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Elections au Venezuela : un tournant

par Bernard Tornare 19 Novembre 2021, 17:15

Elections au Venezuela : un tournant
Par Victoria Torres


Le dimanche 21 novembre, des élections régionales et municipales auront lieu au Venezuela. Qualifiées de "méga-élections" par la presse, elles permettront de briguer 3 082 postes gouvernementaux dans tout le pays, dont 23 postes de gouverneur, 335 postes de maire, 253 postes de législateur régional et 2 471 postes de conseiller local. Il s'agira de la 27e élection organisée dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir du chavisme il y a vingt-trois ans.

 

Au total, 70 244 candidats seront en lice, ce qui donne une moyenne de 23 candidats par siège. Les dernières élections de cette ampleur, combinant les niveaux régional et municipal, ont eu lieu il y a treize ans. Les résultats marqueront sans doute, pour les années à venir, la géométrie d'un pouvoir institutionnel corrodé.

 

Cependant, l'élément le plus important de ces élections n'est pas leur volume, mais le fait qu'il s'agira des premières élections depuis 2017 auxquelles participeront les factions les plus radicalisées de l'opposition, noyautées dans le dénommé G4 - désormais Plataforma Unitaria. Il s'agit donc des premières élections, après un mépris institutionnel systématique de ces forces, dans lesquelles les acteurs les plus importants de la vie politique vénézuélienne s'affronteront. Sans aucun doute, le résultat de ces élections ouvrira une nouvelle étape, pleine de questions pour le pays.

 

Le passage d'une rhétorique enflammée marquée par l'exigence de la "fin de l'usurpation" à l'acceptation du dialogue et de la participation aux élections a été un chemin sinueux. Depuis plusieurs années, différents mécanismes de dialogue ont été expérimentés afin de pousser l'opposition vers la reconnaissance institutionnelle et la compétition démocratique. On a ainsi tenté de réduire le poids des sanctions unilatérales - diplomatiques et économiques - qui pèsent sur le pays. Il s'agit de mesures coercitives unilatérales qui, selon les mots de Benigno Alarcón Deza - directeur du média d'opposition Politikaucab - sont à la fois le point principal des revendications du chavisme et "la pression la plus importante sur le gouvernement et le seul point d'appui ".

 

En mai de cette année, le gouvernement a lancé un processus de renouvellement du Conseil national électoral (CNE), l'organe suprême du pouvoir électoral, l'une des cinq branches du gouvernement de la République bolivarienne. Ce renouvellement s'inscrivait dans le cadre d'un accord entre le parti au pouvoir et l'opposition - tant dans sa variante parlementaire que dans les associations de la "société civile" - qui a modifié la structure de direction de l'organe plénier : deux représentants de l'opposition sur un total de cinq membres ont été incorporés.

 

Puis, en août, un nouveau cycle de négociations a débuté entre le gouvernement et une partie de l'opposition, qui refusait de participer aux élections et de reconnaître Nicolás Maduro comme le président légitimement élu. Ces négociations ont eu lieu au Mexique avec la bénédiction du gouvernement d'Andrés Manuel López Obrador, et ont été médiatisées par le Royaume de Norvège, accompagnées par le Royaume des Pays-Bas du côté de l'opposition, et la Fédération de Russie du côté du parti au pouvoir. Il s'agissait de la cinquième tentative du gouvernement en dehors du Venezuela pour établir un dialogue en vue d'un accord, dans le but de parvenir à une entente qui permettrait de sortir du conflit et du siège que subit le pays depuis des années.

 

Toutefois, contrairement aux tentatives précédentes, un protocole d'accord a été signé entre les deux parties dans le cadre de ce processus de dialogue. Sept points ont été convenus : droits politiques pour tous ; garanties électorales ; levée des "sanctions" ; respect de l'État de droit ; coexistence politique et sociale ; protection de l'économie nationale ; garanties pour la mise en œuvre et le suivi des accords.

 

Ces élections s'inscrivent dans le cadre d'un changement de stratégie des factions les plus radicales de l'opposition, qui avaient parié ces dernières années sur un "changement de régime" en désavouant Maduro et en créant un cadre institutionnel parallèle visant à destituer le gouvernement. Cette stratégie, avec la création d'un gouvernement parallèle dirigé par Guaidó, est celle qui est entrée en crise.

 

Ainsi, les principaux acteurs de l'arène politique participeront aux prochaines élections. D'un côté, il y a le PSUV, qui vient de tenir des élections internes dans lesquelles il a renouvelé une bonne partie de ses candidats, avec les forces alliées du Grand Pôle Patriotique (Gran Polo Patriotico). De l'autre côté se trouve la Plataforma Unitaria, qui rassemble un groupe de partis de droite dirigés par Guaidó. Ils sont rejoints par l'Alliance démocratique, une coalition d'opposition qui a participé aux élections et dispose d'une représentation institutionnelle, et l'Alternative populaire révolutionnaire (APR), une coalition politique de gauche opposée à l'administration de Nicolás Maduro. Enfin, il existe une douzaine de partis régionaux et/ou municipaux.

 

Le processus électoral sera observé par plus de 300 observateurs internationaux. L'Union européenne a envoyé près de 100 observateurs, après avoir décliné les invitations à le faire depuis les élections de 2006. Un certain nombre d'organismes multilatéraux y participeront également, dont les Nations unies, le prestigieux Centre Carter et le Conseil des experts électoraux latino-américains (CEELA), ainsi que des dizaines de journalistes, d'experts électoraux, de politiciens et d'universitaires. Tout au long du processus électoral, 16 audits des différentes composantes du système seront réalisés. Ainsi, comme le souligne Pedro Calzadilla, président du Conseil national électoral, il s'agira des élections les plus contrôlées au monde.

 

L'une des principales questions de ces élections tournera autour du niveau de l'abstention électorale, qui est en hausse ces dernières années. Lors des élections législatives de fin 2020, le taux de participation n'a atteint que 31 % des listes électorales. L'opposition, qui n'avait pas participé aux élections, a fait valoir que l'abstention était un rejet virtuel du gouvernement et un soutien à sa force. Entre-temps, le gouvernement a attribué le faible taux de participation à l'absence d'une opposition compétitive sur le plan électoral et aux effets de Covid. Ce qui est certain, c'est que ces élections seront un véritable test pour toutes les forces politiques du pays.

 

Quels que soient les résultats, les élections du 21 novembre constitueront un tournant dans le panorama politique mouvementé du Venezuela, inscrit qu'il est dans un panorama latino-américain agité, marqué par de fortes contestations géopolitiques et par des projets qui, à gauche comme à droite, ont de sérieuses difficultés à s'imposer de manière hégémonique. Il reste à voir si les forces populaires vénézuéliennes parviennent, dans ce contexte renouvelé, à relancer la voie des transformations qui ont marqué l'horizon du changement dans le pays pendant la première décennie et demie de ce siècle, sous l'idéologie du socialisme du XXIe siècle. Ou si, au contraire, nous assistons à une normalisation libérale progressive dans un pays profondément meurtri, puni pour le sacrilège d'avoir opté pour une voie différente de celle stipulée par la normalité capitaliste.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

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