Comme l'a bien montré WikiLeaks, l'implication de Nicolas Sarkozy dans l'attaque impériale contre la Libye reposait sur la crainte que Mouammar Kadhafi, le héros révolutionnaire du pays, ne remplace la France en tant que puissance dominante de l'Afrique francophone et ne remplace le système du franc CFA par un système basé sur le dinar-or. Cela aurait non seulement détruit la majeure partie de l'influence française en Afrique, mais aurait également porté un coup dur à la bourgeoisie française.
L'indépendance de l'Indochine française après la Seconde Guerre mondiale a déclenché une vague d'indépendance dans les pays africains francophones, et il semblait que les fondations coloniales françaises avaient subi un coup dur au début des années 1960. Cependant, le principal outil d'exploitation économique de ses colonies d'Afrique de l'Ouest, le système financier du franc CFA, un vieil appendice de son empire colonial, a résisté à la vague de décolonisation. La survie d'une superstructure coloniale manifeste en Afrique à une époque d'indépendance politique formelle constitue une contradiction apparente. Cet article analysera donc l'impérialisme français à travers une étude minutieuse de son principal outil de superstructure, le système du franc CFA.
Le système du franc CFA
Plus qu'une monnaie, le franc CFA est un système monétaire institutionnel contrôlé par le gouvernement français. Il est divisé en trois sous-régions couvrant différents pays d'Afrique francophone. Tout d'abord, il y a le CFA de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, appelé franc de la communauté financière en Afrique, composé de huit pays francophones d'Afrique de l'Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Ensuite, il y a la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, connue sous le nom de franc de la coopération financière en Afrique centrale, qui comprend six pays d'Afrique centrale : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad. La dernière sous-région est l'Union des Comores, où le franc comorien est utilisé. Ces trois sous-régions, bien que faisant toutes partie du système du franc CFA, utilisent ces trois monnaies différentes émises par des banques centrales différentes : la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, la Banque des États de l'Afrique centrale et la Banque centrale des Comores (1). Ces trois monnaies ne sont pas directement convertibles entre elles et doivent être échangées par l'intermédiaire de la France, qui s'est attribuée le rôle particulier de "garant" (2).
L'évolution de l'impérialisme français
La transformation du colonialisme en « impérialisme usuraire », de 1870 à la Seconde Guerre mondiale
Le développement du capitalisme commence par la séparation du producteur et des moyens de production, ce que Karl Marx a appelé l'accumulation primitive, c'est-à-dire la transformation des moyens de production et de subsistance de la société en capital, d'une part, et la transformation des producteurs directs en travailleurs salariés, d'autre part (3). C'est au cours de la transition de la production féodale à la production capitaliste que la France a commencé ses explorations maritimes et développé son système colonial : le pillage direct des terres nouvellement découvertes pour ramener les biens en France afin de les convertir en capital, et la destruction des méthodes de production et des relations de production des colonies afin qu'elles puissent servir de marchés pour la vente des ateliers et de l'artisanat français. L'établissement de liens entre la France et l'Afrique francophone s'inscrit naturellement dans ce processus.
Il n'y a pas eu de projet impérialiste systématique en Afrique avant les années 1870, mais un engagement politique hésitant mais ininterrompu visant à renforcer la sécurité militaire et la viabilité économique, un "impérialisme rampant" (4). Ce n'est que lorsque les forces productives, le développement des médicaments antipaludéens et des navires à vapeur, ont permis une incursion plus efficace sur le continent que la France a pu conquérir avec succès de vastes étendues de celui-ci (5). Dans les années 1870 et 1880, le Congrès de Berlin de 1886 a stimulé et intensifié la concurrence entre la France et les autres puissances européennes, ce qui a conduit à la période d'expansion la plus rapide de l'empire français. La période de l'impérialisme est déjà marquée par son caractère financier : Les exportations de capitaux français étaient concentrées dans les prêts ou les obligations plutôt que dans la production, ce qui permettait à la France de réaliser d'énormes profits tout en maintenant un excédent commercial (6). Le capital bancaire français n'était pas encore dominant et était encore séparé du capital productif. Le capital bancaire français n'était pas encore dominant et était encore séparé du capital productif. Au moment de la Première Guerre mondiale, l'empire français en tant qu'"impérialisme de l'usure" a pris forme : La France représentait 20 % du total mondial des investissements directs étrangers et était le deuxième exportateur mondial de capitaux (7). C'est alors que le capital financier, fondé sur une relation sociale spécifique entre l'emprunteur et le prêteur, a remplacé la relation capitalistique entre l'acheteur et le vendeur dans la production et est devenu dominant, entraînant l'émergence d'organisations monopolistiques (8). L'empire français a ainsi achevé sa transformation du colonialisme, caractérisé par le pillage direct et le contrôle territorial, en "impérialisme usuraire", caractérisé par l'exportation de capital financier. Il s'agit du plus grand empire du monde en termes de territoire et de population, qui atteint son apogée lors de l'exposition coloniale tenue à Paris en 1931 (9). L'impérialisme français a, dès son origine, une essence particulière de capital bancaire, qui s'étend aux formations sociales étrangères.
Le dilemme et l'ajustement de l'impérialisme français après la Seconde Guerre mondiale
Pour la France, la fin de la Seconde Guerre mondiale a posé un triple défi : premièrement, il y avait la contradiction entre la reconstruction économique et le manque de ressources financières après la guerre. Ensuite, les colonies, qui constituaient le pilier de l'empire français, ont été inspirées par la victoire dans la guerre contre le fascisme et la guerre de libération nationale en Asie et ont entamé une campagne anti-impérialiste et de décolonisation. Enfin, la force du franc et sa position internationale sont menacées par l'impérialisme américain. La mise en place du système de Bretton Woods en 1945 marque la centralité du dollar et la domination de l'impérialisme américain dans le camp des pays capitalistes. L'influence internationale de la France et sa puissance financière s'en trouvent affaiblies.
