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Les Palestiniens n’oublieront pas Hugo Chavez

par Bernard Tornare 11 Mars 2013, 16:27

La disparition du Président Hugo Chavez est une perte pour le monde arabe

Par Abdel Bari Atwan*

Chavez, qui était âgé de seulement 58 ans quand il est mort, a été un chef de file en Amérique latine qui a constamment pris parti pour les déshérités et les opprimés dans le monde. Dans le monde arabe, il a défendu la cause palestinienne, et il a été féroce dans sa condamnation de l’invasion et de l’occupation américaine de l’Irak.Le président vénézuélien était un de ces rares dirigeants socialistes venus au pouvoir par les urnes, et il a été plusieurs fois réélu malgré les tentatives américaines pour le renverser et ramener la droite au pouvoir.

Les Palestiniens n’oublieront pas comment il a manifesté son dégoût, en fermant l’ambassade d’Israël à Caracas, pour le traitement qu’Israël leur inflige. Il a constamment appelé Israël à se retirer de tous les territoires occupés.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas a eu raison de dire que la cause palestinienne a perdu un de ses plus fidèles soutiens, en particulier à un moment où de nombreux pays arabes ont sur cette question, cédé aux diktats américains.

Hugo Chavez a été une épine dans le flanc de l’Amérique et il a réussi à créer un front uni de courageux dirigeants socialistes en Amérique latine - des hommes de la même génération que lui, dont Evo Morales de Bolivie, âgé de 53 ans, et Rafael Correa, le président équatorien âgé de 49 ans.

Dans le monde arabe, il a été considéré avec une certaine ambivalence en raison de son soutien ouvert pour les dictateurs Mouammar Kadhafi et Bachar al-Assad, et ses rapports étroits avec l’Iran. Chavez n’était pas ennemi du Hezbollah - il a défendu le groupe radical dans son combat contre les troupes israéliennes au sud du Liban en 2006.

Chavez a été l’un des critiques les plus fervents de l’intervention de l’OTAN en Libye.

Pourtant, les dirigeants arabes faisaient la queue pour être vus avec Chavez et se faire photographier avec lui.

Il est honteux que la plupart de ces dirigeants se soient débrouillés pour ne pas assister aux funérailles hors du commun de vendredi. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est le seul dirigeant du Moyen-Orient à y avoir assisté.

Même si ces dirigeants arabes maintenaient une sorte d’hostilité envers Chavez en raison de ses positions politiques, ils auraient pu assister à ces funérailles par simple solidarité avec le peuple vénézuélien.

Les États-Unis doivent être contents de voir Chavez disparaître, après deux ans de lutte contre le cancer et malgré un traitement intensif de chimiothérapie à Cuba. Obama n’a pas tardé à proposer sa coopération avec le prochain président du pays.

Sans aucun doute, les gouvernements occidentaux espèrent qu’avec la mort de Chavez, l’influence du socialisme dans certaines parties de l’Amérique latine diminuera.

La presse britannique et américaine (en particulier les organes proches de l’État, comme la BBC) ont scrupuleusement accolé à chaque information sur les millions de gens du peuple pleurant la perte de leur chef bien-aimé, de la mise en garde : « tout le monde ne réagit pas comme cela à propos de Hugo Chavez ». Il est normal que dans toute démocratie il y ait une opposition politique. Mais il n’avait pas été jugé nécessaire de mentionner que « tout le monde ne réagit pas comme cela à propos de Ronald Reagan » lors de la couverture médiatique de ses funérailles nationales en 2004.

Les Arabes ont perdu un ami courageux - il s’était rangé à leurs côtés contre l’OPEP pour fixer des prix du pétrole plus justes, et il s’était toujours opposé à la guerre américaine en Irak et à l’agression continue d’Israël sur les territoires occupés et la bande de Gaza.

Que Dieu bénisse Hugo Chavez, héros des pauvres et des opprimés. Nous pouvons trouver une consolation en voyant son héritage si profondément enraciné dans les cœurs de millions de Latino-américains, et dans les peuples à travers le monde.

Source

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

Abdel Bari Atwan

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