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Le Venezuela face au Covid-19 et à Trump

par Bernard Tornare 13 Avril 2020, 19:25

Illustration : New York est l'épicentre de la pandémie de la maladie à coronavirus 2019 aux Etats-Unis. (©KEYSTONE/AP/Mary Altaffer)

Illustration : New York est l'épicentre de la pandémie de la maladie à coronavirus 2019 aux Etats-Unis. (©KEYSTONE/AP/Mary Altaffer)

Par Marcos Salgado 

 

Le Venezuela est toujours en quarantaine pour le COVID-19. Il en est maintenant à la cinquième semaine d'une mesure précoce, par rapport aux autres pays du continent. Une réaction rapide qui semble, jusqu'à présent, avoir fonctionné. Les chiffres officiels de dimanche indiquent 181 cas, dont 93 patients guéris et neuf morts. 

 

En outre, la progression de l'infection est très lente, loin de la croissance fulgurante du virus aux États-Unis et même dans deux des pays voisins du Venezuela, comme la Colombie et le Brésil, qui est déjà le centre de la pandémie en Amérique latine, avec plus de 20 000 cas et plus de 1 100 décès. 

 

Même l'avancée du nouveau Coronavirus en Amérique du Sud a entraîné un autre phénomène : le retour précipité de milliers de citoyens vénézuéliens de l'autre côté de la frontière entre la Colombie et l'Équateur, échappant à l'avancée du virus, ce qui a multiplié les cas de xénophobie et de discrimination. Bien sûr, les médias qui ont tant parlé du départ massif des Vénézuéliens, maintenant, ne montrent pas le phénomène inverse. 

 

En plus d'une situation jusqu'ici sous contrôle dans cette crise du COVID-19, le Venezuela peut également montrer ses accords internationaux, qui ont garanti un demi-million de tests rapides achetés à la Chine, tandis que des tonnes d'aide de la Russie, et même des Nations unies, sont en route. Elle a également fait don de tests aux pays des Caraïbes afin qu'ils puissent détecter le virus sur leur territoire et empêcher sa propagation.

 

Mais les nouvelles encourageantes au Venezuela sont assombries par un horizon sombre, venant du nord, dans la mer des Caraïbes, où le président américain Donald Trump a annoncé qu'un dispositif naval sera déployé pour lutter contre le trafic de drogue, qui - disent-ils - vient du Venezuela.

 

Nous savons déjà que l'accusation portée contre l'État vénézuélien pour avoir encouragé le trafic de drogue est une invention qui n'est pas étayée par des études sur le trafic de drogue. Mais les États-Unis commencent à peine à vivre le drame du COVID-19, et de la pire des manières : ils comptent déjà près de 560 000 infections, et plus de 21 000 décès. La progression est exponentielle et c'est déjà le pays qui compte le plus de décès, dépassant l'Italie et l'Espagne.

 

Certainement, une crise au milieu d'une année électorale, qui pourrait accélérer les plans américains contre le Venezuela. Il existe de nombreux exemples historiques de la façon dont Washington détourne l'attention de ses propres problèmes en recherchant des ennemis à l'étranger.

 

La décision de Washington de retirer du centre de la scène le président intérimaire autoproclamé (qui touche le fond de sa crédibilité) Juan Guaidó, proposant une transition qui - on le savait - serait rejetée par le gouvernement de Nicolás Maduro, a-t-elle quelque chose à voir avec cela ?

 

Les menaces de Trump sont également venues saboter une négociation entre le gouvernement et l'opposition, même avec certains secteurs intransigeants, qui cherchait à créer les conditions pour des élections parlementaires avec la participation de tous les secteurs au second semestre de cette année.

 

À cela s'ajoutent les plans ratés d'un ancien général vénézuélien qui se trouve maintenant aux États-Unis pour faire entrer des armes sur le territoire vénézuélien depuis la Colombie et une situation de plus en plus tendue à la frontière entre la Colombie et le Venezuela. 

 

Tout cela est assaisonné d'une série de rumeurs lancées par les médias hégémoniques et par les réseaux sociaux, allant de faux positifs dans la mer des Caraïbes à des actions de gringo sur le territoire vénézuélien.

