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De la déstabilisation du Venezuela

par Bernard Tornare 29 Avril 2017, 11:20

Manifestation en faveur du président élu Nicolas Maduro -  Photo BFM TV

Manifestation en faveur du président élu Nicolas Maduro - Photo BFM TV

André Crespin

 

Depuis quelques semaines, des manifestations, parfois violentes, ont lieu quotidiennement dans ce pays d’Amérique du Sud riche en pétrole. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, certains se réjouissent de ce climat délétère.

Le Venezuela connaît d’importants troubles sociaux depuis des semaines. Suite à des pénuries qui occasionnent de longues queues devant les magasins et les pharmacies, le mécontentement légitime de la population à laisser place chez certains à la colère. 24 personnes sont mortes au cours des protestations, souvent victimes de tirs effectués par des civils. Décryptage.

Pourquoi y a-t-il des pénuries ?

L’économie du Venezuela est centrée sur l’exportation du pétrole qui permet de financer l’importation de biens de consommations. Mais depuis plus de deux ans, les cours pétroliers se maintiennent à des niveaux dramatiquement bas, ce qui empêche le Venezuela d’importer la totalité de ce qui est consommé dans le pays, notamment les nombreux produits de base qui sont subventionnés par le gouvernement. Cette situation fort délicate est aggravée car des cercles mafieux profitent de la rareté des biens pour détourner ceux qui sont disponibles et s’enrichissent illégalement en laissant grimper les prix du marché noir jusqu’à des niveaux astronomiques. Pour empirer encore la situation, d’immenses quantités de biens de consommation passent frauduleusement en Colombie voisine.

Quelles sont les revendications des manifestants ?

Le 4 avril dernier, la coalition des partis de droite (MUD), viscéralement opposée aux politiques sociales du gouvernement vénézuélien, a appelé ses partisans à sortir dans la rue et à paralyser le pays. Persuadés que le président Nicolás Maduro est l’unique responsable de leur situation difficile, les manifestants protestent contre le manque d’efficacité des mesures prises par le gouvernement pour y remédier. Mais surtout, ils réclament des élections anticipées, sous prétexte que le pays est devenu ingouvernable. Certains semblent persuadés qu’un changement de gouvernement permettra de réapprovisionner les rayons des supermarchés comme par enchantement.

​La MUD (Mesa de Unidad Democrática) est la coalition des partis de droite qui regroupe tous les opposants au gouvernement progressiste de Maduro, successeur de Chávez, leader de la révolutions bolivarienne de 1998 jusqu’à sa mort en 2013. Lors des élections législatives de décembre 2015, elle a obtenu la majorité au parlement et depuis lors, elle ne cesse de mettre des bâtons dans les roues des programmes sociaux du gouvernement et de tenter par tous les moyens d’écarter Maduro du pouvoir.

Outre le fait de manifester, les opposants n’hésitent pas à bloquer régulièrement les autoroutes urbaines des grandes villes, à chercher la confrontation violente avec les forces de l’ordre et à provoquer des dégâts aux infrastructures publiques. Des camions de pompiers, des commissariats et autres bâtiments publics ont été incendiés ou ont subi des tentatives d’incendie. Il y a quelques jours, ce sont même 54 bébés qui ont dû être évacués suite aux violences des manifestants sur la maternité de Caracas dans laquelle ils étaient nés.

Comment réagit le gouvernement ?

Maduro et son gouvernement ne comptent pas céder à la violence des opposants. Le président entend faire respecter son mandat, légitime, et la Constitution. Pour éviter de sombrer dans une situation incontrôlable, Maduro a été à l’initiative de plusieurs tentatives de dialogues entre gouvernement et opposition qui ont eu lieu avec un accompagnement international (même du Vatican), mais la MUD les a souvent boycottés ou a posé des exigences préalables inacceptables. Dans le même temps, des tentatives de déstabilisation sont régulièrement dévoilées en interne comme sur le plan international. Il est prouvé, notamment par des révélations de WikiLeaks, que le département d’État des USA finance depuis de nombreuses années l’opposition vénézuélienne. On évoque de 13 à 14 millions de dollars US par an pour soutenir ceux qui veulent renverser Maduro à tout prix, y compris via des actions violentes.

Par ailleurs, de nombreux pays de l’Organisation des États américains (OEA), à commencer par les USA, ont fait voter des motions de méfiance et d’expulsion à l’égard du Venezuela. De ce côté-ci de l’Atlantique, l’appel à un « regime change » est explicite : « La solution consiste à substituer une véritable démocratie à ce régime, qui ressemble à une dictature », déclarait début avril Antonio Tajani, président du Parlement Européen. Le Venezuela peut compter sur les pays de l’ALBA, l’alliance progressiste d’Amérique latine composée entre autres de la Bolivie, de l’Equateur, de Cuba et du Nicaragua, ainsi que sur de nombreux pays des Antilles pour défendre sa souveraineté et en même temps, le respect élémentaire du droit international.

Quel est l’enjeu de ce bras de fer ?

Bien que peu présents dans la presse internationale, les supporters du gouvernement manifestent eux aussi dans le pays. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1998, le Venezuela a pris un tournant radical par rapport aux politiques néolibérales du passé. Alors qu’elles ne faisaient qu’enrichir quelques uns, l’enjeu était de consacrer les ressources colossales issues de l’exploitation du pétrole à des projets sociaux qui ont largement bénéficié aux masses populaires. Ils sont des millions à être sortis de la pauvreté, à avoir accédé à un logement subventionné, à étudier gratuitement dans les universités, etc. Bien que le charismatique Chavez soit décédé en 2013 (son successeur Nicolás Maduro a été élu quelques semaines après sa mort), bien que la chute dramatique des cours du pétrole ait très sérieusement réduit les capacités du gouvernement à financer ses programmes sociaux, et bien que le gouvernement n’arrive pas à enrayer les pénuries des produits de première nécessité, les « chavistes » sont encore très nombreux dans les rues pour défendre « leur » révolution. Ils soutiennent le gouvernement qui défend les classes populaires, malgré le fait qu’il ne parvient pas à apporter de solutions durables et viables aux principaux problèmes que sont les pénuries, la corruption qui gangrène une partie de l’appareil étatique et la criminalité qui classe le pays parmi les plus violents du monde. Les « chavistes » sont bien conscients qu’un retour de la droite signifierait un arrêt net des programmes sociaux – souvent soutenus par des Cubains (médecins, travailleurs sociaux, moniteurs de sport, etc.) – et le retour aux commandes d’une bourgeoisie vénézuélienne au service des intérêts des multinationales étrangères.

Comment sortir de cette crise ?

Les déclarations des dirigeants étrangers, y compris celles du secrétaire d’État américain Rex Tillerson exigeant la tenue d’élections anticipées, laissent croire qu’une intervention armée étrangère pour renverser le gouvernement de Maduro est sérieusement envisagée par certains cercles en Occident. Chaque intervention et chaque menace d’intervention contribuent à mettre de l’huile sur le feu et stimulent ceux qui veulent, au sein du pays, renverser le gouvernement vénézuélien. Espérons qu’il n’en soit pas ainsi et que les Vénézuéliens sortiront de cette longue crise sociale et politique par le biais du dialogue, dans le respect de la constitution et sans ingérence étrangère aucune. Car, au contraire, si l’ingérence et les tentatives de déstabilisation se poursuivent, le gouvernement du Venezuela continuera à placer son énergie dans la défense de sa souveraineté et à éviter que le pays ne sombre dans le chaos au lieu de se consacrer à 100 % à répondre efficacement aux besoins immédiats et légitimes de la population.

André Crespin

 

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