Face à ces changements, la France a dû accepter le plan Marshall des États-Unis, ce qui signifiait l'entrée du capital financier américain en Europe occidentale. Comme les contradictions fondamentales de l'impérialisme se situent entre la libre concurrence et le monopole, qui existent côte à côte, l'économie mondiale n'est pas dirigée par un monopole homogène, mais par différents blocs de monopoles en concurrence (10). La coopération entre les pays impérialistes n'est que temporaire, et leurs relations sont fondamentalement contradictoires, car les pays capitalistes développés ont tendance à représenter leur propre bloc de capitalistes monopolistes aux intérêts divergents.
Pour rester autonome face à l'expansion de l'impérialisme américain après la Seconde Guerre mondiale et conserver son statut d'hégémonie mondiale, la France devait garder le contrôle de ses colonies africaines, en particulier après la perte de l'Indochine (11) . En 1945, la France a créé l'institution du franc CFA en Afrique, en utilisant des moyens militaires et politiques pour forcer les pays africains francophones à la rejoindre en échange d'une indépendance politique pacifique (12). Le franc CFA a été utilisé comme instrument financier pour manipuler l'économie et les finances de l'Afrique francophone afin de contrecarrer la pénétration du dollar américain en Afrique francophone. En rattachant le franc CFA au franc français, puis à l'euro, la France cherche à exercer un contrôle exclusif sur la région, à l'instar de la doctrine Monroe des États-Unis, quelque deux cents ans plus tôt (13) . La France a alors pu maintenir son autonomie par rapport à l'impérialisme américain en exerçant un contrôle exclusif sur les pays africains francophones en façonnant leur appareil financier national dans son propre intérêt, ainsi que dans l'intérêt de la classe compradore des pays africains capitalistes, comme le Sénégal, qui s'est opposée à la dissolution du franc CFA et à la formation d'une intégration économique locale proposée par le Burkina Faso et le Niger révolutionnaires et d'autres pays de ce type dans les années 1970 et 1980 (14).
Le système du franc CFA n'était donc pas seulement une réponse de l'impérialisme français à la vague de mouvements décoloniaux dans le Sud, mais aussi une réponse directe au risque de perdre son hégémonie en Afrique au profit de l'empire américain.
Le fonctionnement du franc CFA
L'une des principales sources de l'hégémonie française dans la division mondiale du travail depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est son contrôle continu sur les anciennes colonies françaises, c'est-à-dire les pays africains francophones (15). Ces derniers fournissent à la France non seulement un vaste marché pour la vente de produits manufacturés, mais aussi des matières premières essentielles au développement de l'industrie moderne et des matériaux pour construire une capacité nucléaire (16). Cette section se concentrera sur le système du franc CFA lui-même, afin de clarifier son point de départ, sa raison d'être économique et son système de fonctionnement.
1. Les quatre piliers du franc CFA
Bien que la France affirme que le franc CFA est la propre monnaie de l'Afrique francophone, loin d'être fondé sur l'égalité, la justice et le volontariat, le système a été construit unilatéralement dans le cadre des efforts déployés par la France pour parvenir à l'hégémonie économique par le biais de multiples mécanismes superstructurels, dans une Afrique politiquement balkanisée, et pour maintenir sa domination impérialiste.
Tout d'abord, il y a le principe des taux de change fixes, selon lequel les taux de change des monnaies nationales des anciennes colonies sont entièrement fixés et contrôlés par les autorités politiques françaises. Cela signifie que la valeur de l'ensemble de leur production économique n'est pas décidée par les lois du marché capitaliste international ou par les autorités politiques nationales, mais plutôt par la bourgeoisie financière française (17). Incapables de contrôler leurs politiques monétaires, ces pays n'ont pas le pouvoir économique de mettre en place une stratégie économique au service des objectifs de développement et certains des outils importants pour s'attaquer aux problèmes inflationnistes ou déflationnistes.
Deuxièmement, le principe de centralisation des réserves de change. Ce principe repose sur le "Compte d'opérations", un partenariat entre le ministère français des Finances et les trois banques centrales responsables de l'émission du franc CFA. Chaque banque centrale est tenue de déposer une part déterminée des réserves de change des pays membres de sa région sur le Compte d'opérations basé à Paris et géré par la France (18). Ce dépôt obligatoire, qui atteignait 100 % au début du système du franc CFA, a été ramené à 65 % en 1973, puis à 50 % en 2005 (19).
Troisièmement, le principe de convertibilité illimitée signifie que le franc CFA peut être converti en monnaie française sans restriction. Sur le papier, tout pays dans le système du franc CFA pourrait obtenir des prêts de la France libellés en francs ou en euros dans le cas où ils manqueraient de certaines réserves étrangères (20). La France s'assure que les trois banques centrales ont toujours suffisamment de réserves étrangères pour maintenir leur commerce extérieur. La France veille à ce que les trois banques centrales disposent toujours de réserves de change suffisantes pour maintenir leur commerce extérieur. Toutefois, la France ne consacre aucune partie de ses budgets annuels au renforcement des réserves de change des trois banques centrales ou à l'octroi de prêts à ces pays, car le Trésor français est membre du système européen des banques centrales et donc indépendant du gouvernement (21).
