À l’instar des Démocrates, il présente l’extrême droite, et non le système capitaliste, comme le problème. Après une explosion sociale en 2019 qui a fait des dizaines de morts et de mutilés chiliens, Boric, tout comme les Démocrates, représente une soupape de sécurité acceptable pour l’establishment chilien et le capital étranger.
La leçon Boric, c’est que l’impérialisme est tout à fait prêt à se tourner vers une « nouvelle gauche » lorsque cela l’arrange, surtout si, par définition, celle-ci privilégie la politique identitaire à la politique de classe. Cela offre une couverture à un néolibéralisme qui continue de favoriser les dix familles les plus riches du Chili, lesquelles sont, sans surprise, les plus connectées à la finance internationale.
Boric : Le traître et le renégat
Un examen de la relation du président chilien à l’État en dit encore plus sur ses loyautés de classe.
Le gouvernement Boric se vante de 60 nouvelles lois « antiterroristes ». Les mouvements de base, tels que Radio Plaza de la Dignidad, considèrent cette nouvelle législation comme une attaque contre leurs droits à s’organiser et à se mobiliser :
« L’‘amélioration’ de la précédente loi répressive permet désormais la criminalisation arbitraire des combattants populaires, imposant une catégorie de ‘terroriste’ bien plus agressive et arbitraire. Même la dictature de Pinochet n’avait pas osé aller aussi loin. Ces lois incluent la loi du tir facile, la loi sur les infrastructures critiques et la loi anti-occupation/anti-pauvres. Sous prétexte de lutter contre la criminalité, le cadre légal-répressif a été renforcé, déclenchant une menace brutale contre l’ensemble du Mouvement Populaire en Lutte. »
Boric a mis en œuvre cette législation, formant 1 300 nouveaux carabiniers (policiers militarisés). Amnesty International a critiqué l’impunité totale dont jouit la police après la répression massive de la révolte de 2019.
La Patagonie chilienne continue de servir de refuge aux criminels de guerre sionistes, avec des zones qui leur sont dédiées, dans un hébreu moderne, la langue officielle des occupants de la Palestine historique.
Le 37e président du Chili, âgé de 39 ans, affirme sans détour que les dirigeants de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela ne sont pas de gauche. Pas différent de Milei, Noboa, Trump et d’autres réactionnaires de l’hémisphère, il propage des accusations infondées en rendant les dirigeants vénézuéliens responsables de l’insécurité, de la criminalité et du trafic d’armes et de drogue dans la région. Pourquoi un « gauchiste » adopterait-il une vision de droite sur les pays les plus ciblés par l’impérialisme ? Pourtant, Boric n’a pas hésité à reconnaître « la victoire » du « président » Daniel Naboa et du narco-État équatorien le week-end dernier, le 14 avril.
Ici, aux États-Unis, nous connaissons bien ce type de « gauchistes ». Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders et leurs semblables jouent depuis longtemps le rôle de chiens de berger du Parti démocrate pour canaliser les éléments les plus radicaux.
À l’été 2024, Boric, la ministre de la Défense Maya Fernández Allende et le chef d’état-major interarmées chilien, le vice-amiral Pablo Niemann, ont accueilli les réunions conjointes de coopération avec le Southern Command des États-Unis. La générale Laura Richardson a mis en garde contre « des gouvernements autoritaires et communistes qui tentent de s’emparer de tout ce qu’ils peuvent dans l’hémisphère occidental ». Les partenaires militaires et économiques néolibéraux se sont présentés comme « l’Équipe Démocratie » pour la région.
À son crédit, Boric a condamné le génocide sioniste, mais il a tenté de trouver un point d’équilibre entre les Palestiniens et l’entité génocidaire sioniste. Il n’a pas non plus hésité à apporter un soutien total à la guerre par procuration menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Russie en Ukraine. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier vient de conclure une visite au Chili, condamnant l’héritage de la dictature de Pinochet, alors même que l’Occident applaudit et finance sa base militaire vieille de sept décennies et jusqu’ici imprenable au Moyen-Orient, appelée « Israël ».
