Alors qu'en politique vénézuélienne Nicolás Maduro joue aux échecs, calculant ses coups pour avoir plusieurs pas d'avance, l'opposition continue de jouer au jeu des petits chevaux, attentive au mouvement immédiat, misant tout sur un coup de chance et, en plus, laissant que les dés soient jetés de l'extérieur, c'est-à-dire des États-Unis. Le déroulement qu'ils ont subi n'est pas non plus surprenant. Le chavisme a obtenu 82,6 % des voix à l'Assemblée, 256 sièges sur les 285 en jeu (29 pour l'opposition) avec une participation de 42,63 %. De même, le chavisme a gagné dans 23 États et l'opposition, dans un seul.
Alors que le Grand Pôle Patriotique Simón Bolívar est allié à douze autres forces politiques, l'opposition est une fois de plus divisée — 10 forces d'opposition — et avec des positions divergentes, y compris sur les règles du jeu. Tandis que le chavisme a formé un large front et continue, comme il le fait depuis 1998, lorsque Hugo Chávez a remporté les élections, de respecter le fil constitutionnel, une partie de l'opposition, la plus soutenue internationalement, continue de miser sur le fait de renverser l'échiquier parce que les choses ne se passent pas comme elle le voudrait. Des acteurs politiques de l'opposition comme Manuel Rosales ou Henrique Capriles, qui avaient participé au front d'opposition, ont décidé de participer aux élections. Ils ont été expulsés de la MUD (Table de l'unité démocratique) et María Corina Machado, si elle le pouvait, les enverrait dans une prison au Salvador.
Ce secteur de l'opposition voulait que ces élections ne soient pas convoquées pour pouvoir légitimer l'idée qu'au Venezuela, la démocratie n'est pas respectée. En fait, ils ont fait circuler une fausse information, avec l'en-tête du Conseil national électoral (CNE), selon laquelle les élections étaient supposément annulées. Avec beaucoup d'argent, ils l'ont diffusée massivement sur les réseaux sociaux. Ils ont aussi voulu que, comme dans d'autres pays latino-américains, il y ait de la violence et, même, certains membres de cette opposition violente ont comploté pour commettre un attentat, sans succès, pendant la journée électorale. Comme ils n'ont plus de soutien populaire, ils ont été rapidement arrêtés et leur tentative a de nouveau échoué. Ainsi, la carte de la violence n'a pas fonctionné non plus pour eux.
Ils ont insisté sur le fait que les élections ne sont pas légitimes, qu'il y a fraude, que le Conseil National Électoral est partial, mais une fois encore, des partis d'opposition se sont présentés qui, malgré le mauvais résultat, ont vu comment les votes qu'ils ont reçus se sont transformés en sièges à l'assemblée nationale, dans les assemblées législatives et à la gouvernance d'un État, Cojedes, où ce même CNE qu'ils disqualifient a validé la victoire d'un opposant.
Il y a quatre points d'une énorme pertinence dans ces élections que la presse internationale a tenté de passer sous silence puis d'invalider en prétendant une abstention qui n'existe que dans les souhaits de l'opposante María Corina Machado. Le déni de la réalité de cette dame ne s'explique que par l'insistance des médias à présenter ses rêveries comme réelles et par l'utilité qu'elle représente pour certaines chancelleries comme alliée prête à défendre même l'intervention armée d'autres pays au Venezuela.
Premièrement, constater que tandis que l'opposition reste divisée, le chavisme a créé un Front Large qui fait que le Grand Pôle Patriotique Simón Bolívar ressemble plus au Venezuela qu'aucun des autres partis isolés.
Et cela, deuxièmement, est pertinent, parce que le Venezuela a changé, chose que l'opposition ne parvient pas à comprendre et qui se traduit par ses difficultés à contacter son peuple. Si tu ne comprends pas ton peuple, comment vont-ils voter pour toi ? Cette transformation est liée au changement générationnel qui lit le monde différemment (par exemple, tandis que le chavisme inclut des femmes, cinq gouverneures, l'opposition continue d'avoir d'énormes problèmes avec cela). Également avec la prolifération des technologies numériques qui ont horizontalisé les relations ; aussi avec la souffrance du peuple à cause des sanctions et du blocus, qui le rend plus exigeant ; avec l'expérience acquise en quittant le pays et qui génère un contraste au retour — le Vénézuélien revient toujours dans sa patrie — et, non négligeable, l'émergence au Venezuela d'une classe entrepreneuriale née en réponse au blocus et aux sanctions.
Troisièmement, il y a de nouvelles exigences liées au changement géopolitique que nous vivons dans le monde. Le territorial prend plus de poids que l'idéologique, ou dit autrement, la défense des intérêts nationaux dans le contexte du monde post-mondialisation pèse plus que l'axe traditionnel "droite-gauche". Ce n'est pas que l'axe gauche-droite disparaisse, mais que, dans de nombreux cas, il se subordonne aux demandes des territoires. Un exemple clair se trouve dans les alliances en blocs en Amérique latine, où on ne partage pas nécessairement l'idéologie du bloc des BRICS et, pourtant, il y a des alliances avec ces pays comme moyen de freiner les prétentions hégémoniques des États-Unis et de l'OTAN.
Quatrièmement, bien que la grande victoire du chavisme donne de la tranquillité au gouvernement et lance un avertissement à Donald Trump qu'il ne lui sera pas si simple de mettre le Venezuela à genoux, le gouvernement sort aussi mis au défi. Pourquoi ? Je crois que le président Maduro le sait. Comparons un instant deux pays, l'Argentine et le Venezuela, Javier Milei et Nicolás Maduro, et que le diable me pardonne. En Argentine, on retire des tâches à l'État et on les confie à ce qu'on appelle la gouvernance économique, ce qui est une manière élégante de dire qu'on les livre au marché. Bien sûr, il y a aussi les privatisations, la dérégulation et l'intervention policière pour freiner les protestations des travailleurs qui sont lésés par cette politique favorable aux entreprises.