Enfin, le principe de libre transfert des capitaux signifie que les transferts de revenus et les mouvements de capitaux sont libres (22). Ils ne sont pas limités par le type de monnaie du CFA et peuvent circuler librement entre les pays membres du CFA et la France. Les transferts de revenus comprennent principalement les envois de fonds des travailleurs étrangers et le rapatriement des bénéfices et des dividendes, tandis que les mouvements de capitaux se réfèrent principalement à l'achat de titres ou d'investissements financiers (23). Le franc CFA étant limité à la couverture des trois banques centrales, il n'est pas convertible en d'autres monnaies internationales et a une faible valeur monétaire. Seuls les capitaux français ont un accès direct pour investir dans le pays, tous les autres capitaux devant d'abord convertir leurs euros en francs CFA. Tous les vols de capitaux doivent passer par la France pour pouvoir ensuite circuler librement sur le marché international.
L'essence du système du franc CFA peut être comprise comme un outil français de contrôle des relations économiques extérieures entre ses anciennes colonies et le monde extérieur. La France façonne ainsi, à l'aide de ces quatre principes et du compte d'exploitation, les importations et les exportations des pays membres de la zone franc afin de limiter l'afflux de capitaux étrangers en provenance d'autres pays et d'aider sa bourgeoisie à monopoliser ces régions. Par exemple, lorsqu'un pays membre reçoit des devises par l'exportation de matières premières, il doit transférer la moitié des devises reçues à la banque centrale de sa région dans un délai déterminé et les convertir en monnaie française (24). De même, lorsque des capitaux étrangers souhaitent entrer dans les pays de la zone franc CFA, ils devront être convertis en francs CFA sur le marché des changes de Paris. Il en résulte que, sous le contrôle du ministère français des finances et des banques centrales, les pays membres du système CFA n'ont pas le droit de conserver la totalité de leurs devises étrangères et ne peuvent pas décider de leur utilisation. Les pays du franc CFA ne bénéficient pas d'une politique monétaire indépendante, car la monnaie est soumise à un taux de parité fixe entre la zone euro et le franc CFA, qui est la politique choisie par le gouvernement français. Cela empêche ces pays africains de se financer librement au niveau national, parce que cela perturberait le taux de parité fixe, car les entreprises qui recevraient des crédits et investiraient de manière productive achèteraient des équipements étrangers en raison de leur industrialisation incomplète (25). En conservant le droit exclusif de garant du système et d'intermédiaire entre ses anciennes colonies africaines et le monde, la France prive ces pays de leur indépendance économique tout en renforçant la solidité de son économie.
Fonctions du système du franc CFA
Les fonctions de dépendance et l’exportation des matières premières après la Seconde Guerre mondiale
Bien que le taux de change doive être fixe, la France a manipulé le taux de change à trois reprises au cours de l'histoire du système du franc CFA. Loin d'être un geste visant à stabiliser les économies des pays du franc CFA, cette décision a été prise dans l'intérêt structurel de l'économie française.
Le taux de change entre le franc CFA et la monnaie française a été déterminé unilatéralement par le gouvernement français depuis la naissance du système de Bretton Woods en 1945, lorsque le taux de change entre le franc français et le dollar américain a été établi sur la base duquel le rapport entre le franc CFA et le franc français a été fixé à 1 pour 1,7 (26). La première modification du taux de change a eu lieu en 1948, lorsque le gouvernement français, confronté à une économie fragile loin d'être remise de la guerre, a décidé de dévaluer le franc français de 44 % tout en maintenant un taux de change entre les deux monnaies d'un franc CFA pour deux francs français. En d'autres termes, le franc CFA valait désormais deux fois le franc français, ce qui rendait les produits manufacturés français moins chers et les exportations considérablement moins compétitives que celles des autres pays du Sud (27). La relation de dépendance entre les colonies et la France s'est donc considérablement élargie à partir de la période de guerre, lorsque les pays du franc CFA ont diversifié leurs relations commerciales et réduit de plus de moitié leurs importations en provenance de France et leurs exportations d'environ un quart (29). Dans l'ensemble, la France a augmenté ses exportations entre 1947 et 1948, passant de 85 millions à 94 millions, tandis que ses importations ont diminué, passant de 107 millions à 103 millions (30). La part des exportations françaises vers l'Afrique de l'Ouest est passée de 59 % en 1938 à 69 % en 1949, alors que ses importations sont restées pratiquement inchangées. Comme le montrent les données, la France a été en mesure d'augmenter ses exportations vers les pays du franc CFA tout en maintenant ses importations au même taux. La conséquence de ce premier changement du taux de change est la réduction des capacités d'exportation des pays du franc CFA en faveur de l'expansion des importations de la métropole, positionnant ainsi l'Afrique de l'Ouest comme un marché exclusif pour les produits manufacturés français et exerçant ainsi une pression sur la production africaine de petits produits de base. Dans cette période de reconstruction de l'économie française, l'exportation de matières premières retrouve son importance et devient la fonction première du franc CFA.
2. Le rôle de la déflation des revenus dans la montée de l'inflation
Le deuxième changement a eu lieu en 1960, lorsque, à la suite de la guerre d'Algérie de 1958, du changement de gouvernement à l'intérieur du pays et de l'intervention du Fonds monétaire international (FMI), la France a voulu augmenter son pouvoir d'achat sans provoquer de contractions économiques, et a établi un nouveau franc valant cent fois la valeur de l'ancien (31). Le taux de change entre le franc CFA et le nouveau franc est alors devenu 1 franc CFA pour 0,02 franc. Ce changement profite à nouveau à la France, qui vient de se relever de la Seconde Guerre mondiale et qui a un besoin urgent de matières premières pour son développement industriel. Il devient très bon marché pour la France d'acheter des matières premières industrielles et militaires aux pays nouvellement indépendants de la zone franc CFA, sans avoir à puiser dans ses réserves de change. Pour les pays membres de la zone franc, cela signifiait non seulement une augmentation du coût de la vie, mais aussi une augmentation de la valeur de leur dette extérieure, ce qui nuisait à leurs économies fragiles et dépendantes de l'extérieur (32). La France pouvait alors acheter beaucoup plus à ces pays, mais ces derniers pouvaient acheter beaucoup moins à la France. La France pouvait alors produire tous ses biens industriels à un prix de production inférieur, et donc concurrencer la puissance industrielle américaine et allemande. Cependant, les pays nouvellement indépendants étaient payés beaucoup moins cher pour les matières premières qu'ils vendaient à la France, ce qui entravait leur processus d'industrialisation. Le franc CFA a eu pour fonction d'abaisser le prix des facteurs de production, ce qui a permis d'augmenter le taux de profit de l'économie française et d'aider ses capitalistes à être plus compétitifs sur le marché mondial.
