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Le "moindre mal", la "gauche lâche" et bien d'autres choses encore...

par Bernard Tornare 4 Août 2022, 17:16

Photo d'illustration : Assemblée Nationale - France

Photo d'illustration : Assemblée Nationale - France

Par Sergio Rodríguez Gelfenstein

 

On sait que les concepts de gauche et de droite en politique ont une origine fortuite qui renvoie à l'emplacement des délégués à l'Assemblée nationale créée en France après la révolution du 14 juillet 1789, où les secteurs conservateurs siégeaient à droite du président du grand parlement, tandis que les révolutionnaires étaient assis du côté opposé.

 

Face à la réalité de l'époque, où la monarchie avait été renversée pour instaurer un système politique républicain, les partis de droite entendaient préserver les intérêts de la noblesse et du clergé, tandis que leurs antagonistes défendaient des idées libérales et démocratiques liées à un républicanisme prônant une plus grande égalité et fraternité entre et pour les citoyens.

 

La notion de l'existence d'une gauche et d'une droite comme éléments unificateurs des idées politiques a commencé à se répandre hors de France dès le XIXe siècle, d'abord en Europe, puis dans le reste du monde. À cette époque (la quatrième décennie du XIXe siècle), les gens ont commencé à parler de socialisme. Marx est né en 1818 et c'est en 1848 que fut publié le Manifeste communiste, dans lequel il établit précisément les différences entre le socialisme et le communisme, bien que déjà en 1847, dans le Programme de la Ligue des Communistes, le prédécesseur du Manifeste, Frederick Engels avait fait référence à ce sujet.

 

À la lumière des événements actuels, il est intéressant de rappeler qu'Engels a établi qu'il existait trois types de socialistes : les premiers, qu'il appelle "socialistes réactionnaires", sont des partisans de la société féodale et patriarcale, exprimant "une sympathie feinte pour la misère du prolétariat" tout en versant "des larmes amères [...] à ce sujet".

 

La seconde catégorie était constituée par les adeptes de la société bourgeoise, dont les maux "nécessairement causés par elle inspirent des craintes quant à l'existence de la société bourgeoise". Ils entendaient donc maintenir cette structure politique, tout en éliminant ses calamités, c'est-à-dire - selon Engels - qu'ils visaient en réalité la "simple bienfaisance".

 

Enfin, un troisième groupe est constitué de ceux qui se sont autoproclamés "socialistes démocratiques", qui ne visaient pas une transformation révolutionnaire de la société et de l'État, ni à mettre fin à la misère et aux malheurs de la société bourgeoise, même si beaucoup d'entre eux étaient des prolétaires incapables de voir clairement les circonstances de leur propre libération.

 

Dans ces conditions, sans renoncer à la discussion et à la critique des désaccords, Engels estime qu'il appartient aux révolutionnaires de s'entendre avec ceux avec lesquels ils ont des points communs, au moment de l'action " à condition que ces socialistes ne se mettent pas au service de la bourgeoisie dominante... ".

 

L'évolution de la société et des luttes populaires au cours des derniers siècles a établi une similitude trompeuse entre être de gauche et avoir des idées socialistes. Cela a conduit à une telle confusion qu'elle est même devenue une condition paralysante pour les actions des organisations et des partis révolutionnaires. L'analyse et l'utilisation incorrectes des catégories "corrélation des forces" et "existence d'une situation révolutionnaire" se sont prêtées à la décapitation et à la léthargie du mouvement populaire. Dans les cas récents du Chili et de la Colombie, ce sont les forces de "gauche" qui ont joué le rôle le plus important dans la paralysie des luttes sociales d'avant-garde.

 

D'autre part, dans le monde d'aujourd'hui, où l'hégémonie néolibérale s'est répandue avec la ferme prétention de se vanter de la "fin des idéologies" comme expression de la fin de la lutte des classes, ces idées doivent être étudiées dans leur dimension nécessaire afin d'être adaptées aux conditions actuelles comme un instrument de lutte qui n'a pas perdu sa validité.

 

L'idéologie est inséparable de la lutte des classes, d'où l'intention de l'intelligentsia au service de l'empire de les définir comme une antiquité à placer dans un musée. L'idée post-moderne a tenté de faire croire que le socialisme avait perdu toute validité, afin de faciliter l'imposition d'une pensée ambiguë, vacillante, incapable de conduire à des décisions en faveur du peuple et de donner la force de surmonter les adversités par la prise de conscience et la création de la direction révolutionnaire nécessaire.

