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Le pouvoir de la parole

par Bernard Tornare 10 Juillet 2022, 18:09

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Par Carolina Vásquez Araya

 

L'écrit, un outil puissant capable de transformer la réalité.

 

Le mot - cette courte chaîne de lettres qui façonne la pensée - est le fondement sur lequel repose toute la civilisation.  Et tout comme elle peut jeter des ponts entre des communautés de cultures différentes, elle peut aussi devenir l'outil permettant de détruire les bases d'une société. Pour la presse, comme pour la littérature ou la poésie, le mot est la vie elle-même.  Sans conditions, sans limites autres que celles de l'éthique et de la raison, la parole est le vecteur d'information de la société et, surtout, le moyen d'exprimer des idées et de communiquer avec d'autres êtres humains.

 

C'est pourquoi il est si dangereux lorsqu'il est utilisé comme une arme offensive pour déformer la vérité, pour induire la tromperie et comme un puissant outil de manipulation, une stratégie particulièrement néfaste et dangereuse dans les sociétés plongées dans un silence imposé par la force des armes et le caprice des dictateurs.  Car après un emprisonnement politique prolongé - presque une condamnation à mort pour toute expression libre - lorsqu'une lueur de liberté commence enfin à apparaître, l'abus et la déformation du message peuvent construire un mur là où le précédent avait déjà été abattu, condamnant la société à un silence encore plus sinistre et injuste. 

 

La manipulation par le discours est un affront aux droits de l'homme, mais aussi un recul sur la voie de la connaissance et de la compréhension des forces qui définissent les sociétés. La règle de la vérité, cette valeur insaisissable dont l'existence dépend de la volonté et de l'éthique, est une pierre angulaire pour la construction d'un cadre de droit et de justice, précisément le jalon où se concentrent les plus grandes attaques contre la liberté et le respect des droits de l'homme.

 

Il s'agit d'un péché contre l'humanité aux dimensions incalculables, compte tenu des dommages qu'il cause à un processus démocratique, dont la solidité ne nécessite qu'une étincelle irresponsable pour être brisée. Le mot semble anodin, mais il ne l'est pas.  Il pénètre la conscience des gens, leur fait éprouver des réactions différentes, les engage à prendre des décisions et à agir en fonction des idées qu'il véhicule.  C'est pourquoi il est si tentant de tenir les rênes de ce pouvoir - des médias de masse ou des différentes plateformes politiques - dont l'impact sur le collectif a la capacité de changer le cours de l'histoire. 

 

L'histoire nous a appris avec une particulière abondance comment un discours puissant et habile a le pouvoir de transformer la pensée de tout un peuple en faisant appel à ses impulsions fondamentales, en tirant parti de ses lacunes et en le conduisant à l'action. La légitimité de cet appel - pour autant que le pouvoir de ce mot ait une valeur positive - réside dans l'intention qui sous-tend cet appel. Dans le passé, comme dans le monde qui nous entoure aujourd'hui, nous sommes toujours dépendants de ce que les autres nous communiquent. On peut dire que sous le flux de la parole, écrite ou parlée, se cache le besoin d'y croire. Par conséquent, dépourvus de ressources infaillibles pour distinguer le vrai du faux, nous sommes une masse malléable pour ceux qui contrôlent l'information et possèdent les plateformes à partir desquelles elle est transmise au monde. 

 

Le pouvoir du discours a un fort impact sur la pensée des gens.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

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