Le changement le plus récent a eu lieu lorsque les pays de la zone du franc CFA étaient en proie à une crise de la dette dans les années 1990, à la suite de la crise pétrolière des années 70 et 80. Les pays africains de la zone du franc CFA, comme la plupart des pays du Sud, ont été favorisés dans les années 1970 par l'expansion galopante des liquidités créée par le nouveau pétrodollar. Les banques américaines ont dû prêter de l'argent à des taux d'intérêt très bas aux pays du Sud, qui ont profité de cette occasion pour s'engager sur la voie de l'industrialisation. Le choc Volcker des Etats-Unis - qui a restreint l'offre de monnaie pour augmenter le taux d'inflation, dans le but de sauver la valeur du dollar américain - a rendu la dette de la plupart des pays pauvres inutilisable (33). La France, souffrant également de l'inflation mondiale, n'a apporté aucun soutien financier au membre de la zone du franc CFA et a renoncé à sa promesse d'être le garant du franc CFA. Elle a choisi la voie de la politique d'ajustement structurel du FMI pour la zone du franc CFA et a choisi de dévaluer le franc CFA de 50 %, ce qui fait que 1 franc CFA valait 0,01 franc en 1994. Par exemple, le Sénégal est tombé dans le piège de la dette vers 1975, lorsque, après avoir emprunté massivement de l'argent bon marché, il a été surpris par l'envolée du dollar américain et n'a pas pu le rembourser (34). Le Sénégal, comme la plupart des autres pays subsahariens, a dû subir des politiques d'ajustement structurel en 1983, tandis que le montant de sa dette à servir atteignait en 1988 un pic de 6,3 % de son revenu national brut (35). Cela a eu des conséquences positives pour la France, mais négatives pour ses ex-colonies. Pendant ce temps, les pays de la zone franc CFA ont dû importer leurs produits agricoles, industriels et de consommation, et le prix a doublé, entraînant un effondrement du pouvoir d'achat des ménages (37). En raison des manipulations financières de la France, l'État et la population active des pays de la zone franc CFA ont subi une forte diminution de leurs revenus. Le franc CFA a donc été utilisé comme mécanisme pour imposer une déflation des revenus à la périphérie française. Comme l'ont affirmé Utsa Patnaik et Prabhat Patnaik, la déflation des revenus est l'un des principaux mécanismes de l'impérialisme appliqués à la structure productive du Sud, qui permet de compenser les effets de l'augmentation des prix pour accroître le taux de profit du capital dans le Nord (38).
Loin d'être le garant de la stabilité dans les pays de la zone franc CFA, la France utilise ce système comme une garantie des intérêts français au détriment de l'Afrique francophone (39). La fonction historique du franc CFA doit être comprise en tenant compte des conditions de l'économie française.
3. La fonction de la division du travail
Face au nouvel environnement politique et économique international à partir des années 1970, la France entendait utiliser le système du franc CFA pour perpétuer et consolider le modèle centre-périphérie, pilier de l'impérialisme français (40). L'impérialisme est l'aboutissement de la lutte dans la division du travail, prenant la forme spécifique d'une lutte entre les nations (41). La construction du système du franc CFA a été un moyen pour la France de cristalliser une division du travail particulière entre ses anciennes colonies, la périphérie, et elle-même, le centre, afin d'acquérir de la plus-value et de rester compétitive par rapport aux autres pays impérialistes.
Historiquement, la France a utilisé le système du franc CFA de sorte que les prix de ses importations et exportations avec les pays de la zone du franc CFA et avec elle-même n'étaient pas régulés par le marché international, mais étaient déterminés par le gouvernement français pendant la période coloniale. Cela a permis à la France d'acheter des matières premières aux pays de la zone du franc CFA à des prix bien inférieurs à ceux du marché international en obligeant ces pays à surproduire des matières premières et en les forçant à acheter des produits français finis à des prix de 20 à 30 % supérieurs à ceux du marché international (42). La fonction de création d'une dépendance du marché vis-à-vis de la France après la Seconde Guerre mondiale a fait en sorte que le prix des matières premières pour les capitalistes français a augmenté en raison de la hausse du prix du franc CFA par rapport au franc ; dans le même temps, le prix de vente des produits manufacturés français est devenu moins cher dans l'Afrique occupée par la France. Cette fonction est redevenue importante dans les années 60, lorsque le capitalisme monopolistique en France s'est consolidé après sa destruction partielle. L'objectif de cette période était d'augmenter le taux de profit du capital français, ce qui pouvait être réalisé en créant une déflation des revenus dans les pays responsables de la production des intrants de la production française. De cette manière, la France pouvait rivaliser avec la production industrielle d'économies plus productives comme l'Allemagne et le Japon, mais pouvait également compenser son déficit commercial global (43). Cela crée également une propension pour les pays du franc CFA à importer plus qu'ils n'exportent, du fait que le franc CFA était rattaché à un euro beaucoup plus puissant, nuisant à son tour à la compétitivité de leurs exportations et de leurs producteurs locaux et favorisant les importations de produits de base. produits manufacturés étrangers (44) Plus important encore, le système du franc CFA est conçu pour que les échanges entre les pays n'aient pas besoin du dollar américain. De cette manière, cela constitue pour la France une barrière entre son impérialisme et le système mondial dominé par les États-Unis. La zone franc a ainsi permis de maintenir l’impérialisme français, basé sur un modèle centre-périphérie, tout en fournissant à la France un levier pour contrer le dollar et conserver une position politique et économique indépendante sans avoir à opérer entièrement dans le cadre de l’impérialisme américain (45).
