Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Amérique latine: la droite réécrit l'histoire

par Bernard Tornare 29 Avril 2018, 18:35

Amérique latine: la droite réécrit l'histoire
Par Emir Sader

 

Quand on en peut pas effacer l'histoire, il faut la réécrire en lui donnant un sens radicalement opposé à celui qu'elle a eu dans la réalité. C'est ce que cherche à faire la droite latino-américaine concernant les Gouvernements progressistes du continent.

 

Après l'euphorie de la proposition néolibérale qui résoudrait tous les problèmes de nos pays en réduisant l'Etat à sa plus faible expression, en promouvant le dynamisme du marché, est venue la dépression par épuisement prématuré du modèle. On ne peut mettre en doute le succès des Gouvernements anti-néolibéraux, alors, il faut effacer cet épisode de l'histoire, discréditer les personnages et faire comme s'ils n'avaient pas existé. C'est nécessaire pour que l'histoire (ou, encore mieux, la fin de l'histoire) suive son cours, pour que a pensée unique impose de nouveau ses vérités indiscutables et que le Consensus de Washington renforce son caractère consensuel.

 

C'est nécessaire pour que les Gouvernements puissent appliquer les mêmes schémas que ceux qui ont échoué, plusieurs années plus tard, comme si rien ne s'était passé, en mettant la faute de leur nouvel échec sur les Gouvernements antérieurs qui n'ont servi qu'à cela, à faire dévier l'économie du bon chemin.

 

L'histoire était déjà finie. Il ne restait que l'insistance de certains dirigeants à chercher à la rouvrir en cherchant des voies impossibles, à contre-courant. En voulant distribuer le revenu alors que ce dont il s'agit dans le néolibéralisme, c'est de la concentrer. En élargissant le marché interne de consommation du peuple alors que ce dont il s'agit, c'est de le réduire. En pratiquant des politiques extérieures souveraines alors que ce dont il s'agit, c'est d'être subordonnés. Restaurer le rôle actif de l'Etat alors que ce dont il s'agit, c'est de le réduire à sa plus simple expression.

 

Enfin, tout ce qui s'est passé pendant ce siècle dans certains pays d'Amérique Latine a été simplement un malentendu, une parenthèse d'erreurs sur la voie inexorable de économie mondiale. Ce dont il s'agit, alors, ce n'est pas seulement de reprendre la bonne voie mais aussi d'éliminer tous les indices de ces tentatives anti-néolibérales pour que personne ne se fasse plus d'illusions et en cherche à contredire le Consensus de Washington et ne viole la pensée unique.

 

Il ne s'est rien passé au Venezuela d'Hugo Chávez. Seulement l'utilisation du prix élevé du pétrole pour enrichir de façon exorbitante des fonctionnaires du Gouvernement et se faire des alliés extérieurs en échange de pétrole.

 

Il ne s'est rein passé au Brésil sauf le gaspillage des ressources publiques pour distribuer une rente contraire à la recherche de la compétitivité. Il ne s'est rien passé en Argentine sauf la même chose qu'au Brésil. La Bolivie aurait été la même à l'époque de Sánchez de Losada et à l'époque d'Evo, sauf en ce qui concerne la propagande gouvernementale. L'Equateur continue à être le même que toujours malgré le Gouvernement de Rafael Correa.

 

Le caractère de ces Gouvernements ne se discute pas, on ne les compare pas avec d'autres parce que la discussion serait très difficile. Il s'agit alors de discréditer les dirigeants de ces Gouvernements. Tous populistes, irresponsables en ce qui concerne l'équilibre de leurs comptes publics, corrompus. Cela suffit pour effacer ces Gouvernements, leurs politiques sociales de redistribution, le prestige de leurs politiques extérieures souveraines, le soutien populaire qu'ils ont eu. Il ne s'agit pas d'un débat historique, politique, économique, social, d'idées mais simplement de charger le Pouvoir Judiciaire, la police, les médias, de détruire leur réputation en accumulant les suspicions bien qu'elles ne soient jamais prouvées.

 

Lula, Cristina, Hugo Chávez, Evo Morales, Rafael Correa, Pepe Mujica, sont discrédités, on cherche à détruire leur image dans l'esprit du peuple de leur pays pour cacher que ces peuples sont victimes du consensus néolibéral et des droites latino-américaines qui ne réussissent pas à construire des alternatives de gouvernement qui ne soient pas un retour au modèle qui a échoué en Amérique Latine et dans le monde entier.

 

Alors, il faut réécrire l’histoire, effacer des périodes, des dirigeants et des Gouvernements pour reprendre l'idée qu'il n'y aurait pas d'alternative à leurs chemins accidentés qui ont produit les pires catastrophes dans les pays qu'ils ont gouvernés.

 

Traduction de Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source de l'article

 

Source en espagnol

 

Emir Sader

Sociologue et politologue brésilien, Emir Sader est coordinateur du Laboratoire de politique publique de l'Université d'État de Rio de Janeiro (UERJ).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page