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L'étoile montante du capitaine Ibrahim Traoré – L'esprit Sankara du Burkina Faso

par Bernard Tornare 30 Avril 2025, 20:27

Thomas Sankara (à gauche) et Ibrahim Traoré (à droite)

Thomas Sankara (à gauche) et Ibrahim Traoré (à droite)

Par Nicholas Jones

Le nouveau leader audacieux et dynamique du Burkina Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, s'est imposé comme une figure majeure du leadership panafricain depuis 2022. Malgré le silence des médias occidentaux, son influence rayonne bien au-delà des frontières africaines, inquiétant les anciennes puissances coloniales comme la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. En seulement deux ans de gouvernance, il a transformé l'économie nationale, renforcé la souveraineté du pays et engagé une lutte déterminée contre le terrorisme, tout en s'inspirant de l'héritage de Thomas Sankara.

 

L'ascension d'une étoile

Des origines modestes à l'engagement politique

Né dans la petite ville de Bondokuy, Ibrahim Traoré a grandi dans une famille humble avec peu de privilèges. Dès son plus jeune âge, il a démontré des talents exceptionnels tant sur le plan physique qu'intellectuel, impressionnant ses enseignants par son humilité, une qualité qui reste aujourd'hui essentielle à son caractère.

 

En 2006, il intègre l'Université de Ouagadougou où il étudie la géologie, discipline dont il sort diplômé avec mention et qui l'aide probablement dans son rôle actuel de président. C'est pendant cette période universitaire qu'il commence à développer ses compétences politiques en participant activement à l'Association des Étudiants Musulmans et à l'Association marxiste nationale des étudiants burkinabè (ANEB). Au sein de cette dernière, il devient délégué grâce à son caractère déterminé mais humble, principalement parce qu'il défendait ardemment ses camarades qui l'ont élu pour cette raison.

 

Une carrière militaire fulgurante

Après l'obtention de son diplôme, il rejoint l'armée en 2009 et gravit rapidement les échelons. Il est d'abord envoyé au Maroc pour une formation anti-aérienne avant d'être affecté à une base d'infanterie dans le nord du Burkina Faso, où il sera témoin direct de la montée rapide de l'activité terroriste dans la région.

 

En 2014, il est promu lieutenant puis rejoint la MINUSMA, la force de maintien de la paix des Nations Unies au Mali, participant à sept missions différentes de contre-terrorisme qui lui valent plusieurs recommandations de haut niveau pour son courage et sa qualité de leadership. Cette expérience lui permet d'acquérir une connaissance approfondie des tactiques utilisées par les extrémistes et le prépare à l'expansion du terrorisme islamiste dans la région du Sahel.

 

Suite à son passage à la MINUSMA et face à l'augmentation des insurrections djihadistes, Traoré est rappelé au Burkina Faso pour participer à la lutte contre le terrorisme. Il combat à Djibo, dans l'offensive "Otapuanu" de 2019, et participe à plusieurs opérations de contre-insurrection dans le nord du pays avant d'être promu capitaine en 2020.

 

Du faux coup d'État au vrai changement

La désillusion face au régime de Damiba

Fin 2021, une attaque djihadiste contre un poste de police à Inata fait 53 victimes, provoquant une indignation publique qui prépare le terrain aux murmures de changement. C'est à cette période que Traoré commence à perdre confiance dans le gouvernement en raison du grave manque de ressources pour ses soldats. Comme à l'université, ses compagnons d'armes l'élisent comme porte-parole pour faire remonter leurs préoccupations aux autorités de la capitale.

 

En janvier 2022, un coup d'État est mené par Paul-Henri Sandaogo Damiba, initialement soutenu par Traoré. Cependant, après neuf mois de pouvoir et peu de progrès dans la lutte contre le terrorisme, qui contrôlait alors 40% du territoire burkinabé, la déception s'installe. Malgré des efforts militaires considérables (plus de 200 frappes aériennes, 1 300 militants tués et 20 bases détruites), Damiba semble trop focalisé sur une solution politique incluant dialogue et réconciliation avec des groupes extrémistes.