Le changement le plus récent a eu lieu lorsque les pays de la zone du franc CFA étaient en proie à une crise de la dette dans les années 1990, à la suite de la crise pétrolière des années 70 et 80. Les pays africains de la zone du franc CFA, comme la plupart des pays du Sud, ont été favorisés dans les années 1970 par l'expansion galopante des liquidités créée par le nouveau pétrodollar. Les banques américaines ont dû prêter de l'argent à des taux d'intérêt très bas aux pays du Sud, qui ont profité de cette occasion pour s'engager sur la voie de l'industrialisation. Le choc Volcker des Etats-Unis - qui a restreint l'offre de monnaie pour augmenter le taux d'inflation, dans le but de sauver la valeur du dollar américain - a rendu la dette de la plupart des pays pauvres inutilisable (33). La France, souffrant également de l'inflation mondiale, n'a apporté aucun soutien financier au membre de la zone du franc CFA et a renoncé à sa promesse d'être le garant du franc CFA. Elle a choisi la voie de la politique d'ajustement structurel du FMI pour la zone du franc CFA et a choisi de dévaluer le franc CFA de 50 %, ce qui fait que 1 franc CFA valait 0,01 franc en 1994. Par exemple, le Sénégal est tombé dans le piège de la dette vers 1975, lorsque, après avoir emprunté massivement de l'argent bon marché, il a été surpris par l'envolée du dollar américain et n'a pas pu le rembourser (34). Le Sénégal, comme la plupart des autres pays subsahariens, a dû subir des politiques d'ajustement structurel en 1983, tandis que le montant de sa dette à servir atteignait en 1988 un pic de 6,3 % de son revenu national brut (35). Cela a eu des conséquences positives pour la France, mais négatives pour ses ex-colonies. Pendant ce temps, les pays de la zone franc CFA ont dû importer leurs produits agricoles, industriels et de consommation, et le prix a doublé, entraînant un effondrement du pouvoir d'achat des ménages (37). En raison des manipulations financières de la France, l'État et la population active des pays de la zone franc CFA ont subi une forte diminution de leurs revenus. Le franc CFA a donc été utilisé comme mécanisme pour imposer une déflation des revenus à la périphérie française. Comme l'ont affirmé Utsa Patnaik et Prabhat Patnaik, la déflation des revenus est l'un des principaux mécanismes de l'impérialisme appliqués à la structure productive du Sud, qui permet de compenser les effets de l'augmentation des prix pour accroître le taux de profit du capital dans le Nord (38).
Loin d'être le garant de la stabilité dans les pays de la zone franc CFA, la France utilise ce système comme une garantie des intérêts français au détriment de l'Afrique francophone (39). La fonction historique du franc CFA doit être comprise en tenant compte des conditions de l'économie française.
3. La fonction de la division du travail
Face au nouvel environnement politique et économique international à partir des années 1970, la France entendait utiliser le système du franc CFA pour perpétuer et consolider le modèle centre-périphérie, pilier de l'impérialisme français (40). L'impérialisme est l'aboutissement de la lutte dans la division du travail, prenant la forme spécifique d'une lutte entre les nations (41). La construction du système du franc CFA a été un moyen pour la France de cristalliser une division du travail particulière entre ses anciennes colonies, la périphérie, et elle-même, le centre, afin d'acquérir de la plus-value et de rester compétitive par rapport aux autres pays impérialistes.
Historiquement, la France a utilisé le système du franc CFA de sorte que les prix de ses importations et exportations avec les pays de la zone du franc CFA et avec elle-même n'étaient pas régulés par le marché international, mais étaient déterminés par le gouvernement français pendant la période coloniale. Cela a permis à la France d'acheter des matières premières aux pays de la zone du franc CFA à des prix bien inférieurs à ceux du marché international en obligeant ces pays à surproduire des matières premières et en les forçant à acheter des produits français finis à des prix de 20 à 30 % supérieurs à ceux du marché international (42). La fonction de création d'une dépendance du marché vis-à-vis de la France après la Seconde Guerre mondiale a fait en sorte que le prix des matières premières pour les capitalistes français a augmenté en raison de la hausse du prix du franc CFA par rapport au franc ; dans le même temps, le prix de vente des produits manufacturés français est devenu moins cher dans l'Afrique occupée par la France. Cette fonction est redevenue importante dans les années 60, lorsque le capitalisme monopolistique en France s'est consolidé après sa destruction partielle. L'objectif de cette période était d'augmenter le taux de profit du capital français, ce qui pouvait être réalisé en créant une déflation des revenus dans les pays responsables de la production des intrants de la production française. De cette manière, la France pouvait rivaliser avec la production industrielle d'économies plus productives comme l'Allemagne et le Japon, mais pouvait également compenser son déficit commercial global (43). Cela crée également une propension pour les pays du franc CFA à importer plus qu'ils n'exportent, du fait que le franc CFA était rattaché à un euro beaucoup plus puissant, nuisant à son tour à la compétitivité de leurs exportations et de leurs producteurs locaux et favorisant les importations de produits de base. produits manufacturés étrangers (44) Plus important encore, le système du franc CFA est conçu pour que les échanges entre les pays n'aient pas besoin du dollar américain. De cette manière, cela constitue pour la France une barrière entre son impérialisme et le système mondial dominé par les États-Unis. La zone franc a ainsi permis de maintenir l’impérialisme français, basé sur un modèle centre-périphérie, tout en fournissant à la France un levier pour contrer le dollar et conserver une position politique et économique indépendante sans avoir à opérer entièrement dans le cadre de l’impérialisme américain (45).
