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La stratégie de la peur

par Bernard Tornare 9 Octobre 2022, 15:24

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Par Carolina Vásquez Araya

 

La peur de l'inconnu est le pilier sur lequel se construit le fanatisme.

 

Les énormes progrès de la technologie nous ont apporté de bonnes et de moins bonnes choses. La difficulté d'accéder aux détails du fonctionnement et aux subtilités de l'informatique et d'autres sciences a créé une distance infranchissable entre les créateurs et les utilisateurs de ces nouveaux domaines de connaissance. Subtilement, les informations sur les événements qui marquent le destin de millions d'êtres humains nous sont livrées à petites doses, commodément élaborées dans le but de garder le contrôle sur leur impact sur la société. Nous sommes donc soumis à un flux de communication dont nous n'avons aucune certitude, mais qui est conçu pour simuler la vérité.

 

Le journalisme, une profession de service public dont la mission est de fournir des informations précises et opportunes sur les événements et les décisions qui affectent la société, est devenu un autre champ de bataille entre les grands centres de pouvoir politique et économique et les communicateurs éthiques et indépendants. Les médias, en général, sont aux mains de grands groupes commerciaux et leur but est d'influencer la voie politique, en manipulant l'information à la convenance de leurs investisseurs. La vérité est ainsi reléguée comme un élément gênant de la formule.

 

La persécution de ceux qui enquêtent et révèlent des événements, des décisions et d'autres actes d'intérêt commis en dehors de la loi et qui menacent le bien public, est devenue l'un des fronts de guerre ; ces fronts sont soutenus et alimentés par les gouvernements et les puissances économiques, dans le but de neutraliser tout acte de rébellion populaire. Ainsi, une sorte de guerre froide de dernière génération s'est universalisée, à partir de laquelle des informations à forte charge idéologique sont manipulées, transformées et diffusées ; une stratégie de la peur capable de diviser et de paralyser toute action citoyenne visant à changer le système.

 

Tout au long de l'histoire, la stratégie de la peur a été un outil utilisé par toutes les élites au pouvoir pour convaincre le peuple de maintenir une position obéissante, non délibérative et soumise devant ceux qui montrent la voie et sont prêts à défendre des idéaux imposés pour protéger des privilèges et des intérêts privés. Dans cette guerre sournoise, les médias de masse sont l'arme parfaite pour atteindre l'objectif de dominer la scène. La lutte inégale, menée par certains médias indépendants et journalistes éthiques, est une source de malaise pour ceux qui décident de notre avenir et, par conséquent, les menaces et les obstacles auxquels ces professionnels sont confrontés sont arrivés au point de les obliger à se réfugier dans un exil forcé, au risque de perdre la vie.

 

Chaque jour, le fossé se creuse entre la mission de la presse - en tant qu'activité de service public visant à fournir aux citoyens une vision correcte et véridique des événements qui les intéressent - et ce que reçoivent effectivement les chaînes d'information et les médias alliés du gouvernement. Cette rupture avec la mission de la fonction journalistique a un tel impact sur les sociétés qu'elle a transformé les guerres en un spectacle, la faim en un destin inévitable, la migration humaine en un malheur étranger. En d'autres termes, nous avons été immunisés contre la sensibilité et la honte.

 

L'information publique est un outil de pouvoir, entre les mains des autres.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol
 

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