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L'Amérique latine, au-delà de l'Occident

par Bernard Tornare 23 Janvier 2019, 23:15

Illustration: Parc de l'Amérique latine, Québec

Illustration: Parc de l'Amérique latine, Québec

Par Alfredo Serrano

 

Le monde bouge sur le plan géo-économique et nous ne le mesurons toujours pas assez. On n'arrête pas de regarder les mêmes pôles en pensant qu'ils sont les seuls. Personne ne doute que les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon forment toujours un triangle économique clé, mais ce n'est pas le seul espace qui existe. Grâce au poids croissant des pays émergents, du BRICS, l'angle de la caméra s'est un peu plus ouvert. Cependant, malgré cela, il y a encore beaucoup plus derrière ce mur construit par les centres conventionnels de pouvoir économique. 

 

Il est vrai que l'économie mondiale ne traverse pas son meilleur moment. Le taux de croissance du PIB mondial projeté, par exemple, par l'OCDE pour les deux prochaines années est de 3,5%. La productivité est à la baisse, tout comme le commerce. L'économie réelle ne décolle pas, ce qui rend difficile pour les économies latino-américaines de faire face au scénario. Mais si la région insiste pour essayer seulement avec les blocs économiques habituels, l'objectif deviendra encore plus complexe. Ce n'est pas le moment de s'arrêter de se référer à l'autre grand champ de possibilités qui existe au-delà de l'ordre économique et financier dominant. 

 

Ne pas réaliser l'importance économique de l'Indonésie, de la Malaisie, du Vietnam, de la Corée du Sud, de la Turquie, de l'Iran, du Nigeria, de l'Egypte ou du Cambodge, et de tant d'autres pays, serait une erreur stratégique en termes géo-économiques. La Chine a pris conscience de ce phénomène il y a plus d'une décennie et a agi en conséquence en diversifiant ses relations économiques en accordant une plus grande priorité à ce nouveau monde en vue. L'Amérique latine doit le faire le plus rapidement possible afin de construire une alternative à la seule alternative offerte par les pays centraux traditionnels, qui repose sur une dette extérieure croissante sans réactivation productive. Si l'on n'évite pas à temps le débordement de la dette extérieure provoqué par le grand boom de d'impressions de la dernière décennie (10 milliards émis par les États-Unis, l'Union européenne, l'Angleterre et le Japon), la région sera liée par les pieds et les mains, condamnant un modèle de développement fortement financé, sans économie réelle, sans demande intérieure, et fortement dépendant. 

 

L'autre groupe de pays mentionnés est en phase d'expansion, ce qui devrait être l'occasion d'une nouvelle insertion stratégique et efficace à laquelle les pays d'Amérique latine devraient aspirer. De tous les pays, l'Indonésie est le plus important, comme l'indique le dernier rapport de l'OCDE. L'an dernier, l'Indonésie se classait au 16e rang mondial en termes de taille du PIB et au 7e rang mondial si son PIB est ajusté en fonction de la parité du pouvoir d'achat, selon les données de la Banque mondiale, et selon les projections de l'OCDE, elle sera la quatrième économie mondiale d'ici 2060. Et malgré cette importance, les relations commerciales entre l'Amérique latine et les Caraïbes et ce pays sont négligeables (sur le total des importations de la région en 2017, seulement 0,3% provenaient d'Indonésie).

 

Mais ce n'est pas la seule économie à prendre en compte dans la nouvelle carte géo-économique à laquelle s'appliquer. Par exemple, la Malaisie est aujourd'hui sur le point de devenir un pays à revenu élevé (27e au classement des économies mondiales, avec une croissance prévue de 5,5% d'ici 2018) ; le Vietnam a atteint un taux de croissance moyen de 6,4% sur la période 1985-2015 ; La Corée du Sud se classe au 12e rang mondial pour l'importance économique et au 6e rang pour les exportations ; la Turquie se classe au 18e rang mondial pour son PIB (en 2017, son PIB a augmenté de 7,4 %) ; le Nigeria a connu une croissance économique moyenne de 7 % au cours de la dernière décennie ; l'Égypte progresse à un taux de 5 % ; le Cambodge a connu une croissance constante de 7 % au cours des trois dernières années. 

 

Ce sont là des données qui confirment qu'il existe un autre monde que l'Occident et que nous ne nous tournons pas vers lui. Ces pays sont en phase d'expansion et de croissance, et ont un avantage fondamental : ce sont des économies encore à développer, et il est donc plus facile de trouver avec eux une complémentarité plus symétrique en termes de production, de commerce et de financement. Ils représentent des alliés économiques potentiels dont la taille et le développement présentent de plus grandes similitudes, ce qui permet d'élaborer des feuilles de route spécifiques afin que les deux parties puissent gagner, c'est-à-dire sur une base d'échange moins inégale, sans que l'une ne domine ou ne domine l'autre de trop près.

 

Le nouveau paradigme gagnant-gagnant des relations économiques internationales pour l'Amérique latine réside dans cet autre univers naissant à explorer, sans que cela signifie que la relation avec le BRICS ou avec le reste des économies centrales soit abandonnée. 

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 


Alfredo Serrano est titulaire de l'Université Laval (Canada). Directeur du Centre stratégique géopolitique latino-américain. Professeur d'université de troisième cycle à la FLACSO (Équateur), à l'Université Andina et à l'UMSA (Bolivie), à ​​l'Université Hermosillo et à l'UNAM (Mexique), à ​​l'Université Pablo de Olavide de Séville (Espagne) et à l'Université Santa Marta (Colombie).
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