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Venezuela : pourquoi l'oligarchie déteste-t-elle la patrie ?

par Bernard Tornare 25 Mars 2025, 15:15

Venezuela : pourquoi l'oligarchie déteste-t-elle la patrie ?
Par César Trómpiz

La phrase "Mais nous avons une patrie !", prononcée avec sarcasme contre le projet bolivarien, ne se limite pas seulement à une moquerie, mais révèle une guerre politique contre le concept même de souveraineté populaire.

 

Depuis 1999, le Venezuela a été le théâtre d'un choc entre deux visions antagonistes : l'une qui conçoit la patrie comme un projet collectif, enraciné dans la justice sociale et l'indépendance, et l'autre qui la réduit à un butin privatisable, soumis aux intérêts des élites et des capitaux transnationaux.

 

Nous allons revendiquer la mémoire de la façon dont la Révolution bolivarienne sauve la valeur de la patrie, la lutte contre les forces qui cherchent à la fragmenter et l'urgence de la défendre comme seule voie vers "la plus grande somme de bonheur possible".

 

La patrie humiliée : néolibéralisme et colonialisme

Dans les années 1980 et 1990, le Venezuela a subi l'assaut de politiques néolibérales qui ont démantelé le secteur public au nom d'une modernité fictive. Sous l'euphémisme d'"ouverture économique", les gouvernements soumis et pro-oligarchiques ont privatisé des entreprises stratégiques, prenant des secteurs clés dans l'électricité, les compagnies aériennes et les télécommunications, tout en réduisant l'investissement social sous le prétexte fallacieux de l'"efficacité du marché".

 

Après les accords promus par l'oligarchie, le Fonds Monétaire International imposait des ajustements qui transformaient nos droits en marchandises : l'éducation, la santé, l'alimentation, le logement n'étaient accessibles qu'à ceux qui pouvaient les payer très cher et dans des schémas d'escroquerie comme les "crédits mexicains" qui facturaient des intérêts sur intérêts, des dettes impayables aux classes moyennes. Ce pillage, déguisé en progrès, a vidé la Patrie de son contenu : l'identité nationale s'est diluée dans un individualisme vorace, et les ressources naturelles ont été offertes sur un plateau aux corporations étrangères.

 

L'oligarchie vénézuélienne, avec ses diverses nationalités et loyautés à Miami et Madrid, a normalisé l'idée que la "patrie" était un obstacle au "développement". María Corina Machado, figure emblématique de ce secteur, incarne cette vision antipatriotique.

 

Ses propositions de privatiser PDVSA, les barrages hydroélectriques ou les ressources naturelles ne sont pas nouvelles : elles répètent le scénario des années 90, lorsque ses alliés politiques ont transformé le Venezuela en laboratoire du Consensus de Washington.

 

Le résultat fut un pays plus inégal, avec une dette extérieure étouffante et une population structurellement exclue, sans aucune instance vers laquelle se tourner. Machado et sa cohorte ne cherchent pas le développement, mais à réinsérer le Venezuela dans la chaîne de valeur de l'impérialisme comme simple entrepôt de matières premières.

 

Quand Machado et toute la clique oligarchique proposent aux Vénézuéliens et Vénézuéliennes de "redevenir comme avant", ils se réfèrent au pays oligarchique qu'ils ont gouverné avec les transnationales. Ils ne parlent pas d'un pays de droits économiques, sociaux et culturels vécus pendant l'ère Chávez, quand nous n'étions pas bloqués par les États-Unis, mais du siège du peuple et du privilège pour les grands capitaux.

 

La Révolution bolivarienne : patrie comme souveraineté et dignité

Face à ce dépouillement, l'arrivée de la Révolution bolivarienne avec le Commandant Hugo Chávez en 1999 a marqué un tournant.

 

La Constitution, approuvée par une majorité populaire, a redéfini la patrie non pas comme un territoire abstrait ni un sentiment étranger, mais comme un pacte social, politique et économique basé sur l'inclusion de tous et toutes.

 

Renationaliser le pétrole, principale ressource du pays, a permis de financer l'État dans son ensemble et les missions sociales qui ont sorti de la pauvreté des millions de Vénézuéliens et Vénézuéliennes, garanti l'accès universel à la santé et à l'éducation, et reconnu les droits historiques des peuples indigènes et des communautés les plus exclues.

 

Chávez ne parlait pas seulement de patrie ; il la matérialisait en faits concrets : la récupération stratégique de la ceinture pétrolifère de l'Orénoque - qui avait été diluée sur le marché international comme "bitume" - fut l'un des jalons clés de cette lutte "pour avoir une patrie", ainsi que l'exploration et la certification de nos ressources en gaz, or et autres richesses du sol de la nation.

 

Toutes ces richesses ont été mises au service du Projet National Simón Bolívar, un plan socialiste dont l'objet est que la patrie ait un sens pour tous et toutes, et qu'elle serve à "vivre avec dignité".

 

La patrie bolivarienne se construit aussi dans le culturel. La revendication de Simón Bolívar, Ezequiel Zamora et Simón Rodríguez n'est pas un simple symbolisme : c'est un acte de résistance contre la colonisation mentale.