L’un des objectifs majeurs du système CFA est de créer une dépendance entre la France et ses anciennes colonies et de maintenir l’accumulation de plus-value. Cela bloque en effet le processus d’industrialisation des pays francs CFA. Le système monétaire prive les pays africains francophones de leurs droits monétaires, ce qui signifie que les États membres ne sont pas en mesure de financer leur développement par la création de crédit (46). Il restreint également le droit de ses membres de disposer librement de devises étrangères, les empêchant de compter sur les recettes d'exportation pour l'accumulation initiale de capital utilisé pour l'industrialisation. Elle fait de la « stabilité » le premier principe du système CFA, c'est-à-dire le maintien d'un taux de change fixe entre le franc CFA et l'euro et le maintien du taux d'inflation annuel à un niveau très bas, sans se soucier du développement économique des pays de la zone euro de la zone franc, où la création monétaire joue un rôle important dans le modèle de développement de l’État (47). Cela crée une situation où les réserves de change de ces pays africains se situent entre 95 et 105 %, révélant une forte capacité à importer et à investir de manière productive tout en étant tenus en laisse par le sous-investissement par les politiques du franc CFA (48).
4. La fonction de la dette et des flux de capitaux
C’est dans cette fonction – dette et prêt – que l’essence du franc CFA se reflète dans des tons plus purs, sans nécessairement être la plupart du temps l’apparence dominante. Cette fonction est l'endroit où l'argent semble directement se multiplier, apparaissant sous la forme M—M¢.
La France est un créancier bilatéral important en Afrique, devant tous les pays de l’Union européenne, tandis que les États-Unis (historiquement) et la Chine (récemment) sont les plus importants au monde (49). Une grande partie de la dette des pays francs CFA n'est pas détenue par la Chine mais par la France. Si l’on prend en compte à la fois la dette bilatérale française, qui s’élève à 1 125 milliards de dollars, et la dette du secteur privé, soit 443,1 millions de dollars, contre 1 343 milliards de dollars pour la dette bilatérale chinoise (50). Lorsqu’on examine les données sur la dette des pays en franc CFA, la France est parfois soit le principal détenteur de la dette, soit pas très loin derrière les principaux détenteurs de la dette. Cela s'explique par la position privilégiée de la France en tant que garant du franc CFA, le risque d'aggravation de la dette extérieure en raison d'une dévaluation étant éliminé, le CFA étant rattaché à l'euro (51). Historiquement, la France a énormément contribué à la situation de piège de la dette dans laquelle se trouvent ces pays en raison de la dévaluation du franc CFA, la dernière fois en 1994, qui a fait multiplier le montant total de la dette de ces pays envers les prêteurs étrangers à mesure que la valeur de leur monnaie a chuté (52). Les prêts intérieurs étant fortement découragés par les politiques des banques centrales, les pays francs CFA n’ont d’autre choix que de financer leurs dépenses auprès de prêteurs étrangers (53). De cette manière, le service de la dette est activement imposé par la France aux pays du franc CFA, augmentant ainsi le montant de la plus-value obtenue par le capital bancaire, M—M¢ sous sa forme pure.
En tant que superstructure liée au capital bancaire, le système du franc CFA est non seulement capable de servir son objectif principal d'augmenter sa valeur en aspirant le secteur productif de l'économie, mais à la phase de monopole du capitalisme, cette superstructure fonctionne activement en concert avec d'autres formes de capital français en Afrique. Cela prend la forme d’un blocage de la dette, de l’aide et des investissements. Les fonds acquis par les pays du franc CFA pour promouvoir un développement limité des infrastructures par le biais de contrats de réduction de la dette et de développement ou directement dans le cadre d'accords de prêts bilatéraux sont accordés aux sociétés transnationales françaises. Cela permet au capital industriel français de monopoliser le marché africain face à ses concurrents locaux et étrangers (54). Comme c’est généralement le cas, les capitaux ont tendance à se déplacer des marchés financiers sous-développés vers les marchés développés (55). La superstructure du franc CFA est l’une des principales pièces que la bourgeoisie française utilise pour mettre en mouvement un flux de capitaux dans sa direction. Entre 1970 et 2008, cela s'est élevé à 850 milliards de dollars, ce qui a empêché les pays de la zone franc d'accumuler suffisamment de capitaux pour développer leur économie par l'épargne et les investissements, qui ont alors dû s'appuyer sur la dette extérieure (56). Il est alors important de comprendre que la dette extérieure est en fait un moyen d’alimenter les sorties de capitaux. Des études ont montré qu’entre 47 % et 62 % des fonds entrant dans le système du franc CFA sous forme de dette extérieure sont rapatriés vers les pays créanciers sous forme de sorties de capitaux (57). Pour chaque dollar entrant en Afrique sous forme de dette extérieure, il y a une sortie de capitaux de 60 cents (58). Pour le capital productif de la France, l’entrée de nouveaux concurrents en Afrique a rendu l’infrastructure bancaire du franc CFA extrêmement importante pour lutter contre la trajectoire descendante de leurs parts de marché, qui sont passées de 10,1 % en 1990 à 4,7 % en 2011 (59). Enfin, l’élite compradore africaine contribue également à ce flux de capitaux, car elle a tendance à accumuler des actifs étrangers pour ancrer son pouvoir en dehors de tout concurrent politique local et placer ses intérêts dans le même panier que son suzerain impérial (60). Cela garantit à la classe compradore l’aide de la puissance militaire française en cas de menace (61). L’alliance entre la bourgeoisie française et la bourgeoisie compradore africaine doit alors être comprise comme l’ancre qui maintient ces pays dans une profonde logique capitaliste et les empêche de s’engager sur la voie du capitalisme développemental et du socialisme (62).