 

Cela a donné naissance aux concepts de "faire de la politique autant que possible" et de se contenter du "moindre mal" comme une manière de renoncer à la construction de l'option révolutionnaire sur la base d'une supposée impossibilité émanant de conditions objectives défavorables qui empêchent tout progrès dans cette direction. De cette façon, on rejette le fait que les conditions subjectives qui existent et d'autres qui doivent être créées sont la base de la transformation de cette situation objective défavorable. C'est la différence entre un type de socialiste et un autre.

 

En paraphrasant Engels, nous pourrions dire qu'aujourd'hui, en général dans le monde, mais surtout en Amérique, il y a trois types de gauche. La première est la gauche révolutionnaire qui n'a jamais baissé la bannière du socialisme. Sa résistance lui a valu les attaques les plus dures de la part de l'impérialisme et des forces néolibérales, car ils voient en elle la force à vaincre, puisque sa volonté inflexible de lutter indique un chemin à suivre. S'il existe aujourd'hui une gauche en Amérique latine, c'est parce que ces secteurs, menés par les peuples de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela, ont eu la ténacité, la force d'âme et l'intransigeance nécessaires pour affronter l'adversité, malgré les grands risques et les limites que cela comportait.

 

Une seconde gauche, accommodante, s'efforce de découvrir les "choses positives" de la société de classe, tout en la méditant pour "chercher une place dans son parnasse" et obtenir "un petit coin sur ses autels", selon les mots de Silvio. Ils se contentent du "moindre mal" tout en conduisant les travailleurs et les peuples à la capitulation, ou du moins à une position subordonnée dans la lutte contre leurs ennemis. Il s'agit d'une gauche sociale-démocrate, une "gauche lâche" comme l'a appelée le président Maduro.

 

Peut-être encore plus claire est la définition donnée récemment par l'ancien candidat à la présidence française Jean Luc Mélenchon lorsque, se référant au président argentin, il a demandé si la gauche devait continuer à élire "un modéré qui ne fait peur à personne comme le président Fernández d'Argentine qui passe son temps à faire des concessions et cède sur l'essentiel".

 

La socialiste Michelle Bachelet fait également partie de cette catégorie, elle qui s'est arrogée le statut d'"extrême centre" pour ne pas assumer de responsabilités, ne pas prendre de risques, avançant lâchement et médiocrement dans la vie avec pour seul objectif d'obtenir les prix que Washington lui a attribués pour servir de suceur de sang dans les organisations internationales. Bachelet, probablement, est l'exemple même de la personne de "gauche" qui sert un maître impérial pour son profit personnel.

 

Enfin, il y a la "gauche impérialiste", surtout celle américaine qui grouille dans les entrailles du parti démocrate, mais aussi celle européenne, voire celle qui végète dans certains partis "communistes" et "ouvriers" et qui vit en assumant des mesures libérales tout en concédant des miettes en défendant et en soutenant l'idéal néolibéral. Enfin, cette position l'amène - essentiellement en politique internationale - à se subordonner de manière canine et honteuse aux ordres émanant de Washington. Ils se déguisent en libéraux dans leur pays et en impérialistes et interventionnistes à l'étranger. 

 

Malgré cela, en apprenant d'Engels, il faut travailler avec tout le monde, en cherchant les failles qui peuvent mener à des coïncidences, même en sachant que les temps ont changé et que, contrairement au XIXe siècle, il est difficile que - en fin de compte - ces gauches hésitantes "ne se mettent pas au service de la bourgeoisie dominante...".

 

C'est peut-être là que réside l'art de la politique révolutionnaire en ces temps, en se souvenant de Fidel qui a dit : "La révolution est l'art d'unir les forces".

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol
 

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Sergio Rodríguez Gelfenstein est un consultant et analyste international vénézuélien, diplômé en relations internationales de l'Université centrale du Venezuela, Mention Magna Cum Laude, et Master en relations internationales de la même université. Candidat au doctorat en études politiques de l'Universidad de los Andes (Venezuela). Il a publié des articles dans des revues spécialisées à Porto Rico, au Chili, en Bolivie, au Pérou, au Brésil, au Venezuela, au Mexique, en Argentine et en Espagne ainsi que dans divers journaux et d'innombrables pages Internet. Il a été coordinateur des relations internationales du gouvernement de l'état du Chiapas au Mexique ; Directeur des relations internationales de la présidence de la République bolivarienne du Venezuela, conseiller en politique internationale de la présidence de Telesur et ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela au Nicaragua.

 

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