En face, nous avons le Venezuela qui retire aussi des compétences qui relèvent de l'État et les confie, non pas aux entreprises, mais aux conseils communaux, c'est-à-dire qu'il injecte de la démocratie dans le gouvernement représentatif, il rend la démocratie participative. Dans le cas de Milei, l'État se désintéresse et laisse les citoyens régler leurs comptes sur le marché, de sorte que celui qui ne réussit pas est un perdant qui assume son échec et ne réclame rien à personne d'autre qu'à ce qu'il comprendra comme sa malchance, son destin ou sa punition pour ne pas s'être suffisamment efforcé.
Au contraire, dans le cas du Venezuela, il y a une volonté que le peuple prenne ses responsabilités. Nous avons, premièrement, que c'est le peuple qui a choisi dans un processus de primaires les candidats qu'il a ensuite élus ce 25 mai. Si tu donnes au peuple la confiance de choisir qui se présente aux élections, il est plus facile que ce peuple termine la tâche en élisant le ou la candidate qu'il a sélectionné. De plus, les conseils communaux vont décider d'une partie des dépenses publiques, de sorte qu'ils s'engagent également à décider de l'utilisation de l'argent de tous.
Il est vrai qu'à ce stade initial, le niveau de complexité n'est pas très élevé et les conseils communaux ne peuvent pas décider actuellement, par exemple, quelles réponses apporter aux tarifs douaniers ou aux sanctions américaines. Mais le peuple a déjà commencé à prendre des décisions. Il s'agit d'essayer, de répéter, d'ajuster. Mais il est évident que la voie choisie est la voie démocratique, car elle appartient au peuple, tandis que celle du marché et des entreprises est toujours viciée par les énormes inégalités de départ et celles qu'elle génère.
Mais je disais que ce peuple qui commence à participer à l'économie et à la politique d'une manière nouvelle, ou avec des élans renouvelés, apprend aussi à exiger de l'État qu'il soit différent de l'État traditionnel vénézuélien hérité de la colonie, en réalité une capitainerie générale car le Venezuela n'avait pas de mines et n'était pas une vice-royauté, un État qui a été encore plus affaibli par les conflits au cours du XIXe siècle et qui, finalement, a été construit de manière rentière et comme un outil des élites au XXe siècle avec la gestion du pétrole.
Cet État sera exigé par cette nouvelle bourgeoisie entrepreneuriale qui a émergé en réponse au blocus et aux sanctions : plus d'efficacité, qu'il ne soit pas corrompu et qu'il n'aide pas les tricheurs, et aussi qu'il ne livre pas le marché vénézuélien qu'ils ont eu tant de mal à construire aux intérêts nord-américains. C'est pourquoi la nouvelle bourgeoisie vénézuélienne n'est pas avec l'opposition, qui dépend des États-Unis, mais avec le gouvernement.
Et le peuple aussi, à qui on a remis la capacité de prendre des décisions, qui s'est autonomisé, exigera de l'État des choses similaires : efficacité, lutte contre la corruption et qu'on les écoute. Ajoutons que ces Vénézuéliens et Vénézuéliennes qui ont fait l'effort de quitter le pays à cause des sanctions et du blocus, lorsqu'ils reviendront, ce sera comme quelqu'un qui revient d'une guerre, et ils seront très exigeants tant envers ceux qui les ont expulsés de leur pays en soutenant les sanctions et le blocus, qu'envers la direction politique du pays.
La participation électorale, disions-nous, a été élevée pour des scrutins qui ne sont pas présidentiels. 42 %, en comptant en plus les gens qui sont à l'étranger, est une forte participation qui a dépassé celle d'il y a quatre ans. Ceux qui critiquent le Venezuela oublient que lors des élections locales aux États-Unis, moins de 20 % participent. Pas 42 %, mais moins de 20 %.
J'ai l'intuition qu'une nouvelle étape commence dans la politique vénézuélienne, en accord avec le nouveau Venezuela né de ces années, né des difficultés et du dépassement des difficultés, dans un contexte mondial également de changement. L'opposition a vu que la population vénézuélienne ne la soutient pas, de sorte qu'elle devra se réinventer. À la mort de Franco, les franquistes ont continué à vouloir revenir au franquisme depuis la démocratie. Manuel Fraga, ministre de Franco, a fondé l'Alliance populaire, mais n'a eu aucun succès jusqu'à ce qu'il cède la place à une génération qui n'avait rien à voir avec la dictature. Tout le contraire de ce qui arrive à l'opposition vénézuélienne, qui reste la même que celle qui a fait le coup d'État contre Chávez il y a plus de 20 ans.
Et le gouvernement devra rendre l'État plus efficace, il devra lutter contre les mauvais fonctionnaires publics et, comme tâche essentielle, il devra collaborer à la formation d'un peuple à qui il confie des responsabilités pour lesquelles il doit avoir des connaissances. L'université des communes, où pourront se former les membres des communes (comuneros y comuneras), va dans la bonne direction, tout comme il est important que l'État forme des fonctionnaires qui répondent aux nouvelles demandes populaires. Pour diriger, par exemple, des entreprises publiques, il est important d'avoir la préparation adéquate.
Si un vieux monde ne parvient pas à partir, le nouveau monde qui veut naître, contrairement à ce que voyait Gramsci dans les années 30, semble pousser dans la bonne direction et émerge.
Traduction Bernard Tornare
Juan Carlos Monedero est un politologue espagnol, professeur universitaire, essayiste et cofondateur du parti Podemos.
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