Le système du franc CFA doit donc être compris comme une essence, différenciée par quatre manifestations principales. Il s’agit essentiellement d’une excroissance superstructurelle du capital bancaire, née à l’époque coloniale pour siphonner la valeur par le crédit. Cependant, au stade de monopole du capitalisme, où la banque et la production tendent à s’unir dans la finance, la superstructure bancaire devient un canal pour la reproduction à la fois du capital bancaire et du capital productif. Ses apparitions sont donc les quatre fonctions principales que j'ai analysées ci-dessus et indiquent que les changements du niveau économique, ainsi que la consolidation du secteur bancaire et de la production, ont transformé le franc CFA en un outil de l'ensemble de la bourgeoisie française pour faciliter de multiples manières l'expansion de la production en créant des mécanismes directs et indirects d’augmentation de la plus-value.
Conclusion
Cet article analyse l’histoire et le rôle du système du franc CFA en Afrique en tant que structure de son empire colonial encore survivant en Afrique. Nous montrons que le système du franc CFA constitue un type unique d’impérialisme utilisé par la France pour conserver son statut de puissance hégémonique dans un système mondial dominé par les États-Unis. Ce type unique d’impérialisme est lui-même déterminé par la domination historique du capital bancaire français et son évolution moderne vers le capital financier.
Au stade de l'impérialisme où la branche financière de la bourgeoisie obtient une domination totale sur l'État français, la plus-value est obtenue moins en augmentant la capacité productive de son économie en raison de la composition organique croissante du capital, mais plutôt en capturant la plus-value par des relations purement financières et entre créancier et débiteur. Le système du franc CFA a été mis en place comme un outil pour maintenir les capacités industrielles en déclin d’après-guerre de la France dans sa concurrence contre des économies capitalistes plus productives, et pour siphonner la valeur de ses anciennes colonies. En ce qui concerne le capital industriel, le système CFA fournit à l'économie française des matières premières bon marché pour la production de biens de consommation, industriels et militaires, mais il offre également au capital industriel un marché où il est le seul monopole et peut vendre des biens à des prix supérieurs à ceux du marché mondial. Pour le capital bancaire, le système du franc CFA permet un contrôle total des flux de capitaux dans ces régions et une manipulation des taux de change afin de contrôler l'inflation française en limitant la demande dans les pays de la zone franc CFA. Le franc CFA est devenu un outil pour l’ensemble de l’État bourgeois et de la bourgeoisie financière.
Traduction Bernard Tornare
Notes:
[1] Fanny Pigeaud, Ndongo Samba Sylla, and William Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency: The CFA Franc Story, (London: Pluto, 2021), 20.
[2] Michael T Hadjimichael and Michel Galy, “The CFA Franc Zone and the EMU” (working paper, African Department, International Monetary Fund, 1997), 7.
[3] Karl Marx, Capital, vol. 1 (London: Penguin Classics, 1992), 874.
[4] Richard J. Reid, A History of Modern Africa: 1800 to the Present (Hoboken: Wiley Blackwell, 2019), 151.
[5] B. F. Howard, “Some Notes on the Cinchona Industry,” Chemical News (1931): 129—33; Gerald S. Graham, “The Ascendancy of the Sailing Ship 1850—85,” Economic History Review 9, no. 1 (1956): 87—88.
[6] Claude Serfati, “Imperialism in Context: The Case of France,” Historical Materialism 23, no. 2 (June 2015): 56.
[7] Angus Maddison, Monitoring the World Economy 1820—1992, (Washington, D.C.: Development Centre Studies, Organization for Economic Cooperation and Development, 1995), 65.
[8] Serfati, “Imperialism in Context,” 59; V. I. Lenin, Imperialism: Highest Stage of Capitalism (New York: Dover, 1987), 73.
[9] H. R. Tate, “The French Colonial Empire,” Journal of the Royal African Society 39, no. 157 (1940): 322—30; Dauda Yillah, “The Predatory Economics of Imperialism and Neo-Imperialism: Some Post-War Metropolitan French Intellectual Perspectives,” Forum for Modern Language Studies 53, no. 4 (2017): 484.
[10] Lenin, Imperialism, 114.
[11] Serfati, “Imperialism in Context,” 69—70.
[12] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 11.
[13] Xavier Renou, “A New French Policy for Africa?,” Journal of Contemporary African Studies 20, no. 1 (2002): 6.
[14] Ndongo Samba Sylla, “Fighting Monetary Colonialism in Francophone Africa: Samir Amin’s Contribution,” Review of African Political Economy 48, no. 167 (2021): 32—49.
[15] Serfati, “Imperialism in Context,” 73.
[16] ASSANVO K. M. Newson Mian., “Démocratie Africaine et Impéria- Lisme Occidental (1ère Partie) : Crise de La Démocratie En Afrique,” Rev Iv Hist., no. 19 (2011): 73—75.; Jeanny Lorgeoux and Jean Marie Bockel, L’Afrique Est Notre Avenir (rapport d’information no. 104, session ordinaire de sénat 2013—14, Paris, 2013), 237.
[17] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 21.
[18] Anne Marie Gulde and Charalambos Tsangarides, “The CFA Franc Zone: Common Currency, Uncommon Challenges” (International Monetary Fund, 2008).
[19] “The CFA Franc: French Monetary Imperialism in Africa,” London School of Economics (blog), July 12, 2017.
[20] Kai Koddenbrock and Ndongo Samba Sylla, “Towards a Political Economy of Monetary Dependency: The Case of the CFA Franc in West Africa” (MaxPo Discussion Paper, no. 19/2, Max Planck Sciences Po Center on Coping with Instability in Market Societies, Paris, 2019), 10.
