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75 ans d'OTAN, de bellicisme et d'échec

par Bernard Tornare 6 Avril 2024, 19:38

Image : EFE

Image : EFE

Par Jorge Elbaum

 

L'Organisation de l'Atlantique Nord, l'OTAN, a célébré son 75ᵉ anniversaire cette semaine, alors qu'elle met en œuvre une guerre par procuration contre la Russie, via l'Ukraine. Cette confrontation dure depuis bien avant le début de l'opération spéciale lancée par la Fédération de Russie en 2022. Depuis l'implosion de l'Union soviétique dans les années 1990, l'OTAN a continué à repousser ses frontières vers l'est, en violation des engagements pris par Washington et Bruxelles de s'abstenir d'assiéger et d'encercler Moscou.

 

L'OTAN, qui circonscrit 15 % de la population mondiale, a des intérêts stratégiques qui vont au-delà de l'Atlantique Nord. Elle cherche à démembrer le plus grand État du monde, à s'emparer de ses vastes réserves de ressources naturelles et à empêcher le Sud de construire une référence alternative au sein des BRICS, fondée sur le leadership économique et commercial de Pékin et le soutien militaire de Moscou. Sa planification actuelle comprend le contrôle de l'Antarctique et des passages interocéaniques - d'où la récente visite de Laura Richardson, chef du Southern Command, en Terre de Feu -, de l'Arctique, de l'Asie du Sud-Est et du continent africain. Pour affaiblir le Kremlin, le plus haut responsable de l'OTAN, Jens Stoltenberg, s'emploie à déstabiliser les Balkans en harcelant la Serbie - alliée historique de Moscou -, en attisant les forces russophobes en Géorgie et en exigeant de la Moldavie qu'elle réprime les velléités sécessionnistes de la Transnistrie, qui réclame son intégration à la Russie.

 

L'OTAN est née pour faire face au pacte communiste de Varsovie. Cette alliance de pays socialistes a cessé d'exister il y a plus de vingt ans, mais l'OTAN, loin de se dissoudre, est passée de 12 pays fondateurs à 32 aujourd'hui. Au début de ce siècle, Vladimir Poutine lui-même s'est porté candidat à l'adhésion à l'OTAN, et la réponse négative a été retentissante : il est donc clair que l'objectif prioritaire de l'alliance militaire dirigée par Washington est de désintégrer, de fragmenter et/ou d'affaiblir l'OTAN.

 

L'utilisation de l'Ukraine comme "tête de pont" pour l'encerclement militaire de l'Alliance atlantique n'a laissé aucune option à Moscou : si elle ne se défend pas - en surveillant les frontières, en protégeant le Donbass russophone - les missiles finiront par être installés à Kiev, à 700 kilomètres de Moscou. En février, deux ans se sont écoulés depuis le début de l'opération militaire spéciale et les 32 représentants de l'OTAN admettent en coulisses qu'une défaite militaire de l'Ukraine est inévitable et que l'échec de Stoltenberg, de Joe Biden et de l'Union européenne en est la conséquence. Le jour de l'anniversaire de l'OTAN, l'analyste militaire Edward Luttwak a affirmé que les États membres de l'OTAN étaient contraints de choisir entre l'envoi de troupes à Kiev et une "défaite catastrophique".

 

Le récit hégémonique lié au conflit en Europe de l'Est insiste sur le fait que la guerre en Ukraine est le premier conflit militaire de l'OTAN depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils omettent toutefois de mentionner l'intervention directe de l'OTAN en ex-Yougoslavie. En 1999, au mépris des contestations de la Russie au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Alliance atlantique a lancé un raid de bombardement - le 24 mars 1999 - dans le cadre d'une soi-disant "intervention humanitaire". Pendant 78 jours, deux mille missiles ont été lancés contre 990 cibles et 9 000 tonnes d'explosifs ont été larguées sur les villes et les infrastructures du pays, principalement des civils. Ces attaques ont tué 2 500 personnes, dont 89 enfants.

 

En outre, l'"opération humanitaire" a utilisé 15 tonnes d'obus à l'uranium appauvri, une situation qui explique la prolifération, dans les décennies qui ont suivi, de diverses maladies oncologiques. En dehors de l'Europe, l'OTAN a "combattu les groupes terroristes" en Afghanistan - qu'elle avait initialement financés -, a envahi l'Irak et la Syrie, et a ravagé la Libye. Au cours des deux dernières décennies - selon une recherche publiée par l'Université Brown en 2022 - les efforts de l'OTAN ont entraîné la mort de 350 000 civils et le déplacement forcé de 38 millions de personnes.

 

Les élections législatives européennes auront lieu en juin prochain, et en novembre celles qui opposeront Joe Biden à Donald Trump. Pour répondre aux critiques de ce dernier sur le rôle des alliés de l'OTAN, Stoltenberg a affirmé que "les alliés [européens] fournissent (...) de vastes réseaux de renseignement (...), ce qui multiplie la puissance américaine". Pour confirmer cette évaluation, l'ancienne représentante américaine auprès de l'Alliance atlantique, Victoria Nuland, a rencontré le chef des services de renseignement ukrainiens, Kiril Budanov, le 31 janvier. À la fin de la réunion, elle a promis à Poutine des "surprises désagréables". L'attentat du 22 mars au Crocus City Hall, à l'extérieur de Moscou, semble étroitement lié à cette menace.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

75 ans d'OTAN, de bellicisme et d'échec

Jorge Elbaum est sociologue, docteur en sciences économiques et analyste principal au Centro Latinoamericano de Análisis Estratégico (CLAE, www.estrategia.la).

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