Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Venezuela : la vérité sous la boue médiatique

par Bernard Tornare 29 Janvier 2026, 12:12

Venezuela : la vérité sous la boue médiatique
Par Geraldina Colotti

Une narration toxique contre la Révolution bolivarienne

Dans les salles de rédaction de Rome, Madrid et Bruxelles, s’est consolidée une narration toxique visant à présenter la Révolution bolivarienne comme un projet en voie de liquidation. Profitant de la complexité de la nouvelle réforme de la Loi sur les Hydrocarbures et des mesures d’urgence adoptées par le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, la presse italienne accuse le Venezuela de céder face à Trump et d’avoir révoqué les historiques nationalisations d’Hugo Chávez.

C’est un renversement total de la réalité qui cache une vérité bien plus dérangeante : tandis que le Venezuela lutte pour son indépendance dans des conditions de guerre, l’Europe, elle, a déjà signé sa reddition énergétique.

 

Le sophisme des médias européens

Même les journaux italiens qui se prétendent indépendants utilisent un sophisme dangereux : ils affirment que si le Venezuela autorise une entreprise étrangère à opérer, c’est que la nationalisation est terminée. Cette thèse ignore délibérément la différence entre propriété et gestion opérationnelle.

Pourquoi mentent-ils ? Parce qu’ils doivent convaincre le public européen que le socialisme a échoué et que le seul modèle viable d’exploitation pétrolière est celui du marché néolibéral.

La réalité, pourtant, est claire : la propriété des gisements (article 302 de la Constitution) demeure inaliénable et appartient à la République.

 

Le gouvernement bolivarien a mis en œuvre une stratégie de Souveraineté adaptative : il impose aux partenaires étrangers de supporter l’investissement et le risque opérationnel dans un contexte de blocus criminel, tandis que chaque baril extrait reste soumis au contrôle du ministère du Pétrole.

Ce n’est pas le marché qui dicte les règles, mais bien l’État, qui utilise le capital étranger pour briser l’encerclement. Ceux qui parlent de la fin des nationalisations cachent le fait que toute infrastructure construite par le privé reviendra à la nation à l’expiration du contrat.

 

Le cas CITGO : le grand pillage

La presse italienne évite soigneusement d’expliquer la situation de CITGO, filiale de PDVSA aux États-Unis, victime du plus grand pillage de l’histoire moderne.

Les journaux prétendent que le Venezuela perd CITGO pour cause de dettes impayées. Faux : CITGO a été illégalement confisquée et remise à la farce du “gouvernement parallèle” de Guaidó pour être démantelée au profit des créanciers amis de Washington.

 

Delcy Rodríguez ne cède rien : elle utilise la réforme pétrolière comme levier de négociation. Le message adressé aux États-Unis est limpide : s’ils veulent accéder aux immenses réserves vénézuéliennes (estimées à 500 milliards de barils selon le Département de l’Énergie américain), ils doivent reconnaître le préjudice causé par le vol de CITGO.

Le Venezuela se sert de sa puissance énergétique pour forcer l’ouverture d’une table de négociation sur la restitution de milliards de dollars arrachés au peuple.

Négocier sous pression n’est pas capituler : c’est exercer la diplomatie des peuples face à la piraterie.

 

Les « sanctions » : une guerre contre la population

Les médias européens présentent souvent les sanctions comme des mesures ciblant individuellement des fonctionnaires corrompus. C’est l’un des mensonges les plus éhontés.

Depuis 2015, le Venezuela a subi plus de 900 mesures coercitives unilatérales, constitutives de crimes contre l’humanité. L’attaque technologique du 3 janvier marque une nouvelle phase de cette guerre : du gel des comptes bancaires au terrorisme informatique contre les infrastructures critiques, pour paralyser le pays.

 

La Loi Anti-blocus : un bouclier légitime

Contrairement au discours véhiculé à Rome, la Loi anti-blocus n’est pas une trahison du socialisme, mais un bouclier juridique essentiel.