[21] République Française, “Loi no. 2017—1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 (1)”, 2017—1837 § (2017).
[22] Koddenbrock and Sylla, “Towards a Political Economy of Monetary Dependency,” 10.
[23] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 21.
[24] International Monetary, “West African Economic and Monetary Union (WAEMU): Common Policies for Member Countries—Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for the WAEMU,” International Monetary Fund, Country Reports 2018/106 (Washington, D. C.: International Monetary Fund, 2018), 34.
[25] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 33—34.
[26] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, 12.
[27] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, 13—14.
[28] Rémi Godeau, Le franc CFA: pourquoi la dévaluation de 1994 a tout changé (Saint-Maur France: Editions Sépia, 1995), 35.
[29] Here, the value of the U.S. dollar in 1939 is used. United Nations Department of Economics Affairs, World Economic Report 1948 (Lake Success, NY: United Nations, 1949), 156.
[30] K. E. R., “Economic Development in French West Africa,” World Today 6, no. 12 (1950): 538.
[31] Olivier Feiertag and Jean-Noël Jeanneney, Wilfrid Baumgartner: Un grand commis des finances à la croisée des pouvoirs (Paris: Institut de la gestion publique et du développement économique, 2013), 555—96.
[32] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 67.
[33] Radhika Desai, Capitalism, Coronavirus and War: A Geopolitical Economy (London: Routledge, 2022), 94—96.
[34] Sheldon Gellar, Senegal: An African Nation Between Islam and the West, 2nd ed. (Oxford: Westview, 1995), 63—64.
[35] Stephen R. Weissman, “Structural Adjustment in Africa: Insights from the Experiences of Ghana and Senegal,” World Development 18, no. 12 (990): 1624; “Total Debt Service (percent of GNI)—Senegal,” World Bank 2021.
[36] Bruno Coquet and Jean-Marc Daniel, “Perspective Historique,” Politique Africaine, no. 54 (1994): 11—18.
[37] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 66—67.
[38] Utsa Patnaik and Prabhat Patnaik, Capital and Imperialism: Theory, History, and the Present (New York: Monthly Review Press, 2021), 78—80.
[39] François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la Mafiafrique, 1st ed. (France: Tribord, 2005), 10.
[40] Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa (Baltimore: Black Classic Press, 2011), 13—14.
[41] Domenico Losurdo, Class Struggle (New York: Palgrave Macmillan, 2016), 14.
[42] Federico Tadei, “Measuring Extractive Institutions: Colonial Trade and Price Gaps in French Africa,” European Review of Economic History 24, no. 1 (202): 1—23; Alexander J. Yeats, “Do African Countries Pay More for Imports? Yes,” World Bank Economic Review 4, no. 1 (1990): 1—20.
[43] Serfati, “Imperialism in Context,” 72.
[44] Rémy Herrera, “À qui profite le franc CFA?,” AfriqueXXI, June 3, 2022.
[45] Sam Gindin and Leo Panitch, The Making of Global Capitalism: The Political Economy Of American Empire (London: Verso, 2013).
[46] Sebastian Dullien, “Central Banking, Financial Institutions and Credit Creation in Developing Countries” (discussion paper no. 193, United Nations Conference on Trade and Development, Geneva, 2009.
[47] “The CFA Franc,” 2.
[48] Herrera, “À Qui Profite Le Franc CFA?”
[49] “Leading Bilateral Creditors to African Economies in 2019,” March 2021, statista.com.
[50] “International Debt Statistics 2022,” International Debt Report, World Bank.
[51] Prêts pour l’Afrique d’aujourd’hui? (Paris: Institut Montaigne, 2017), 98.
[52] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 88.
[53] Herrera, “À Qui Profite Le Franc CFA?”
[54] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 89.
[55] Aloyslus Ajab Amin, “Long-Term Growth in the CFA Franc Zone Countries,” Research in Progress (Helsinki: United Nations University World Institute for Development Economics Research, 2000), 14.
[56] Demba Moussa Dembélé, “Le franc CFA en sursis,” Le monde diplomatique, July 1, 2010, 12; Nicolas Agbohou, “Le Franc CFA et Le Développement De L’Afrique” (2011), slide 19.
[57] Jean-Marie Gankou Fowagap, Marius Bendoma, and Moussé Ndoye Sow, “The Institutional Environment and the Link Between Capital Flows and Capital Flight in Cameroon,” African Development Review 28, S1 (2016): 65—87; “Entre 47% et 62% de chaque franc CFA qui entre sous forme de dette extérieure au Cameroun est rapatrié sous forme de fuite de capitaux,” Investir au Cameroun, January 7, 2019.
[58] Léonce Ndikumana and James K. Boyce, La dette odieuse de l’Afrique: Comment l’endettement et la fuite des capitaux ont saigné un continent (Dakar: Amalion Publishing, 2013), 90—91.
[59] Pigeaud, Sylla, and Mitchell, Africa’s Last Colonial Currency, 91.
[60] Janvier D. Nkurunziza, “Capital Flight and Poverty Reduction in Africa,” in Capital Flight from Africa: Causes, Effects, and Policy Issues, ed. S. Ibi Ajayi and Léonce Ndikumana (Oxford: Oxford University Press, 2014), 81—110.
[61] Assanvo, “Démocratie Africaine et Impérialisme Occidental.”
[62] Francisco J. Pérez, “An Enduring Neocolonial Alliance: A History of the CFA Franc,” American Journal of Economics and Sociology 81, no. 5 (2022): 851—87.
Chen Zhang est doctorant à l'École des langues étrangères de l'Université de Pékin, en République populaire de Chine.
Maxence Poulin est doctorant au Département de science politique de l'Université du Québec, Montréal, Canada.
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