 

Alors que l'oligarchie vénère des modèles eurocentriques, le bolivarisme impulse une éducation critique et des politiques de mémoire qui sauvent les exclus de l'histoire oligarchique. Avoir une patrie, dans ce sens, c'est cesser d'être un objet de la périphérie pour être un sujet avec dignité et sens propre.

 

Privatisation contre peuple : le conflit économique

L'oligarchie insiste sur le fait que privatiser est synonyme d'efficacité, mais la réalité latino-américaine dément ce mythe.

 

En Argentine, la vente d'YPF à Repsol dans les années 90 a entraîné une chute de 44% de la production de gaz ; en Bolivie, la privatisation de l'eau à Cochabamba en 2000 a déclenché une guerre qui a fait des morts et des blessés.

 

Au Venezuela, avant Chávez, PDVSA ne consacrait que 1% de ses bénéfices aux programmes sociaux ; le reste s'évaporait en dividendes pour alimenter les affaires des oligarchies locales. La Révolution a inversé cette logique. Toutes les ressources générées par l'économie vénézuélienne, durant les 26 années de gouvernement, ont été destinées au développement du peuple, le budget 2025 consacrant 77,6% du budget national à l'investissement social.

 

María Corina Machado n'ignore pas ces données, mais son agenda répète le dogme selon lequel le privé est supérieur, même si cela signifie livrer l'Essequibo aux transnationales ou permettre aux entreprises américaines d'exploiter l'Arc Minier sans donner aucune rétribution au peuple.

 

Sa rhétorique de "capitalisme populaire" est un cheval de Troie pour démanteler l'État, laissant les Vénézuéliens sans outils pour se défendre contre le capital étranger et sans exercice effectif de leurs droits humains. Le projet anti-patrie cherche à diluer la propriété collective entre les mains de l'oligarchie et du capital transnational, éliminant les droits des majorités et restaurant les privilèges oligarchiques.

 

La patrie comme héritage et avenir

Dans sa dernière proclamation, Chávez a affirmé : "Maintenant nous avons une patrie et nous continuerons à avoir une patrie, une patrie pour nos fils, une patrie pour nos filles". Cette promesse repose sur la défense des acquis révolutionnaires.

 

Aujourd'hui, malgré les 1028 sanctions illégales, le Venezuela maintient une éducation gratuite, un système de santé public et l'un des systèmes de protection sociale les plus héroïques du monde (oui, héroïque : il se maintient debout même si le pays a perdu plus de 600 milliards de dollars à cause des agressions étrangères). Le président Nicolás Maduro, héritier de ce projet, continue d'approfondir le socialisme, même dans des moments d'asphyxie économique maximale.

 

La voie de l'entrepreneuriat et de la construction d'une économie diversifiée, éloignée des rentes pétrolières et basée sur la résistance contre les sanctions illégales, est une stratégie pour que nous continuions tous à avoir une patrie. La création des CLAP (Comités Locaux d'Approvisionnement et de Production) ou la Loi Anti-blocus sont des exemples de la façon dont la créativité populaire surmonte les obstacles imposés par l'impérialisme et la nation se défend contre ses agresseurs.

 

Persécuter le migrant : attenter à la patrie

L'une des attaques les plus perverses de l'oligarchie vénézuélienne contre la patrie, articulée avec des intérêts impériaux, a été la stigmatisation des migrants, les associant faussement à des bandes criminelles pour délégitimer l'identité nationale et justifier des ingérences.

 

María Corina Machado, Julio Borges, Leopoldo López, Lester Toledo et toute la bande promotrice de sanctions, de passeurs, de kidnappings et de vols à la nation ont été complices de cette campagne, utilisant la douleur des migrants comme munition politique. Qualifier les migrants vénézuéliens de délinquants a été l'excuse donnée par cette oligarchie à des gouvernements comme les États-Unis et El Salvador pour kidnapper 238 innocents et violer leurs droits humains. Cette action n'est pas isolée : cela a commencé avec la supposée blague "mais nous avons une patrie".

 

La patrie ou le néant

Le dilemme est clair : approfondir le projet bolivarien, socialiste et souverain - en s'assurant que les ressources bénéficient aux majorités - ou revenir à un passé où l'oligarchie vendait le pays par morceaux.

 

L'oligarchie est un danger non pas pour ses "solutions techniques", mais parce qu'elle incarne la mentalité coloniale qui subordonne le national à l'étranger et marchandise tout ce qui appartient à la Patrie. Face à eux, le peuple bolivarien, avec Nicolás Maduro à sa tête, défend une patrie dans laquelle "le peu ou le beaucoup appartient à tous et est pour tous".

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Venezuela : pourquoi l'oligarchie déteste-t-elle la patrie ?

César Gabriel Trómpiz est un homme politique vénézuélien, avocat diplômé de l'Université bolivarienne du Venezuela dont il a en été le recteur et Ministre de l'Éducation universitaire d'août 2019 à octobre 2021. Actuellement, il est ambassadeur du Venezuela en Bolivie.

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