Elle permet à l’État d’opérer dans le secret nécessaire pour déjouer les drones financiers de l’OFAC et assurer la distribution d’aliments et de médicaments.

Présenter ces mesures de survie comme un retour au capitalisme relève du cynisme intellectuel, destiné à justifier le siège aux yeux de l’opinion publique européenne.

 

L’hypocrisie occidentale : le Venezuela résiste, l’Italie capitule

C’est ici que la presse italienne atteint le sommet de l’hypocrisie : elle prétend s’inquiéter de la souveraineté vénézuélienne tout en taisant la perte totale de la souveraineté italienne.

Après le sabotage impuni du Nord Stream, l’Italie est devenue un satellite énergétique du Texas.

Les chiffres, soigneusement passés sous silence, sont éloquents : en 2025, les importations italiennes de gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis ont doublé, couvrant désormais 45% des besoins totaux.

Ce gaz coûte aux Italiens de 50% à 100% plus cher qu’auparavant, atteignant parfois cinq fois le prix pratiqué aux États-Unis. L’Italie paie ainsi une “taxe énergétique” colossale, sans aucune autonomie de décision.

 

Le Venezuela, lui, malgré le kidnapping du président Nicolás Maduro et de Cilia Flores, négocie avec les BRICS+ et impose ses conditions aux multinationales.

Alors, qui a réellement perdu sa souveraineté ? Le pays qui défend ses puits sous les bombes technologiques, ou celui qui achète son gaz à prix d’or auprès de ceux qui ont fait exploser ses gazoducs ?

 

PDVSA : reconstruire l’entreprise nationale

Autre dogme médiatique : la “crise de PDVSA”, brandie comme preuve de l’inefficacité étatique.

Mais les médias ne disent pas que PDVSA avait été infiltrée par une technocratie corrompue au service d’intérêts étrangers.

Selon l’analyse de l’expert David Paravisini, nombre des dettes réclamées par les multinationales étaient le fruit d’accords illicites entre dirigeants traîtres et entreprises étrangères.

Ainsi, la dette de Chevron, affichée par la presse comme un boulet, est passée de 4 milliards de dollars à moins de 800 millions réels.

 

La réforme menée par Delcy Rodríguez est donc un acte de nettoyage en profondeur : recentrer le commandement au ministère revient à retirer le pétrole des mains des bureaucrates corrompus pour le restituer à la mission sociale.

Le conflit persiste justement parce que le Venezuela refuse de supprimer le financement des Grandes Missions sociales avec les revenus pétroliers.

 

Modernité multipolaire contre décadence néolibérale

La propagande occidentale répond à des algorithmes et à une esthétique, cherchant à vendre le modèle américain comme la seule modernité possible, tout en taisant la crise sociale qui ravage les villes des États-Unis entre drogues et misère extrême.

 

Le Venezuela, lui, propose une modernité multipolaire fondée sur la souveraineté des données et des ressources.

En collaborant avec la Russie, la Chine et l’Iran, Caracas certifie ses réserves hors du contrôle de la Silicon Valley et des agences de notation occidentales.

C’est là le véritable défi du XXIᵉ siècle.

 

La souveraineté comme acte de résistance

La Révolution bolivarienne n’a pas cédé. Elle a appris à lutter dans un monde où la ressource énergétique est l’arme principale.

Dire que le pétrole est “aux mains de Trump” est une insulte au peuple vénézuélien qui continue de protéger ses raffineries malgré la douleur du kidnapping de ses dirigeants.

La souveraineté n’est pas un concept bureaucratique, c’est la capacité de rester debout quand tout autour s’agenouille.

Le Venezuela tient debout. C’est l’Europe, désormais, qui semble avoir oublié comment on fait.

 

La doctrine de la Souveraineté adaptative

Le bilan du gouvernement de Delcy Rodríguez, dans le contexte dramatique postérieur au 3 janvier 2026, ne peut se réduire à une simple gestion de crise.

