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Les petits hommes au dos résistant

par Bernard Tornare 1 Octobre 2020, 13:49

ILKA OLIVA CORADO - Photo d'illustration : PRENSA BOLIVARIANA Libertad de Expresión

ILKA OLIVA CORADO - Photo d'illustration : PRENSA BOLIVARIANA Libertad de Expresión

Par Ilka Oliva Corado 

 

Ils n'ont pas de contrat, on leur donne du travail de bouche à oreille et ils sont payés selon les souhaits de l'employeur. Ce sont eux qui travaillent le plus dur et qui gagnent le moins d'argent. Ce sont les latino-américains qui travaillent dans la construction aux États-Unis. Leur corps est comme celui des enfants, comme celui des adolescents nouvellement développés, leur peau est collée à leurs os, de petites tailles et même un peu chétifs si on les regarde de près. 

 

Ils arrivent en masse pour travailler sur les toits des maisons en construction et comme de minuscules aiguilles, ils se voient au loin dans les hauteurs. Ils posent et enlèvent, posent et arrachent, ils martèlent, collent, soulèvent, tout cela à genoux. Toute la journée à genoux, toute la semaine, toute l'année, des décennies à genoux. Comme ceux qui mettent des tapis sur le sol, des mètres et des mètres de tapis. Ces hommes, dont la plupart sont des indigènes de la campagne latino-américaine, ont échangé le travail de la terre contre celui de la maçonnerie lourde. Parce qu'aux États-Unis, le tamis, le ciseau, la pelle et la spatule sont restés dans la fumée de l'industrialisation. Les outils ont changé et les dos des migrants latino-américains sans papiers sont ceux qui portent les grandes planches et les paquets de tuiles artificielles qui ornent les toits des maisons quand le bras robotisé de la grue ne suffit pas. 

 

Les employeurs, qui peuvent être des Américains anglo-saxons, des Latinos instruits, des Européens, des Asiatiques ou de riches Noirs, ne soulèvent jamais le poids que porte le dos des petits hommes. Dans la construction, les dos costauds des travailleurs européens, bien nourris et galants, ne font jamais le travail que font les latino-américains sans papiers. Au milieu du soleil brûlant de midi, vous les voyez travailler sur les routes en construction, dans les températures sous zéro de l'hiver, aux premières heures du jour, il y a les petits hommes latino-américains qui font les travaux les plus lourds parce que les machines, le bras robotique, la grue, le camion, qui est manié par l'Européen, l'Anglo-saxon, le Latino de souche, le Latino migrant, c'est celui qui se jette dans les égouts pour les découvrir, c'est celui qui fait le fossé, celui qui creuse la terre, celui qui charge le seau rempli de ciment frais. 

 

Ils ont quitté la campagne latino-américaine pour grimper sur les toits des gratte-ciels, pour coller les murs des ascenseurs, pour couper des feuilles de verre, pour transporter des morceaux d'arbres qui ornent les jardins des demeures. Pour se mettre au cou dans les égouts des routes, des restaurants et pour découvrir les toilettes dans les stades. Petit, d'une stature insignifiante dans ce pays d'hommes grands et costauds. Comme les peuples autochtones de ce pays, ils ont la stature historique, la force et la résistance millénaire, qui semblent ne jamais se fatiguer car ils ne se reposent jamais, travaillent du lundi au dimanche jusqu'à trois équipes.  

 

Pour le travail qu'ils font, ils pourraient être payés le double ou le triple de ce que gagnent leurs collègues européens ou africains, mais cela n'arrive pas. Et régulièrement, celui qui profite de cette situation durcie est le Latino qui a déjà obtenu ses papiers. Ou le Latino né dans le pays qui est tout aussi arrogant ou pire que celui qui a déjà des papiers. Et ne parlons pas s'il vient du même pays, de la même région ou de la même ville. Et s'il fait partie de la famille, cet état d'esprit l'humilie jusqu'à ce qu'il perde tout espoir. 

 

Mais les petits hommes au dos solide sont incassables, quand les autres s'y attendent le moins. Ils arrêtent de s'agenouiller et se lèvent, peu importe qu'ils aient été agenouillés pendant la moitié de leur vie, un jour ils parviennent à se lever et à marcher avec la dignité, la force et la résistance millénaire de leurs ancêtres. 

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d'en mentionner l'auteur, le traducteur et le blog Hugo Chavez.

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