Alors que la Chine reste le principal partenaire commercial du Chili, l’administration Boric a tourné le dos et sapé les initiatives bolivariennes et des BRICS pour construire un monde plus multipolaire. Bien que le Chili reste fermement ancré dans la sphère impérialiste occidentale, le deuxième pays le plus long du monde dépend de solides partenariats commerciaux avec le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie.
La communauté astronomique internationale condamne le géant américain de l’énergie AES Corporation pour la pollution de certains des ciels les plus purs du monde, au-dessus du désert du nord du Chili.
L’ambassadeur vénézuélien Sergio Rodríguez Gelfenstein évoque l’opportunisme de Boric et cite les derniers mots du président Allende :
« D’autres hommes surmonteront ce moment gris et amer où la trahison tente de prévaloir. »
Le Chili en flammes
Wallmapu est le nom mapuche de leur patrie historique, qui s’étend des deux côtés des Andes, entre le Chili et l’Argentine actuels. Actuellement, 22 incendies de forêt ravagent le Wallmapu, où vivent deux millions de Mapuches du côté chilien des Andes. Licarayen, dirigeante mapuche locale à Temuco, a expliqué que les colonisateurs espagnols utilisaient des tactiques similaires pour chasser ses ancêtres de leurs terres et mettre en place leurs cultures de rente, comme le blé.
Un groupe de ses collègues a montré à l’auteur les arbres préhistoriques d’Araucanie, présents à l’époque des dinosaures et aujourd’hui menacés d’extinction. La ministre de l’Intérieur de Boric, Carolina Tohá, a accusé les anciennes communautés locales d’être responsables des incendies. Le Coordinateur des Territoires du Wallmapu a rejeté cette stigmatisation habituelle du pouvoir d’État, « en attribuant la crise aux intérêts capitalistes de l’exploitation forestière » et en qualifiant les accusations de la classe politique de « ridicules ».
Le Chili est la Californie de l’Amérique du Sud. Des centaines de milliers d’hectares de forêts brûlent alors que le pays fait face à certaines des pires sécheresses de son histoire à cause du changement climatique. Licarayen a expliqué que l’impact spirituel des incendies sur la communauté conduit à plus de désespoir, d’alcoolisme et de suicides. Elle a comparé les indicateurs sociaux alarmants et la résistance des Mapuches aux luttes historiques des communautés autochtones aux États-Unis et dans tout l’hémisphère.
Boric n’est que de la poudre aux yeux. Actuellement, une lutte est en cours pour empêcher l’érection d’une statue de Piñera. Boric a visité l’Antarctique pour décourager l’exploitation accrue du voisin méridional du Chili. Pourtant, alors que le Wallmapu brûle, il est clair à quel point le président lui-même est impuissant à arrêter la répression continue de la communauté mapuche historique.
Il y a plus d’une centaine de prisonniers politiques privés de leurs droits constitutionnels parce qu’ils ont défendu leur terre et leur mode de vie.
La Constitution de Pinochet : le grand échec de Boric
Il existe un consensus de base à gauche sur les raisons pour lesquelles Boric et la gauche ont échoué à renverser la Constitution en 2023.
Les quartiers ouvriers voulaient des droits économiques et sociaux, mais ont été, semble-t-il, rebutés par la place prépondérante accordée lors de la Convention constitutionnelle au féminisme, à l’écologie ou au plurinationalisme. Cette même politique « woke » sans contenu économique est l’une des raisons principales pour lesquelles les Démocrates ont perdu deux fois face au mouvement MAGA.
La primauté des politiques identitaires libérales sur la politique de classe, combinée à une campagne médiatique féroce de la droite, a permis de faire échouer le plébiscite constitutionnel. Il y a eu une intense campagne de peur et d’amalgames, accusant la nouvelle Constitution de transformer le Chili en « Chilezuela », avec des images sensationnalistes de Vénézuéliens obligés de manger des chiens errants pour survivre. Les véritables détenteurs du pouvoir ont eu recours à une rhétorique façon Trump ou Musk, clamant : « L’avortement sera autorisé à n’importe quel stade… de la grossesse » ; « Toutes les frontières seront ouvertes » ; et « La loi protégera les criminels plutôt que les victimes ».