Ce qui émerge, c’est une véritable doctrine de résistance, définie comme Souveraineté adaptative.

Tandis que la presse italienne traque des signes imaginaires de reddition dans les détails techniques de la réforme pétrolière, les données concrètes racontent la consolidation d’un modèle qui, loin d’avoir sombré, a protégé la nation du chaos et relancé sa projection comme puissance énergétique mondiale.

 

Les résultats économiques contredisent la propagande

Contre tous les pronostics des agences de notation occidentales, le Venezuela a clôturé 2025 avec une croissance du PIB pétrolier de 16% et une production stabilisée à 1,2 million de barils par jour.

Le plan “Reto Admirable 2026”, présenté par Rodríguez, n’est pas un simple livre de rêves, mais un programme fondé sur 19 trimestres consécutifs de croissance sous le régime de sanctions le plus féroce de l’histoire moderne.

Une augmentation prévue des revenus de 37% pour l’année en cours constitue la réponse la plus ferme à ceux qui, de Rome à Washington, misaient sur le défaut du Venezuela après le rapt du président Maduro.

 

Redistribution et justice sociale : le cœur du modèle

La véritable victoire politique de cette phase réside dans la destination de la richesse.

La réforme de la Loi sur les Hydrocarbures, loin de privatiser, a blindé le lien entre extraction et justice sociale.Le budget 2026 parle de lui-même :

53% des ressources sont destinées directement aux Communes,

29% aux Etats,

15% aux Municipalités.

 

Tandis que dans les pays néolibéraux, comme l’Italie soumise au GNL états-unien, la rente énergétique alimente les dividendes des transnationales, au Venezuela, chaque baril produit se transforme par la loi en salaire, santé et alimentation pour le peuple.

C’est cette menace “inhabituelle et extraordinaire” que l’empire ne peut pardonner.

 

La souveraineté comme condition de paix

Avec la signature des premiers contrats d’exportation, le gouvernement de Delcy Rodríguez démontre que le Venezuela n’est pas un acteur passif du jeu énergétique, mais un pivot d’intégration régionale et mondiale.

Sa fermeté à revendiquer son droit à des relations diverses — avec les BRICS+, la Chine, la Russie, et même une agenda énergétique souveraine avec les États-Unis — consacre l’échec de la stratégie d’isolement.

Le Venezuela n’a pas peur du marché mondial, car il sait qu’il détient la clé de ses futurs équilibres.

 

Une leçon pour l’Europe soumise

L’expérience vénézuélienne de 2026 offre une leçon brutale aux démocraties libérales européennes.

Tandis que le Venezuela défend sa souveraineté des données et des ressources sous les bombes de la guerre cognitive, l’Europe se découvre fragile, dépendante et désindustrialisée pour avoir cédé son autonomie à Washington.

 

La résistance bolivarienne démontre que la souveraineté n’est pas un vestige du passé, mais la condition même de la paix et du développement au XXIᵉ siècle.

Malgré la douleur causée par l’enlèvement de ses dirigeants, le Venezuela d’aujourd’hui n’est pas un pays qui capitule, mais une nation qui reconstruit son État pour une bataille de longue durée.

La Révolution n’est pas achevée : elle est entrée dans une phase de maturité stratégique, où la flexibilité tactique sert à protéger la fermeté inébranlable des principes.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Venezuela : la vérité sous la boue médiatique

Geraldina Colotti est une journaliste et écrivaine italienne, née à Vintimille, en Ligurie. Elle est connue pour son travail au sein du quotidien Il manifesto et pour sa direction de l'édition italienne du Monde diplomatique. Elle s'est spécialisée dans les questions politiques et sociales, en particulier celles liées à l'Amérique latine, avec un accent particulier sur le Venezuela.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial. Les sous-titres sont rajoutés par le traducteur.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page