 

Formé à l'École Militaire de Paris et aux États-Unis, Damiba n'a pas cherché à se démarquer des influences occidentales tandis que le terrorisme progressait sous l'égide du G5 Sahel soutenu par la France et les États-Unis. Ces éléments, sans constituer une preuve définitive de trahison, ont soulevé suffisamment de questions sur sa loyauté et ses capacités.

 

La prise de pouvoir et les premières mesures fortes

Le coup d'État de septembre 2022 amène Ibrahim Traoré au pouvoir à seulement 34 ans, face à une situation nationale chaotique. Il démontre immédiatement son intégrité en refusant le salaire présidentiel, préférant conserver son salaire de commandant militaire. Dans la foulée, il annonce une réduction de 30% du salaire des ministres et une augmentation de 50% pour les fonctionnaires.

 

Ces actions témoignent d'une vision claire pour son pays et pour l'Alliance des États du Sahel (AES) qu'il formera plus tard avec le Niger et le Mali, avec pour objectif premier la défaite totale du terrorisme dans la région.

 

Les réalisations transformatrices

Souveraineté nationale et nouvelles alliances

En février 2023, Traoré expulse les forces françaises qui aidaient à combattre l'insurrection locale, déclarant: "Nous voulons vraiment regarder vers d'autres horizons, car nous voulons des partenariats gagnant-gagnant". En avril de la même année, il déclare une mobilisation générale de la population pour soutenir l'armée, avec déjà plus de 90 000 volontaires recrutés entre octobre et novembre 2022.

 

Le 29 juillet 2023, suite au Sommet Russie-Afrique, Traoré annonce que son peuple soutient la Russie et décide de rouvrir l'ambassade russe fermée depuis 1992. En septembre 2023, il fait l'annonce historique de la formation de l'Alliance des États du Sahel (AES) réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Il interdit également l'utilisation des perruques et robes juridiques britanniques dans les tribunaux locaux au profit des tenues traditionnelles burkinabés.

 

Renaissance économique et indépendance financière

Sous la direction de Traoré, le PIB du Burkina Faso est passé d'environ 18,8 milliards à 22,1 milliards de dollars américains. Dès le début de son mandat, il a rejeté l'aide des prêteurs multinationaux comme le FMI et la Banque mondiale, affirmant que "l'Afrique n'a pas besoin de la Banque mondiale, du FMI, de l'Europe ou de l'Amérique", faisant écho au discours historique de Sankara à l'ONU en 1984.

 

En novembre 2023, le Conseil des ministres approuve la construction de la première raffinerie d'or du pays, devant créer 100 emplois directs et 5 000 emplois indirects, avec une production quotidienne d'environ 400 kg d'or (41,5 millions de dollars par jour). En février 2024, Traoré ordonne la suspension de la délivrance de permis d'exportation pour la production aurifère à petite échelle afin de lutter contre le commerce illégal. En août 2024, le gouvernement nationalise deux mines d'or pour environ 80 millions de dollars, précédemment vendues par Endeavour Mining à Lilium Mining pour 300 millions de dollars.

 

Développement industriel et autosuffisance

En août 2024, le Burkina Faso construit sa première usine pharmaceutique, Propharm, spécialisée dans la production de médicaments génériques et certifiée par une organisation espagnole indépendante. La même année, le groupe marocain CIMAF inaugure une nouvelle unité industrielle à Ouagadougou, s'inscrivant dans une stratégie "gagnant-gagnant" de coopération Sud-Sud.

 

En novembre et décembre 2024, le gouvernement facilite le lancement de deux unités de transformation de tomates à Bobo-Dioulasso et Yako, d'une capacité combinée de traitement de 11 tonnes par heure. Ces installations ont créé des centaines d'emplois directs et indirects, alors qu'en 2022, le pays importait encore 23 600 tonnes de purée de tomates malgré une production nationale de 313 500 tonnes de tomates fraîches.