Cette avalanche de propagande rappelait l’anticommunisme des années 1970 sous le régime de Pinochet, soutenu par la CIA, qui avait convaincu de nombreux Chiliens que le retour du socialisme signifierait la fin de toutes les libertés, y compris celle d’être chrétien.
L’échec à adopter une nouvelle Constitution dépassant celle de l’ère Pinochet de 1980 est sans doute le plus grand revers de la « Nouvelle Gauche ». La droite continue de gagner la guerre des récits. Mega et Chilevisión ont convaincu plus de 60 % des électeurs que la nouvelle Constitution signifierait la suprématie mapuche sur la majorité de la population chilienne d’origine européenne.
Javiera Manzi, dirigeante de La Coordinadora Feminista 8M, a dénoncé la continuité du système Pinochet, mettant en avant la mobilisation étudiante de 2011, le mouvement Apruebo Dignidad et la « tendresse radicale » comme voie à suivre. Le journaliste natif de Valparaíso, Pablo Vivanco, a résumé la déception collective : « Boric n’a pas tenu ses principales promesses. Il n’y a pas eu de nouvelle Constitution. Il n’y a pas eu de réforme des retraites, de l’éducation ou de la fiscalité. Il nous avait dit : “Le Chili a été le berceau du néolibéralisme et ce sera sa tombe”, mais ce n’est pas le cas. »
Résistance : une autre voie pour le Chili
À l’opposé de Boric, le prisonnier politique et dirigeant du Parti communiste Daniel Jadue incarne une autre vision pour le Chili et la patria grande. Jadue est l’ancien maire de Recoleta, dans la zone nord de Santiago, qui abrite la plus grande communauté palestinienne hors du Moyen-Orient. Porte-parole de la rébellion de masse, il était pressenti comme le prochain président du Chili. Dans une interview accordée à #AVosPatria (À toi, patrie) et à Radio con Aguante (Radio avec du punch), il explique pourquoi la bourgeoisie a soutenu le falot Boric.
Actuellement, une campagne de lawfare est menée contre l’ex-maire de Recoleta. Jadue est prisonnier politique parce qu’il a appliqué le socialisme à l’échelle locale, en mettant en place des programmes tels que la Pharmacie Populaire, l’Opticien Populaire, les Écoles Ouvertes, la Santé dans ton Quartier, l’Immobilier Populaire, l’Université Ouverte de Recoleta, la librairie populaire « Recoletras » (un jeu de mots sur le quartier palestinien historique de Santiago), « Energía Popular », le dentiste populaire, les Marmites Communes, le Plan Communal de Sécurité Publique axé sur la sécurité humaine, entre autres.
La classe dirigeante sait que Jadue et le Parti communiste chilien représentent la véritable menace, alors qu’elle est prête à collaborer avec Boric, au-delà du clivage libéral-conservateur sur des questions secondaires. L’analyste politique Leonel Poblete Codutti prédit que « son alliance et ses accords avec l’ennemi de classe ouvriront la voie à une victoire de l’extrême droite aux prochaines élections, comme cela s’est produit avec les Démocrates aux États-Unis ».
Malgré les attaques, le dirigeant populaire affirme qu’il ne peut y avoir de changement « sans le peuple, sans mobilisation, sans un esprit de transformation qui se ressente ». Boric est un acteur clé de la campagne contre la véritable gauche, héritière de Miguel Enriquez, du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) et de Victor Jara.
Inégalités sous un masque « progressiste »
Le syndicaliste Luis Mesina, fondateur du mouvement « No + AFP » (Non aux AFP, pour la défense des retraites), explique : « Au final, [Boric] s’est soumis au pouvoir des marchés financiers. » Il détaille comment ces dispositifs de privatisation de la sécurité sociale et d’autres prestations pour le peuple ont permis de siphonner 90 milliards de dollars vers le capital étranger, qualifiant le Chili de « pays le plus néolibéral du monde ».
