Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'effet placebo

par Bernard Tornare 20 Novembre 2022, 17:45

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Par Carolina Vásquez Araya

 

Les phénomènes collectifs tendent à créer l'illusion d'une réalité parallèle. 

 

Alors que le bruit médiatique est monté en puissance pour focaliser l'attention sur la Coupe du monde au Qatar, les véritables problèmes qui affligent la plupart des 8 milliards d'êtres humains qui peuplent - pour le meilleur ou pour le pire - cette planète, sont dissimulés derrière une façade d'enthousiasme pour un spectacle dont les ombres sombres s'estompent dès que retentit le premier coup d'envoi. Des milliers de pages ont déjà été écrites sur la façon dont ce petit émirat, dirigé d'une main de fer par la famille Al Thani, a pu accueillir la Coupe du monde, non seulement sur les procédures opaques du processus, mais aussi sur les violations des droits humains de milliers de migrants qui ont été exploités dans la construction des luxueuses infrastructures.

 

L'enthousiasme des supporters de football, qui capte l'attention de millions de fanatiques du ballon rond ainsi que celle des médias internationaux, a laissé dans l'ombre une question cruciale liée à la région : les conclusions de la COP28, qui s'est tenue à Sharm El Sheikh en novembre dernier. Selon Simon Stiell, secrétaire exécutif des Nations unies pour le changement climatique, "ce résultat nous fait avancer, c'est un résultat historique qui profite aux plus vulnérables dans le monde. Nous avons déterminé la voie à suivre dans le cadre d'une conversation qui dure depuis des décennies sur le financement des pertes et des dommages, en délibérant sur la manière de traiter les impacts sur les communautés dont les vies et les moyens de subsistance ont été ruinés par les pires effets du changement climatique".

 

Si ces mots sonnent comme une promesse, la réalité est que l'ONU n'a non seulement pas le pouvoir de faire face aux pressions du monde des affaires, dont le pouvoir est encore plus grand que celui des États qui la composent, mais qu'elle dépend financièrement des pays super-industrialisés qui sont, en particulier, les plus gros émetteurs de CO2 au monde et dont le système productif serait gravement affecté par les énormes investissements nécessaires pour adapter leurs méthodes afin de réduire leur empreinte carbone. À cet obstacle s'ajoute une culture de consommation extrême et inutile - transformée en signe de progrès - dans ces mêmes pays développés et dans les pays émergents qui cherchent à imiter le stéréotype.

 

Il suffit de jeter un coup d'œil à la presse internationale sur toutes ses plateformes pour se rendre compte de l'impact énorme que cet effet placebo - la Coupe du monde au Qatar - a sur des millions d'êtres humains capables de se plonger dans la fantaisie et d'oublier tout ce qui a mis leur survie en danger. En ce sens, il n'y a pas seulement la menace d'une conflagration mondiale, produit de la guerre des intérêts géopolitiques-corporatifs, mais aussi la fausseté des promesses vides des gouvernements concernant leurs politiques en matière de changement climatique.

 

Alors que de larges pans de la population mondiale n'ont pas les moyens de subsistance et sombrent dans la pauvreté et la faim, on observe avec une admiration discutable la concentration obscène du pouvoir de quelques privilégiés qui, avec une infime partie de leur fortune, auraient le pouvoir d'apaiser la misère de ceux qui ont tout perdu dans ce système prédateur. Le fantasme mondialiste ne durera toutefois pas assez longtemps et le choc inévitable avec la réalité du changement climatique, l'aggravation de la pauvreté et le défi de la survie finira par l'emporter.

 

Le réveil est inévitable et nous oblige à rester lucides dans un monde déséquilibré.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page