 

En février 2025, une nouvelle minoterie d'une capacité quotidienne de 220 tonnes de farine est inaugurée à Gampéla, dans le cadre des efforts visant à réduire la dépendance aux importations. Le gouvernement a également consacré 5 000 hectares à la culture du blé pour la saison 2024-25.

 

Pour soutenir l'agriculture, Traoré a distribué plus de 400 tracteurs, 239 motoculteurs, 710 motopompes et 714 motos aux acteurs ruraux. Ces initiatives ont permis d'augmenter significativement la production agricole: les tomates sont passées de 315 000 tonnes en 2022 à 360 000 tonnes en 2024, le mil de 907 000 à 1,1 million de tonnes, et le riz de 280 000 à 326 000 tonnes.

 

La réouverture de l'emblématique usine textile FASO FANI à Koudougou, rebaptisée SOFITEX, marque une étape importante dans la renaissance industrielle du pays qui exportait auparavant plus de 95% de son coton brut sans transformation locale.

 

Priorités nationales et infrastructures

En 2025, Ibrahim Traoré a refusé l'offre de l'Arabie saoudite de construire 200 mosquées dans son pays, déclarant que le Burkina Faso en possédait déjà suffisamment. Il a plutôt demandé des investissements dans les écoles, les hôpitaux et les entreprises créatrices d'emplois, jugés plus essentiels au développement durable de la nation.

 

Son gouvernement s'attelle également au développement des infrastructures en construisant de nouvelles routes, en élargissant les existantes et en transformant les routes en terre en routes pavées. Un nouvel aéroport ultramoderne, l'aéroport de Ouagadougou-Donsin, est en construction avec une capacité prévue d'un million de passagers par an.

 

L'héritage de Sankara ravivé

Une vision panafricaine qui dérange l'Occident

Ibrahim Traoré représente une menace pour les puissances occidentales en tant que véritable leader panafricain déterminé à vaincre le terrorisme et à restaurer une souveraineté durable pour son pays. Comme Thomas Sankara avant lui, il œuvre à reconstruire l'économie nationale en développant les capacités productives du pays, libérant ainsi un potentiel longtemps entravé par la corruption systémique.

 

Son ambition est de créer un système éducatif national où chaque Burkinabé serait non seulement alphabétisé, mais aussi scientifiquement et culturellement élevé par la connaissance. Cette vision d'émancipation collective effraie ceux qui cherchent à maintenir leur domination sur l'Afrique.

 

Un symbole pour la jeunesse africaine

Les nombreuses tentatives d'assassinat contre Traoré – au moins 18 – n'ont fait qu'accroître sa popularité et son statut d'icône, démontrant la crainte qu'il inspire à ceux qui veulent préserver le statu quo. Aujourd'hui, toute la jeunesse africaine ayant accès à Internet connaît cet homme et soutient son leadership avec une vigueur renouvelée.

 

Lors d'un récent rassemblement pour le nouveau président du Ghana, John Mahama, Traoré a reçu un accueil digne d'une célébrité, la foule célébrant sa présence comme celle d'une superstar. Il incarne l'espoir d'une Afrique libérée des influences néocoloniales.

 

Comme l'a poétiquement dit Sankara: "Alors que les révolutionnaires en tant qu'individus peuvent être assassinés, vous ne pouvez pas tuer les idées". Ibrahim Traoré semble porter la même flamme, illuminant le monde avec des idées panafricaines visionnaires autour desquelles la jeunesse africaine continue de s'unir.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

L'étoile montante du capitaine Ibrahim Traoré – L'esprit Sankara du Burkina Faso

Nicholas Jones est un auteur et commentateur politique britannique, spécialisé dans l’analyse des relations entre les médias et la politique. Il a travaillé pendant trente ans comme correspondant politique et industriel à la BBC, couvrant de nombreux événements majeurs de la vie politique britannique et internationale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la communication politique et le journalisme.

Nicholas Jones est également professeur honoraire à l’Université de Cardiff, où il continue de s’intéresser aux questions touchant à l’éthique et aux pratiques journalistiques. Il a reçu un doctorat honorifique de l’Université de Wolverhampton en 2005 et a été nommé professeur invité à Cardiff en 2011.

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