La classe politique américaine se dit indignée par de supposées tentatives externes - principalement de la Russie - d'influencer son processus électoral. Cependant, le plus étonnant n'est pas ces révélations, mais plutôt la prétention à l'autorité morale de Washington pour les dénoncer sans d'abord se regarder dans le miroir.
L'intervention américaine à l'étranger
Le cas le plus extrême et documenté de l'intervention des États-Unis dans les processus électoraux d'autres pays fut probablement celui du Chili : d'abord pour empêcher la victoire de Salvador Allende en 1970, puis pour le renverser en 1973. Le secrétaire d'État Henry Kissinger (1973-1977) avait alors argumenté qu'une nation ne pouvait pas devenir communiste à cause de l'irresponsabilité de son peuple.
Accusations récentes contre la Russie
Le gouvernement de Joe Biden a saisi des sites Internet qu'il dit être utilisés par le Kremlin et a accusé des employés de RT (anciennement Russia TV) de faire partie d'un complot russe de plusieurs millions de dollars visant à créer et diffuser de la désinformation par des moyens cybernétiques pour influencer l'élection présidentielle américaine.
Déclarations officielles
Le procureur général Merrick Garland a déclaré : "Nous n'aurons aucune tolérance envers les tentatives des gouvernements autoritaires d'exploiter nos systèmes démocratiques de gouvernement."
Le Département d'État a affirmé : "Nous ne tolérerons pas que des acteurs étrangers malveillants interfèrent intentionnellement et sapent des élections libres et équitables."
L'hypocrisie américaine
James Woolsey, ancien directeur de la CIA, a admis lors d'une interview sur Fox News en 2018 que les États-Unis avaient probablement interféré dans les élections d'autres pays, mais "pour le bien du système" et pour empêcher les communistes de prendre le pouvoir.
L'histoire des interventions américaines
Les États-Unis sont intervenus dans des dizaines de processus électoraux à travers le monde. Le cas du Chili est particulièrement révélateur, avec Kissinger déclarant : "Je ne sais pas pourquoi nous devrions rester les bras croisés et regarder un pays devenir communiste à cause de l'irresponsabilité de son propre peuple. Les enjeux sont trop importants pour laisser les électeurs chiliens décider par eux-mêmes."
Mécanismes d'intervention
Les États-Unis ont créé dans les années 80 le Fonds National pour la Démocratie (NED) et ses filiales, dont le but explicite est de s'impliquer dans les processus politiques d'autres pays. Des opérations clandestines continuent également d'être signalées dans diverses régions du monde, du Venezuela à la Mongolie en passant par le Mexique et la Russie elle-même.
Conclusion
Comme l'a commenté le journaliste vétéran Stephen Kinzer, auteur de Overthrow: America's Century of Regime Change from Hawaii to Iraq : "Nous ne pouvons pas être indignés quand d'autres pays essaient de faire, à une échelle moindre, ce que nous avons enseigné au monde à faire pendant plus d'un siècle."
Pourtant, les Américains continuent de demander : Comment osent-ils ?
Traduction Bernard Tornare
David Brooks est un journaliste américain, correspondant du journal mexicain La Jornada aux Etats-Unis.
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