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Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois

par Bernard Tornare 10 Septembre 2016, 21:10

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois

Chronique de Jacques Lancelot - Canoe.ca

Je lis et j'écoute ce qui se dit et s'écrit depuis quelque temps sur ce qui se passe en Amérique latine, surtout au Brésil et au Venezuela, et je suis surpris de constater le manque total d'analyse et de profondeur des journalistes paresseux - je pense entre autres à ces deux journalistes ou collaborateurs qui écrivent dans les pages du Devoir - qui disent à peu près tous la même chose, c'est-à-dire ce qu'on leur mâche dans les grandes agences de presse internationales. Quelle tristesse!

Personne ne semble voir dans les tentatives de déstabilisation du gouvernement légitime de Nicolas Maduro au Venezuela la main de l'empire américain pour en finir une fois pour toutes avec un gouvernement qui tente de maintenir ses politiques en faveur des plus démunis de la société, malgré un contexte extrêmement difficile occasionné par la chute des prix du pétrole, principale ressource de ce pays.

Aucun journaliste ne se questionne sur qui est derrière ces manifestations violentes et ces tentatives de sabotage de l'économie afin d'expulser un gouvernement légitimement élu. Pourtant, des précédents existent. On l'a vu au Chili, lors du renversement du président Allende, le 11 septembre 1973. La CIA, avec l'aide des grandes centrales syndicales américaines, comme l'AFL-CIO, avaient fomenté des grèves de camionneurs chiliens pour empêcher la livraison des produits de première nécessité afin de susciter un mécontentement populaire face à un gouvernement qui se voulait justement populaire, mais était quasi impuissant devant de telles attaques sournoises. La majorité des produits, dans ce pays longiforme, étaient acheminés par camion, du nord au sud, et l'ennemi avait trouvé le maillon faible, le transport par camion, pour nuire au maximum aux politiques sociales du gouvernement socialiste d'Allende. Rappelons que le Chili possédait les plus grandes réserves de cuivre au monde, tandis que le Venezuela possède aujourd'hui les plus grandes réserves pétrolières au monde. Cela fait de ce pays un objectif stratégique de première importance dans la géopolitique américaine. Détruire ce que Chavez a bâti devient donc une priorité pour Washington, de façon à retrouver son influence perdue dans la région.

Même chose au Brésil où les commentateurs ne parlent que de l'échec du gouvernement progressiste de Dilma Rousseff. On assiste, dans ce pays difficile à gouverner, la sixième ou septième économie mondiale, à un véritable coup d'État constitutionnel, sans tank dans les rues, sans bombardements, comme il s'en est produit dans des anciennes républiques soviétiques, comme en Ukraine, mais personne, aucun journaliste dans nos médias n'en parlent, sinon pour dire que Dilma Rousseff a commis une faute grave, a maquillé l'état des finances publiques pour mieux favoriser son élection. Plus de cinquante millions de personnes ont voté pour elle il y a moins de deux ans, mais une poignée de sénateurs non élus, tous plus corrompus les uns que les autres, ont réussi à la chasser du pouvoir de façon antidémocratique, sans qu'on n'y voie là, encore une fois, un plan des États-Unis pour reprendre le terrain perdu dans leur chasse-gardée, leur arrière-cour latino-américaine qu'il contrôlait, sauf pour Cuba, il y a moins de vingt ans dans leur totalité. Cet autre coup d'État de velours, c'est un coup d'État contre la tentative d'unifier l'Amérique latine, contre les mesures sociales en faveur des plus démunis, contre les organismes régionaux mis en place pour favoriser l'émergence des nations défavorisées, comme UNASUR, MERCOSUR, CELAC. On va tenter de répéter l'opération en Équateur, en Bolivie, deux autres pays qui tiennent tête à l'empire américain et qui sont, eux aussi, victimes de tentatives de déstabilisation.

Comment peut-on être à ce point être aveugle pour ne pas voir, dans ce branle-bas de combat, la main de Washington, véritable chef d'orchestre de la déstabilisation du continent latino-américain? Tout autre tentative d'analyser les récents événements sans tenir compte de cette stratégie américaine est inutile et inintéressante.

Source ici

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