Hugo Fazio, économiste chilien et ancien vice-président de la Banque centrale sous Salvador Allende, a dénoncé les nouvelles lois sur les retraites comme une nouvelle tromperie envers les travailleurs. Fazio estime que ce pacte traduit une collaboration accrue entre les secteurs anti-ouvriers et la « gauche de pacotille » et du spectacle. La réalité froide pour de nombreux retraités est qu’ils doivent continuer à chercher d’autres emplois pour survivre. Jadue explique : « Nous leur offrons [aux investisseurs étrangers] cinq à sept milliards de dollars supplémentaires chaque année sur les marchés de capitaux. Ce sont eux qui se réjouissent le plus de cette loi. »
Les intérêts miniers privés, qui contrôlent 70 % des surplus ou profits, viennent d’annoncer leurs plus gros investissements dans le cuivre et le lithium chiliens depuis dix ans, car leurs taxes sont restées très faibles. Le président avait promis une fiscalité progressive sur l’élite du pays, mais il a de nouveau cédé face aux exigences de l’histoire. Iris Fontbona, de la dynastie minière Luksic, possède 26 milliards de dollars. Julio Ponce Lerou, président de la Société chimique et minière du Chili (SQM) et gendre de l’ancien dictateur Augusto Pinochet, est un autre milliardaire.
Aussi absurde que cela puisse paraître, les dépenses sociales sous le « gouvernement de gauche » de Boric sont même inférieures à celles du dernier président chilien, le milliardaire réactionnaire Sebastián Piñera.
Boric : la pointe impuissante de l’iceberg
Alors que les attentes étaient grandes en 2022 et que la victoire de Boric fut saluée comme un triomphe historique, Boric n’est pas Allende. Ses positions modérées n’ont jamais constitué une réelle menace. Il agit comme un frein à la solidarité régionale, reprenant la ligne impériale contre les pays du bloc bolivarien. S’il est facile de se lamenter sur le manque d’instincts de classe et de combativité anti-impérialiste de Boric, il n’est qu’un Obama, le pantin le plus commode pour le moment.
La structure du pouvoir chilien, avec ses bras médiatiques et bancaires, est la même que celle qui a renversé le gouvernement socialiste de Salvador Allende en 1973.
Le magnat des médias aujourd’hui décédé, Agustín Edwards Eastman, et ses héritiers ont reçu des paiements secrets du gouvernement Nixon pour comploter le coup d’État contre le président Allende. Le National Security Archive a récemment publié des documents déclassifiés montrant les réunions secrètes d’Edwards avec Henry Kissinger, le procureur général John Mitchell et le directeur de la CIA Richard Helms à Washington. Aujourd’hui encore, les héritiers Edwards possèdent les plus grands journaux du Chili, El Mercurio et La Segunda, Radio Corazón et une multitude d’autres porte-voix des riches.
Álvaro Saieh - que Forbes classe comme la 729e personne la plus riche du monde et la 4e du Chili - est président de CorpGroup, un conglomérat aux investissements dans la finance, la distribution, l’immobilier, l’hôtellerie et les médias. Saieh possède Publimetro, Diario La Hora, Revista Paula, Radio Carolina et un réseau d’autres médias. Saieh, chilien-colombien d’origine palestinienne, libanaise et syrienne, détient aussi le groupe bancaire Itaú CorpBanca, Banco Cóndel, les supermarchés Unimarc, 60 centres commerciaux, trois centrales électriques, les hôtels Hyatt et une infinité d’autres affaires.
Voilà deux des gestionnaires et faiseurs de l’opinion publique chilienne.
Le Chili - pas différent de n’importe quel autre pays capitaliste, qu’il soit habillé de social-démocratie ou de droite dure - est dirigé par une petite clique de familles connectées à la finance internationale. Comme chez nous aux États-Unis, où l’on débat sans fin pour savoir qui est pire, Républicains ou Démocrates, la bourgeoisie chilienne met en scène une fausse compétition entre deux candidats, sûre que, sous le paradigme de la « démocratie » néolibérale, ses intérêts restent intouchables. Le Chili demeure la société des cuicos et des flaites (argot local pour riches et pauvres). Boric sait qui sont ses maîtres et ne les remet en cause que dans une certaine limite.
