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Les BRICS peuvent-ils triompher du FMI et de la Banque mondiale ?

par Bernard Tornare 17 Avril 2023, 19:37

 Les BRICS peuvent-ils triompher du FMI et de la Banque mondiale ?
Par Ramzy Baroud

 

Qui aurait pu penser que les nations BRICS pourraient devenir les rivales potentielles des pays du G7, de la Banque mondiale et du FMI réunis ? Pourtant, cette possibilité qui semblait autrefois lointaine a aujourd'hui des perspectives réelles qui pourraient modifier l'équilibre politique mondial.

 

BRICS est un acronyme pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Il aurait été inventé par l'économiste en chef de Goldman Sachs en 2001 pour désigner les économies émergentes du monde. Il était alors connu sous le nom de BRIC, le "S" ayant été ajouté plus tard, lorsque l'Afrique du Sud a officiellement rejoint le groupe en 2010.

 

Le premier sommet officiel du BRIC a eu lieu en 2009. À l'époque, la discussion paraissait largement abstraite. Toutefois, ce n'est qu'en 2014 que les BRICS ont commencé à prendre des mesures sérieuses en vue d'une plus grande intégration, lorsque l'alliance naissante, qui comprend désormais l'Afrique du Sud, a lancé la Nouvelle banque de développement avec un capital de départ de 50 milliards de dollars. Cette décision signifiait que le groupe était dorénavant prêt à prendre ses premières mesures pratiques pour contester la domination de l'Occident sur les institutions monétaires internationales, à savoir la Banque mondiale et le FMI.

 

Le conflit géopolitique mondial résultant de la guerre entre la Russie et l'Ukraine s'est cependant avéré être la force motrice de l'expansion massive en cours au sein des BRICS, d'autant plus que des pays financièrement puissants ont commencé à montrer de l'intérêt pour l'initiative. Il s'agit notamment de l'Argentine, des Émirats arabes unis, du Mexique, de l'Algérie et, surtout, de l'Arabie saoudite.

 

Des rapports financiers récents suggèrent que les BRICS constituent déjà le plus grand bloc de produit intérieur brut (PIB) au monde, puisqu'ils contribuent actuellement à hauteur de 31,5 % au PIB mondial, devant le G7, qui y contribue à hauteur de 30,7 %.

 

L'une des plus grandes opportunités et l'un des plus grands défis auxquels les BRICS sont confrontés aujourd'hui est leur capacité à élargir leur base de membres tout en maintenant leur croissance actuelle. Il est particulièrement important d'aider les nouveaux membres à conserver leur indépendance économique et politique.

 

Le FMI et la Banque mondiale sont connus pour subordonner leur soutien monétaire aux pays, en particulier ceux du Sud, à des conditions politiques. Cette position est souvent justifiée sous le couvert des droits de l'homme et de la démocratie, alors qu'elle est entièrement liée à la privatisation et à l'ouverture des marchés aux investisseurs étrangers, c'est-à-dire aux entreprises occidentales.

 

En se renforçant, les BRICS auront la possibilité d'aider les pays les plus pauvres sans pour autant imposer un agenda politique égoïste ou manipuler et contrôler indirectement les économies locales.

 

Tandis que l'inflation frappe de nombreux pays occidentaux, entraînant un ralentissement de la croissance économique et des troubles sociaux, les nations du Sud en profitent pour développer leur propre alternative économique. Cela signifie que des groupes comme les BRICS cesseront d'être des institutions exclusivement économiques. La lutte est désormais très politique.

 

Pendant des décennies, la principale arme des États-Unis a été le dollar qui, avec le temps, a cessé d'être une monnaie normale en soi pour devenir une véritable marchandise. Des guerres ont été menées pour s'assurer que des pays comme l'Irak et la Libye restent attachés au dollar. Après l'invasion américaine de l'Irak en mars 2003, Bagdad a recommencé à vendre son pétrole en dollars américains. Cette lutte pour la domination du dollar a également été douloureusement ressentie au Venezuela, qui possède la plus grande réserve de pétrole au monde, mais qui a été réduit à une pauvreté abjecte pour avoir tenté de contester la suprématie de la monnaie de Washington.

 

Bien que cela prenne du temps, le processus de réduction de la dépendance à l'égard des dollars américains bat son plein.

 

Le 30 mars, le Brésil et la Chine ont annoncé la conclusion d'un accord commercial qui leur permettrait d'utiliser les monnaies nationales des deux pays, respectivement le yuan et le réal. Cette mesure sera lourde de conséquences, car elle encouragera d'autres pays d'Amérique du Sud à faire de même. Mais cette initiative n'était pas la première et ne sera pas la dernière du genre.

 

L'une des principales décisions prises par les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) à l'issue de leur réunion des 30 et 31 mars en Indonésie est de réduire leur dépendance à l'égard du dollar américain. Ils ont convenu de "renforcer la résilience financière [...] par l'utilisation de monnaies locales pour soutenir le commerce et les investissements transfrontaliers dans la région de l'ANASE". Cela aussi change la donne.

 

Les pays du BRICS, en particulier, mènent la charge et sont prêts à jouer un rôle de facilitateur dans la réorganisation de la carte économique et financière du monde.

 

Alors que l'Occident s'efforce de maintenir ses propres économies à flot, il se méfie des changements en cours dans le Sud. Washington et les autres capitales occidentales sont inquiètes. Elles devraient l'être.

 

À la suite d'une réunion entre le président américain Joe Biden et 40 dirigeants africains à la Maison Blanche en décembre dernier, il est apparu clairement que les pays africains ne souhaitaient pas prendre parti dans la guerre en cours en Ukraine. Par conséquent, la vice-présidente américaine Kamala Harris s'est envolée pour l'Afrique le 26 mars afin de rencontrer les dirigeants africains dans le seul but de les éloigner de la Chine et de la Russie. Cet effort est probablement voué à l'échec.

 

La conférence de presse entre Mme Harris et le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, le 28 mars, illustre parfaitement le refus de l'Afrique d'abandonner sa neutralité. "Il y a peut-être une obsession en Amérique à propos des activités chinoises sur le continent, mais il n'y a pas d'obsession ici", a déclaré M. Akufo-Addo aux journalistes.

 

Affirmer que les BRICS sont un groupe purement économique revient à ignorer une grande partie de l'histoire. Le calendrier de l'expansion des BRICS, le discours politique sévère de ses membres, de ses membres potentiels et de ses alliés, les visites répétées de hauts diplomates russes et chinois en Afrique et dans d'autres régions du Sud, etc. indiquent que les BRICS sont devenus la nouvelle plateforme du Sud pour la géopolitique, l'économie et la diplomatie.

 

Plus les BRICS connaîtront de succès, plus l'hégémonie occidentale sur le Sud s'affaiblira. Bien que certains politiciens et médias occidentaux insistent pour minimiser le rôle des BRICS dans l'élaboration du nouvel ordre mondial, le changement semble être réel et irréversible.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

 Les BRICS peuvent-ils triompher du FMI et de la Banque mondiale ?

Le Dr Ramzy Baroud est journaliste et rédacteur en chef de The Palestine Chronicle. Il est l'auteur de six livres. Son dernier livre, co-édité avec Ilan Pappé, est Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out. Il est chercheur principal non résident au Centre pour l'islam et les affaires mondiales (CIGA).

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