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Hugo Chavez dévalue le bolivar

par Bernard Tornare 11 Février 2013, 09:12

Venezuela: la dévaluation du bolivar impose l'accélération de la révolution

Les chroniques vénézuéliennes. Jean Ortiz* revient sur la dévaluation de 31,75% du bolivar, la monnaie vénézuélienne.

Le remède sera-t-il pire que le mal? C'est "l'échec économique" reprennent en chœur les chiens de garde médiatiques, et ce malgré les bons chiffres globaux reconnus par tous les organismes internationaux. Mais il faut à tout prix décrédibiliser le processus bolivarien de transformation sociale.

Les choses sont à la fois plus simples et plus compliquées. Le gouvernement vénézuélien vient de dévaluer la monnaie, le "bolivar", en portant son taux de change à 6,30 bolivars pour un dollar, au lieu de 4,30 précédemment (plus 31,7%). C'est la cinquième dévaluation en dix ans, et sans doute pas la dernière, pour tenter d'assainir ponctuellement une situation monétaire très fluctuante et vulnérable. Le capital financier national et international multiplie ses "attaques spéculatives" contre la monnaie et l'économie d'un pays encore majoritairement capitaliste.

Créer une véritable économie

La "rente pétrolière " est à la fois une bénédiction et une malédiction.. Elle entraîne de grandes disparités macro-économiques, de la corruption, du parasitisme, et une dépendance excessive des importations de biens, d'aliments, que l'on pourrait produire au Venezuela..... L'économie du pays, capitaliste, reste structurellement déformée. Les revenus des hydrocarbures représentent encore 90% des exportations. Hier accaparée par l'oligarchie, la "rente pétrolière" est aujourd'hui redistribuée au peuple sous forme de meilleures conditions de vie, d'emploi, "d'inclusion sociale"... Mais l'objectif prioritaire demeure de dépasser le volontarisme social, politique, et de créer enfin une véritable économie, autonome, diversifiée, planifiée, autocentrée...

"Manoeuvres spéculatives"

Cette dépendance lourde du pétrole et des importations, crée des bases objectives propices aux "manœuvres spéculatives". Les classes dominantes (encore dominantes économiquement), mènent une véritable guerre économique contre la révolution, provoquent des pénuries, des hausses de prix... Depuis 2003, le contrôle des changes oblige à passer par l'Etat pour se procurer des devises. Cela a suscité l'apparition d'un marché parallèle, non officiel, du dollar. Ce marché est devenu la référence pour la plupart des entreprises. Le gouvernement voudrait l'assécher.

La dévaluation est présentée par les autorités comme un moyen pour soutenir le taux de croissance (il devrait atteindre 6% du PIB en 2013), pour combattre une inflation très élevée (22,2% pour les douze derniers mois) et augmenter les recettes fiscales de l'Etat, ainsi que les revenus de la compagnie pétrolière d'Etat PDVSA. De plus, les recettes supplémentaires de la dévaluation, estimées à plus de 3% du PIB, devraient servir, selon le ministre de la Planification et des Finances (Jorge Giordani) à financer de nouveaux projets sociaux. On sait que la révolution consacre déjà 43,2% du budget national aux politiques sociales.

Pouvoir d'achat

Dans l'immédiat, sans mesures complémentaires de soutien, notamment aux salaires, aux prix (annoncées), la dévaluation risque de détériorer le pouvoir d'achat de ceux qui ne peuvent spéculer: les salariés, et tous ceux (45%) qui dépendent de "l'économie informelle"; autrement dit: la base électorale du chavisme.

L'opposition a sauté sur l'occasion pour dénoncer "l'irresponsabilité et l'incohérence" (selon le chef de la MUD, Ramon Aveledo), d'un gouvernement qui "gaspillerait" (élégante formule de Henrique Capriles) la "rente pétrolière". Pour les nantis, le pétrole ne doit pas servir le progrès social... Les pauvres ne le méritent pas. Les privilégiés, ceux qui possèdent des revenus ou des comptes en dollars risquent de tirer leur épingle du jeu.

La dévaluation pose donc le problème des changements économiques structurels devenus incontournables, nécessaires, urgents. Le "Plan Patria" 2013-2019 programme des "réformes socialistes", une meilleure utilisation des devises pour bâtir une économie nationale, développer l'agriculture, accélérer la réforme agraire, la socialisation, réduire les importations, et accélérer ainsi le rythme d'une révolution qui doit entrer dans une nouvelle étape d'approfondissement.

* Né en 1948 dans le Tarn, Jean Ortiz est le fils d'un combattant républicain espagnol de la Guerre d'Espagne, par la suite résistant dans l'Aveyron. Il fait des études supérieures à Montpellier et Toulouse. Dans le Tarn et l'Aveyron, il participe aux grandes batailles ouvrières pour défendre le textile, la sidérurgie, la métallurgie, la mine… Après un séjour en Amérique latine en tant que journaliste de L'Humanité, il enseigne dans l'Aveyron, le Lot-et-Garonne et à Toulouse. Depuis vingt ans maître de Conférences à l'Université de Pau, syndicaliste universitaire adhérent au SNESUP, il travaille sur la République espagnole, l'anti-franquisme, les maquis, et sur le vingtième siècle latino-américain (les révolutions cubaine, vénézuélienne, bolivienne…). Il a créé et anime depuis 1992, à Pau, le festival latino-américain " CulturAmérica " .Source: Wikipédia

Source

Siège de la Banque centrale du Venezuela à Caracas et Nelson Merentes, Président
Siège de la Banque centrale du Venezuela à Caracas et Nelson Merentes, Président

Siège de la Banque centrale du Venezuela à Caracas et Nelson Merentes, Président

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