Boric et Obama : deux faux progressistes, mêmes ficelles
Malcolm X avait prophétiquement expliqué comment la classe dirigeante fait osciller le pendule politique devant nous :
« Les conservateurs blancs ne sont pas non plus les amis des Noirs, mais au moins ils ne cherchent pas à le cacher. Ils sont comme des loups : ils montrent les dents dans un grognement qui rappelle toujours au Noir où il en est avec eux. Mais les libéraux blancs sont des renards, qui montrent eux aussi leurs dents au Noir mais font semblant de sourire. Les libéraux blancs sont plus dangereux que les conservateurs ; ils attirent le Noir, et tandis que le Noir fuit le loup qui grogne, il se jette dans les mâchoires ouvertes du renard “souriant”. »
Dans un entretien avec l’auteur, le journaliste chilien Pablo Jofré Leal précise :
« En réalité, Boric n’a jamais été un “leader étudiant” exceptionnel. C’est le système médiatique chilien qui l’a artificiellement fabriqué et gonflé ses titres de gauche. Ce n’est pas la première fois qu’ils font cela. Il est passé de “leader étudiant” à député puis président en un rien de temps. Il n’a jamais eu de véritable base dans le mouvement ouvrier ou à gauche. »
La droite a propulsé sa carrière parce qu’il servait de contrepoids au mouvement étudiant communiste. Une décennie plus tard, alors que les enjeux sont plus grands, la dynamique de la fausse gauche contre la gauche de combat reste la même.
La droite reconnaît que Boric marque une rupture avec la politique bolivarienne et la véritable lutte de classe. Libertad y Desarrollo (LYD), un think tank conservateur, retrace l’ascension fulgurante de Boric précisément parce qu’il a condamné la gauche historique axée sur la lutte de classe. Son virage vers la « nouvelle gauche » et la politique identitaire garantissait qu’il ne représenterait aucune menace pour l’establishment politique et économique en place.
La « stratégie Boric » des élites chiliennes rappelle le « phénomène Obama ». Les deux faux « progressistes » ont été présentés comme incarnant le « changement » et propulsés au sommet du pouvoir bourgeois presque du jour au lendemain. Les deux sont des imposteurs. La haute finance utilise de tels chiens de garde tantôt comme porte-voix, tantôt comme distractions, et toujours comme fausse « résistance ».
Pour le Chili, ce fut l’explosion sociale de 2019 (el estallido social). Pour les États-Unis, ce fut la colère profonde contre les guerres impopulaires de l’ère Bush en Irak et en Afghanistan. Les vieillissants Piñera et Bush étaient vus comme la personnification de « l’ancien monde ».
Une aile importante du pouvoir capitaliste a réussi à présenter les jeunes Boric et Obama comme la preuve que le système peut être changé de l’intérieur.
Les souvenirs de la rébellion sociale militante au Chili et du mouvement anti-guerre, de gauche libérale, aux États-Unis entre 2001 et 2008, ont été enterrés dans ce qui est depuis longtemps le cimetière institutionnel des mouvements sociaux : les élections capitalistes.
Traduction Bernard Tornare
Danny Shaw est un universitaire, journaliste et militant nord-américain spécialisé dans les questions de politique internationale, d’Amérique latine, de colonialisme et d’anti-impérialisme. Il enseigne les études latino-américaines et caribéennes ainsi que les questions de race, ethnicité, classe et genre à la City University of New York (CUNY). Il détient un master en affaires internationales de la Columbia University.
Shaw est également connu pour son engagement militant : il fait partie de la direction nationale de la coalition ANSWER (Act Now to Stop War and End Racism), qui lutte contre l’interventionnisme militaire et le complexe carcéral aux États-Unis.
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