 

Mais pour l'instant, seule l'Agence fédérale de presse russe, Riafan, a rapporté samedi que deux avions américains ont été chassés de l'espace aérien vénézuélien dans la mer des Caraïbes alors que le pilote d'un Sukhoi 30MK2 était prêt à leur tirer dessus. Cette information, qui a même été tweetée par le nouvel ambassadeur russe à Caracas, n'a pas été confirmée par les autorités vénézuéliennes. 

 

Pendant ce temps, les faucons du petit cabinet de Trump ne se relâchent pas dans leurs diatribes, Elliott Abrams a déclaré lors d'une conférence au Centre d'études stratégiques et internationales, de nouvelles sanctions seront bientôt prises. "Je dis juste que s'ils pensent que la situation au Venezuela va s'améliorer dans les six prochains mois, ils se trompent : elle va empirer", a-t-il déclaré.

 

Dans le même temps, les responsables américains ont demandé à la plupart des fournisseurs de carburant vénézuéliens d'éviter d'envoyer de l'essence au pays touché par la crise. Le gouvernement de Nicolás Maduro a dénoncé qu'il ne peut pas raffiner le carburant parce que les Etats-Unis bloquent l'entrée des additifs. Aujourd'hui, presque aucune essence n'est vendue au Venezuela, seulement aux véhicules hors quarantaine, et même alors, les lignes sont longues de plusieurs kilomètres. 

 

Mais la remise en cause des politiques à l'égard du Venezuela se poursuit également aux États-Unis. Un rapport du New York Times avertit qu'"une pandémie impitoyable n'est pas le moment des déploiements navals" et le Carnegie Endowment note que "le Coronavirus oblige à reconsidérer de toute urgence les outils et les priorités en matière de diplomatie et de sécurité nationale. Cela inclut des sanctions.

 

De même, plus de 40 dirigeants progressistes du Grupo de Puebla ont exprimé leur ferme condamnation du blocus imposé par les États-Unis à Cuba et au Venezuela, tout en appelant au respect des processus légitimes et souverains de ces pays.

 

Ils parlent déjà de la post-pandémie

 

À l'heure où la pandémie universelle du COVID-19 progresse, les valeurs de l'action collective sont devenues plus pertinentes que la notion de survie individuelle, tout comme les principes de solidarité et de coopération, qui ont été placés au-dessus de la concurrence et des intérêts particuliers. Et au vu de ce panorama, on parle déjà d'une étape post-pandémique. Science-fiction ?

 

Dans le cas de l'Amérique latine, cela devrait pousser les processus d'intégration, ce qui obligerait à surmonter l'idéologisation actuelle du Mercosur. De même, on peut prévoir une plus grande consolidation de la multipolarité, avec une certaine diminution du poids géopolitique des États-Unis.

 

Dans le cas du Venezuela, il s'agirait de reconstruire une économie grevée par les conséquences de politiques macroéconomiques erronées et d'une mauvaise gestion publique, par les effets très durs du blocus financier et pétrolier et maintenant par l'impact du Coronavirus.

 

Il est certain que cette reconstruction se fera dans la perspective des valeurs qui ont été renforcées dans le monde par la pandémie, c'est-à-dire les principes de solidarité, de coopération, d'assistance sociale et la prééminence de l'intérêt public. Contrairement aux deux dernières décennies du siècle dernier, ces valeurs sont aujourd'hui dominantes dans la population et dans la plupart des différents secteurs de pointe, affirme le politologue vénézuélien Leopoldo Puchi.

 

Malgré les menaces constantes de Washington, le point central d'une reconstruction résiderait dans l'augmentation de la capacité de gestion publique, des politiques qui stimulent l'activation du secteur privé et la stabilisation politique par le dialogue et les accords, se risque Puchi. 

 

Pour l'instant, le Venezuela peut se targuer de bons résultats dans la phase initiale de lutte contre la pandémie. Dans la seconde phase, le gouvernement a déjà annoncé qu'il poursuivrait la même stratégie : un mois (au moins) supplémentaire d'isolement social et de recherche de cas avec les tests rapides chinois. Jusqu'à présent, les prophètes de malheur de la pire débâcle sanitaire du Coronavirus au Venezuela ont dû se taire.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Marcos Salgado est un journaliste argentin qui fait partie de l'équipe fondatrice de Telesur. Correspondant d'HispanTv au Venezuela. Analyste associé au Centre latino-américain d'analyse stratégique.

 

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d'en mentionner  le traducteur, l'auteur et le blog Hugo Chavez.
 

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